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Chroniques CD Autoprod'



Summer – French Manucure
2013 – 8 titres – 40’

Style : Chanson industrielle
Label : Autoproduction

Note : 7,5/10

Il y a dix ans Jacno chantait French Paradoxe, Summer (Jean au chant, Marion aux claviers, Louima aux guitares, beats, bass machines, synthés) nous propose aujourd’hui une French Manucure. Entre les deux artistes, il y a en commun les claviers et la langue française. Pourtant, et ce n’est qu’une affaire d’époque – il y a un abysse entre les deux albums. Ou deux façons de faire de la musique synthétique en français. La manucure proposée par Summer peinturlure les ongles couleur acier et les taille en forme de griffes. Le trio français n’est pas du genre caressant et vous agresse autant qu’il vous séduit dans une sorte de rapport SM, attraction-répulsion. Fort de deux disques (un LP, un EP) produits sous la houlette de Michel Cloup, Summer sort un format long de 8 titres cette fois produit par Rudy Coclet à Bruxelles. Le son est plus dense, plus agressif et ouvre le trio sur d’autres horizons. Si la référence Cloup-Diabologum mais aussi Programme est évidente, surtout par ce côté fièvre froide et ce chant parlé en français obsédant, Summer rappelle aussi le Cure de Pornography et je parle là du le titre encore plus que l’album (qui comportait lui aussi de 8 titres…tiens, tiens coïncidence ?) plongeant l’auditeur dans une sorte de maelstrom musical où les sons s’agrégent et les boucles se répètent jusqu’à devenir hypnotique ; ça et là quelques guitares érigées en forme de erses (Age Christique, formidable morceau de paranoïa critique). Summer est surtout indus(triel) et dans la spirale infernale et obsédante instaurée par le groupe,
la musique évoque Nine Inch Nails et Einsturzende Neübauten, ambiance étouffante, sons vrillés ; une tribalité faîte de tôle en métal et de guitares sourdes (Dur facile), la sensation de descendre progressivement dans une mare de cambouis (Marx Dormoy et encore plus Salon de Coiffure avec son côté Dead Souls ressemblent à du NIN reprenant Joy Division). L’écoute de French manucure n’est pas une partie de plaisir et ne peut laisser indifférent. La puissance sonore, le climat oppressant, les strates musicaux empilés font du disque une oeuvre au noir particulièrement fascinante. C’est fort, hautement suggestif et le chant (ou plutôt le non-chant) et les textes ne sont pas en reste. La voix parlée de Jean ne s’attirera pas toutes les sympathies. Le timbre rappellera même Francis Cabrel dans ses intonations et ses capacités d’indignation. Mais l’important n’est pas là, Jean n’évoque « les abeilles sur les pots de confiture » mais se lance dans une sorte de logorrhée inconfortable, parfois crue, parfois désespérée, toujours vraie et sincère. On peut même être ému par cette parole naïve balancée en pleine face (« on se rencontre, on s’aime, on fait des enfants et on meurt du cancer mais pas toi mon amour » sur Market Core). L’homme est agaçant mais ses propos parfois touchants : Summer n’est plus à une contradiction près
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Denis Z.
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