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Chroniques CD / Etranger

Sharon Van Etten - Tramp
Werner Kitzmüller - Evasion
Big Deal – Lights out
Ewert and the tow dragons – Good Man Down
Milagres - Glowing Mouth
Misophone - Song from an Attic
Chaos Physique - 1975
Babybird - The Pleasure of Self Destruction
Ben Howard - Every kingdom
Piers Faccini - My Wilderness
Captain Quentin – Instrumental Jet Set
Cast - Troubled Times
Applause - Where it all began
Heather Nova – 300 days at sea
Siskiyou - Keep away the Dead
Golden Kanine – Scissors and Happiness
Krystle Warren - A Time To Keep (Love Songs EP)
Teletextile - Glass
The War on Drugs - Slave Ambiant
W.W.Lowman - Kumquat May
The Third Sound - s/t
Phil Pace & Spike - Letters Memory
Atomic Paracelze - s/t
The Horrors - Skying
City Center - Redeemer
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Scumbag Philisopher – It means nothing so it means nothing
Golden Kanine - Oh Woe !
The Phoenix Foundation - Buffalo
Should – Like a fire without sound
Love Motel - We are you
Morning Teleportation - Expanding anyway
Dengue Fever - Cannibal Courtship
Jay-Jay Johanson - Spellbound
Beat Connection – Surf Noir
The Donkeys - Born with Stripes
The Dears – Degeneration Street
Mashrooms – s/t
Declan de Barra - Fragments, Footprints and the Forgotten
Hundreds – Hundreds
Kill The Young – Thicker Than Water
Jeniferever - Silesia
Young Widows - In and out of youth and lightness
Bodi Bill - What ?
Arbouretum – The Gathering
LAKE - giving and receiving
Akron / Family - II : the cosmic birth and journey of Shinju TNT
L’Enfance Rouge – Bar <--> Bari
Dick Annegarn – Folk Talk
Self-Evident - Endings
The Singing Loins - Stuff
Dictafone - Home
Orka – Oro
Grimes - Halfaxa
The Tall Ships - On tariffs & Discovery
PJ Harvey – Let England Shake
Sonic Youth - Simon Werner a disparu (BO)
Héraclite - s/t
Wire – Red Barked tree
Tricot Machine – La prochaine étape
Tupolev - Tower of Sparks
Kendl Winter – Apple core
Julianna Barwick – The Magic Place
Aucan – Black Rainbow
Heligoland – All your ships are white
Essie Jain - Until the light of morning
The Banjo Consortium - a turning one
Siskiyou - s/t
Rose Elinor Dougall – Without why
Harmonious Bec – Her Strange dreams
Zwegh - 2
Liz Janes – Say Goodbye
Incarnations – all due Respect
Sueellen - s/t
Atomique Deluxe - Vingt
My TV is dead - Freedomatic
Dilatazione – the importance of Maracas in the modern age
I Heart Hiroshima – The Rip
The Substance – this is it
Edible Woman – Everywhere at once
Shipping News – One less heartless to fear
DD/MM/YYYY – Black Square
The Rambling Wheels – Furry Tales
Elton Junk - Loophole
Miam Miam Monster & les Loved Drones – Femme plastique
US Christmas – Run thick in the night
Takka Takka - migration
Electric Sunset - s/t
Young Gods - everybody knows
Hellsongs - Minor Misdemeanors
I like trains - He who saw the deep
Suuns – Zeroes QC
Mintzkov – Rising Sun, Setting Sun
Midnight Juggernauts – The Crystal Axis
Small Black – New Chain
Ulan Bator – Tohu Bohu
The Blue Angel Lounge - Narcotica
The Poison Arrows - newfound resolutions
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Sharon Van Etten - Tramp
2012 – 12 titres – 46’

Style : Indie folk rock
Label : JagJaguwar / Differ-ant

Note : 8/10

A l’heure où tout le monde discute sur Lana del Rey, autant s’intéresser à une chanteuse dont le talent lui ne souffre d’aucune contestation. Sharon Van Etten en est à son troisième album, le premier à sortir chez Jagjaguwar, label indépendant connu pour son bon goût. Espérons que ce « transfert » permette à la jeune femme de mieux faire connaître sa musique. Tramp est un album qui, sans être révolutionnaire, parvient à trouver le ton juste. Sous la férule d’Aaron Dessner de The National, producteur du disque, Van Etten abandonne l’instrumentation folk guitare-voix du précédent Because I was in Love pour des arrangements plus charpentés et plus rock. Sans être révolutionnaire, l’Américaine arrive justement à se placer dans une place médiane qui fait que sa musique est tout de suite identifiable sans devenir le clone d’aucune de ses aînées. Tramp est au sens propre un album fédérateur. Sharon Van Etten se positionne en patronne, préférant l’élégance et la séduction à l’agressivité et à l’autoritarisme.
A la fois figure de la folkeuse countrysante et égérie indé, elle semble pouvoir réconcilier plusieurs publics, tout en proposant une musique à l’ampleur mesuré. Mais surtout, elle ne revoit à la baisse la qualité de sa musique dans une sorte de consensus mou : la qualité de l’ensemble sauve le disque de la tiédeur. Serpents est un exemple emblématique de ce que réussit l’album : quelques accents grinçants dans une mélodie superbe emmenée d’une belle voix flottante et légèrement râpeuse. Le titre rappelle Shannon Wright mais avec la magic touch d’un Fleetwood Mac ; Van Etten rappelle parfois Stevie Nicks avec ce même timbre midwest chic. Cohérent et maîtrisé de bout en bout, Tramp place sa créatrice dans la division des valeurs sûres et des filles charismatiques, à telle enseigne que l’Américaine a déjà réuni sur ce disque un sacré beau linge : Julianna Barwick, Zack Condon (Mister Beirut) et Matt Barrick (The Walkmen). Il n’y a rien de plus à dire, Sharon Van Etten supplante tous les discours et séduit son monde. C’est bien, un point c’est tout.
Site
Denis Z.


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Werner Kitzmüller - Evasion
2012 – 9 titres – 44’

Style : Folk contemporain
Label : Valeot Records

Note : 9/10

Werner Kitzmüller a pris son temps pour penser puis concevoir son premier album. Celui-ci s’appelle Evasion et il ne manquera pas de surprendre celui qui y prêtera oreille. Le disque commence par Motte dans une veine electronica qui ne sera plus sillonnée plus tard, comme une fausse piste qui contient déjà une partie du mystère Kitzmüller : la sérénade électronique est assortie d’un violon pour un résultat proche de notre Chapelier Fou et voix parlées se mêlent dans le même genre de confusion poétique que le texte de Handke pour « Les Ailes du désir« . Le musicien est influencé par le classique et le contemporain ; Werner Kitzmüller lance un geste artistique qui va delà du simple art musical. Ceci étant dit, l’Autrichien va pouvoir épancher une sensibilité meurtrie qui n’est pas sans évoquer Stuart Staples, chanteur de Tindersticks (Grenade, Remission ou saltz chanté en allemand).
La voix est grave et flottante comme l’Anglais et sa musique folk crépusculaire est elle aussi lettrée. Il évoquera aussi Matt Elliott dernière mouture, c’est-à-dire dépouillé mais jouant toujours avec ses instruments (One Step). Les ambiances crépusculaires se diluent parfois dans la musique de chambre donnant une sensibilité romantique à la musique (Good ou Stalker chanté en duo avec Meaghan Burke). Le piano et le violoncelle ne sont jamais loin, tout comme la propension qu’à l’Autrichien à triturer des sons avec ce qu’il trouve : papiers froissés, conduits plastiques créant un souffle musical, cintres, boîte de métal, tessons de bouteilles. Cet attirail que l’on imaginerait plus dans la musique concrète lui permet même de faire l’économie de machines sur Where is my love créant une electronica organique à base de sonorités cristallines et de bandes jouées à l’envers. Il y a là une vraie vision poétique et artistique en permanence touchante car fragile, parfois déchirante car livrée avec ses tripes.
Bandcamp
Denis Z.


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Big Deal – Lights out
2012 – 12 titres –44’

Style : Deux voix / deux guitares
Label : Mute / Naïve

Note : 7,5/10

Alice Costelloe et Kacey Underwood vivent à Londres et n’ont besoin de personne d’autres pour faire de la musique. Light Outs, leur premier album, a l’évidence des disques simples. Deux guitares et deux voix ; il ne leur en faut pas plus pour confectionner leurs chansons. Avec eux, on peut compter sur des lignes de chants mélodiques avec deux timbres mixtes qui se marient à merveille. Ce charme est dès lors immédiat et cette folk pop sucrée-salée rappelle The Go Betweens ou Mojave 3, deux groupes aux antipodes géographiques mais réunis par ce même sens inné des voix mêlées et de la mélancolie pointant le bout de son nez derrière la joliesse pop (Seraphine). Sans basse et batterie, on pouvait craindre que le reste de l’instrumentation (nos fameuses guitares) ne serve essentiellement d’accompagnement rythmique, chaque mélodie ne devant sa progression et son déploiement qu’aux intonations vocales d’Alice et Kacey. C’est en partie le cas mais en partie seulement. Car Big Deal manie et maîtrise l’électricité. Nous ne sommes pas là dans un disque de folk acoustique rustique mais dans une vision plus rock. Même les morceaux les moins amplifiés sont mis en relief par les effets de guitare dont le souffle prenne la place d’ hypothétiques claviers.
Avec ses arpèges et la voix d’Alice légèrement cassée, Homework et Summer cold étaient déjà de jolis morceaux ; ainsi habillés, ils deviennent de vraies parenthèses enchantées. Il n’y a rien presque rien en plus mais ça change tout. De même, le son saturé de la et parfois des guitares donnent plus de chair et de force aux mélodies. Big Deal joue sans cesse à passer du son clair au son saturé, relançant sans cesse l’intensité de ses morceaux (Distant Neighborhood, with the world at my feet, seraphine). Avec le duo, le traitement des guitares alterne entre la folk naturaliste, indie rock tendance 90′s (de Veruca Salt par exemple) et les sonorités plus vaporeuses du slowcore : entre mur du son et écran de fumée, Locked up apparaît d’ailleurs comme le meilleur morceau du disque. Quelques titres un peu plus paresseux où le duo ne compte que sur ses qualités naturelles (et donc ses lignes de chant) ne transforment pas totalement l’essai. Mais en l’état, Lights Out est d’ores et déjà un joli compagnon pour fins d’après-midi douces et oisives.
MySpace
Denis Z.


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Ewert and the two dragons – Good Man Down
2012 - 10 titres

Style : Folk
Label : Talitres/ Differ-Ant


Note : 7/10

Ewert Sundja (chant, clavier), Erki Pärnoja (guitare, chant), Kristjan Kallas (batterie, percussions) et Ivo Etti (guitare, basse, chant) sont des musiciens reconnus en Estonie et forment le groupe Ewert And The Two Dragons ! Ils sont originaires de Tallinn.
The Hills Behind The Hills, leur premier album sorti en 2009, leur a donné une certaine reconnaissance médiatique et populaire dans les pays balte, leur permettant d’etre signé sur un label de Lituanie. Good Man Down leur second album studio présente une folk mélodieuse, tout droit inspire par les débuts de Coldplay ou de Unbelievable Truth. La voix d’ Ewert Sundja est d’ailleurs terriblement semblable à celle de Andy York, le frère de Tom, entre autre…
Pas étonnant puisque l’on sait que le groupe a débuté en reprenant des chansons du repertoire de Radiohead… C’est aussi du coté des chansons de Jeff Buckley et de Sting que le groupe s’est tourné pour faire ses premiers accords sur scene…

C’est par le biais de Talitres que ce second album nous parvient jusqu’en France, et nous permet de découvrir cette pop folk lumineuse, minimaliste, qui se rapproche parfois des sons 70’s de Cat Stevens et consort (the rabbit) pendant qu’à d’autres moments, le rythme n’énerve un peu (There’s only love, Road The Hill) pour donner plus de jeunesse à cette musique hybride.
Que de belles références donc pour ce groupe issu d’un pays dont on ne connait que trop peu la culture, et qui fait de Ewert and The Two Dragons les tout premiers ambassadeurs musicaux.
A découvrir avec le single éponyme de l’album, Good Man Down, vous n’arriverez peut-être plus a vous en passer ensuite… xx

Site officiel

Mike S.


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Milagres – Glowing Mouth
2012 – 12 titres –53’

Style : Pop Rock
Label : Memphis Industries / Pias

Note : 8,5/10

Pour la petite histoire, Kyle Wilson, songwriter en chef de Milagres, abandonna sa bonne ville de New York pour aller vivre dans la nature hostile et froide de Colombie-Britannique et comme le héros d’ »Into the Wild », il faillit y perdre la vie. Lui s’en sort après des mois de convalescence. Et comme le dit le vieil adage « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Kyle Wilson revient donc à la musique entouré d’un nouveau groupe. Et cela donne Milagres, « miracle » en portugais. Evidemment. Pourtant ce nom, s’il se réfère à la propre histoire de son leader, peut aussi servir pour décrire la musique du quintette. Un vrai miracle en effet. On en connaît des groupes au chanteur charismatique troussant des mélodies charmeuses, y amenant une certaine dose de lyrisme et d’emphase maniérée. En soit, c’est déjà pas mal si le dosage justement n’est pas trop chargé. Cela donne par exemple Coldplay, grosse machine à faire succomber les minettes qui, dans le genre, s’en sort bien. Mais avec Milagres, on est un cran au dessus et en même temps, on est ailleurs, vers plus de créativité et de prises de risque. Le son de ces New Yorkais est à rapprocher de The National, mélange de new wave diffuse, d’attitude arty et d’arrangements nettement plus contemporains. Même sur les moments les plus pops du disque (à savoir les deux singles de l’album, Halfway et Here to Stay),
le claviériste en chef du groupe (Chris Brazee) insuffle derrière des sonorités de claviers vintage que l’on imaginerait plus à leur aise dans l’univers plus expérimental de Radiohead. Cet esprit plus électronique tendance krautrock éclate d’ailleurs sur Glowing Mouth, morceau emblématique d’un album qui n’hésite pas à inventer son propre lyrisme : la voix de fausset de Wilson donne une étonnante touche soul à une mélopée synthétique à deux claviers. Grand moment. Sur Lost in the dark, le groupe accole une rythmique « africasante » des harmonies plus jazz (on pense à Overhead) et cela donne tout simplement un excellent titre pop plus original que le tout venant. Milagres reprend ce genre de métissage hors-norme sur To Be Imagined, chef d’oeuvre de l’album qui part d’une petite kalimba et de programmations pointillistes pour offrir un magnifique jeu de cache cache entre mélancolie diffuse et explosion d’élégance classieuse. Sur le triste Moon on the sea’s gate, tout un sous-bois de cordes et de vents vient affleurer et donner de la profondeur au paysage. Milagres est comme un iceberg ; Coldplay à la surface peut-être mais l’essentiel qui lui donne son équilibre et sa forme générale est bien en dessous dans une magnifique pénombre.
site
Denis Z.


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Misophone – Songs from an Attic
2011 – 18 titres – 49’

Style : Pop folk
Label : Another Record

Note : 8/10

Les très prolifiques Anglais de Misophone reviennent avec un nouvel album et leur style presque inimitable de folk bringuebalante couleur sépia. On ne compte plus les albums (normalement quatorze en seulement 7 ans d’existence !!) de S. Herbert et de M.A Welsh, duo venu d’un Bristol plus connu pour son trip hop que pour tout autre chose. Misophone est à l’exact opposé de ça. Aux claviers, le duo préfère généralement l’accordéon, un orgue à pompe pour gosses, un mélodica ou une boîte à musique. A une batterie par trop agressive, il préfère un glockenspiel, des marimbas ou un xylophone. A une guitare électrique, il opte pour la version acoustique mais aussi pour le banjo ou le ukulélé. Il y a bien là un theremin dont les sonorités étranges ne pouvaient que séduire nos Anglais un poil farfelus. Refusant de se produire en live, vivant une vie d’ascètes musicaux, Herbert et Welsh proposent des petites vignettes dégageant un charme suranné. Pourtant, si le duo est souvent mélancolique par ses mélodies (plus que sur leur précédent I Sit at Open Windows), il n’est aucunement nostalgique.
Il y a un côté tantôt western, tantôt fête foraine Belle Epoque avec vieux carrousel mais aussi femmes à barbe, plus rarement une ambiance à la Tati (Blackbird on Gravestone). Pourtant, dans sa faculté de se libérer du réel et de sortir de ces seules références, Misophone crée un univers bien à lui, autrement plus poétique. De bout en bout, en dépit de son attirail musical bringuebalant d’orchestre miniature et bigarré, force est de constater que Misophone est bel et bien devenu un groupe pop. Un peu Eels version rétro, un peu Mellow d’avant-guerre (la Première ? la Seconde ?). Plus calme et moins fanfare que sur I Sit at Open Windows - même s’il en reste quelques traces (The end of a love affair, Barnaby Flower ou What the water gave me que les paresseux rapprocheront de Beirut), Songs from an Attic est un album fortement doux porté par la voix cajolante de Welsh. Ce groupe vous fait vraiment du bien, à se demander s’il ne faut pas être maso pour ne pas aimer Misophone.
Denis Z.


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Chaos Physique - 1975
2011 – 9 titres – 56’

Style : Rock
Label : Acid Cobra / Jestai

Note : 8/10

Moins radical que sur leur précédent album, Chaos Physique, emmené par Amaury Cambuzat, trouve avec 1975, le point d’équilibre entre psychédélisme hypnotique et fureur punk. Le nom de l’album et cette année n’ont pas été choisis au hasard. 1975 marque le passage entre deux énergies et deux conceptions de la musique, entre le long-circuit sinueux des années psychés pré 75 et un court-circuit plus immédiat, fort comme un uppercut dans le plexus des années post 75. Le punk pointait déjà le bout de son nez et rien ne serait plus jamais pareil. C’est en tout cas l’idée de Chaos Physique, trio franco-italien composé d’Amaury Cambuzat (Faust, Ulan Bator), Diego Vinciarelli (Sexy Rexy) et Pier Mecca (Fiub), et finalement ça se tient. En tout cas, ça donne un bon album de rock, pas post, pas pré…juste rock. Les morceaux sont souvent longs, volontiers hypnotiques avec des boucles et des claviers un peu fous rappelant les ambiances des films de Dario Argento avec la musique des Goblins (Intuition). L’impact du rock, simple et direct mais sur une durée explosant le format chanson, tel pourrait être le credo du trio. Tout ceci reste néanmoins, tout à fait abordable pour le commun des mortels.
Sur The Science of chaotic solution, son premier album, le groupe avait sans doute radicalisé de trop son propos laissant certains de ces auditeurs potentiels sur le bas-côté ;
avec 1975, il trouve le bon équilibre. Encore faut-il admettre que le rock peut être distillé sur 6 ou 10′ et qu’il peut rester instrumental sans perdre une once de sa force. Chaos Physique peut aussi envoyer le bois sur un 3′ concis et bien efficace en dépit d’une rupture osée en son milieu (Analphabet city). Ainsi, le chant est rare, se réduisant parfois à une phrase répétée plusieurs fois en rythme (Moving your air), à un souffle filtré (Analphabet city), à ce qui semble être une incantation vaudou (Captain Boum) ou disparaissant totalement derrière une coulée de lave de guitares (1975). Quand la rythmique devient plus légère, Chaos Physique pourrait apparaître comme un enfant du Krautrock (Moving your hair, bunga bunga). Dès lors, la rythmique lourde a laissé la place à d’autres plaisirs plus vaporeux mais tout aussi intrigants. Exception notable dans le disque, Electric Dreams semble montrer un groupe au sortir du chaos, l’écriture est plus pop dans la version new wave du terme et le chant reprend une place plus importante. Mais ce qui semble être un apaisement se révèle de courte durée, Chaos Physique termine le disque dans les turpitudes d’un bruit blanc en pleine décomposition (Long running train). Ces trois-là ne sont pas prêt d’être domestiqués.
site
Denis Z.


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Babybird - The Pleasure of Self Destruction
2011 – 12 titres – 44’

Style : Pop
Label : Unison / Differ-ant

Note : 7,5/10

Avec sa bouille ronde et sa voix de crooner, Stephen Jones est reconnaissable entre mille. Sa musique aussi d’ailleurs…L’homme de You’re gorgeous, son (unique) tube a su créer son style dans le monde pourtant archi-balisé de la pop anglaise. Ce qui lui vaut d’avoir des fans dont Johnny Depp qui avait réalisé le clip de Unloveable sur l’album Ex-Maniac (2010). Sur The Pleasure of Self Destruction, l’acteur va plus loin puisqu’il tient une des deux guitares sur The Jesus Stag Night Club, le titre le plus mordant de l’album qui en fait aussi l’ouverture. La présence de la star adulée des midinettes est somme toute anecdotique mais si elle permet d’amener plus de monde à Babybird, tant mieux. Le style Babybird se traduit dans la musique, dans les textes et dans la combinaison ambivalente des deux. L’homme est à la fois romantique et misanthrope, ses envolées sont toujours plombées par un humour grinçant, ses arrangements classieux (avec piano et claviers enrobants) ornent des destinées pathétiques :
c’est ce qu’il doit appeler le plaisir de l’auto destruction qui donne son nom à l’album. Parfois, l’Anglais est totalement énamouré (www.song, a little more each day se jouant des clichés) mais généralement l’instant d’après, tout finit en eau de boudin. Un des titres s’appelle tout naturellement This is not a lovesong. Alcoolique (Song for the functioning alcoholic) ou tueur (l’addictif I’m not a Killer), les héros chez Babybird sont souvent victimes de leur atavisme…Tout serait finalement désespérant si l’humour ne venait s’en mêler. Et puis, il y a la musique dans toute son élégance qui élève les moments sordides et sauve le propos de la niaiserie quand Jones redevient le romantique naïf qu’il doit être au fond de lui. A l’instar de Richard Hawley ou de Perry Blake (dans une version plus mélancolique), l’Anglais a pour lui d’être un grand mélodiste et ce talent évident permet beaucoup d’excès. Babybird ou l’oiseau rare de la pop anglaise.
Vidéo de I'm not a Killer
Denis Z.


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Ben Howard - Every kingdom
2011 - 11 titres

Style : Folk
Label : Tôt ou Tard


Note : 8.5/10

Ben Howard serait-il un nouveau petit génie de la planète musique ? A peine 23 ans, et déjà, il parvient à attirer la curiosité de toute part. Son premier album n’y est sans doute pas pour rien. En effet, ce premier jet, marqué par la musique folk des années 60’s 70’s, a déjà tout des grands. Si les influences affichées sont Bob Dylan, Joni Mitchell ou Van Morrison, c’est aussi vers la folk anglaise de Fleetwood Mac que plusieurs de ses titres semblent tirer leur substance, depuis sa voix jusqu’à ses accords, que l’on croiraient de Lindsay Buckingam himself, époque Rumors à Tango in the Night (Diamonds, The Wolves…).
Parfois totalement dépouillée, laissant sa voix en soliste, la musique de Every Kingdom se libère et prend toute sa vibrance, dans les orchestrations les plus chargées. Guitariste, Ben Howard s’adjoint les talents de Chris Bond, musicien aguerri, pour les percussions, la basse, l’accordéon ainsi que India Bourne, jeune multi-instrumentiste pour les parties de violoncelle, de ukulele ou encore pour les chœurs…

C’est aussi Chris Bond qui a assuré la production de l’album pour lui donner cette patine surannée. Restait alors à Ben Howard à trouver les plus belles mélodies, les refrains entêtants, les sonorités les plus bouleversantes pour réussir à livrer un premier album de toute beauté. Avec Every Kingdom, c’est maintenant chose faite !
Voilà un album tout en nuance, en clair obscur, et la photo de couverture de l’album traduit parfaitement cette impression, puisqu’elle présente un plongeur, dans des eaux troubles, à mi-distance entre la nuit et la lumière.
Le sticker sur la pochette ajoute « la nouvelle sensation UK »… N’en doutons pas, son album est sensationnel, et s’apprécie dès les premières écoutes, de la première à la dernière note ! xx

Myspace

Mike S.


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Piers Faccini - My Wilderness
2011 - 11 titres

Style : Folk
Label : Tôt ou Tard / Warner


Note : 9/10

Découvert auprès d’un plus large public en 2009 en sortant son 3e album (Two grains of Sand), Piers Faccini poursuit son chemin avec un nouvel album My Wilderness.
Sur le précédent album, Piers nous confrontait à son univers folk teinté de tonalités étranges, aux frontières du psychédélisme. Sur ce nouvel album, les accords de guitare sont toujours influencé par le travail de son précédesseur, Ben Harper, pour lequel il a ouvert plusieurs concerts, et à qui il avait emprunté producteur et musiciens à ses débuts. A cet ensemble d’influence, Piers Faccini y ajoute une dimension world, en s’appuyant plus que jamais sur des rythmes africains, des instruments à vent rom, de cordes d’Afrique du Nord, empruntant ainsi, ici et là, les outils nécessaires à bâtir son propre édifice, toujours aussi intime et attachant.

On ne se lasse donc toujours pas de ses balades Folk, capables d’adoucir toutes les humeurs, même les plus tendues, et d’y ajouter une forme de jovialité discrète. Il y a de la magie dans les compositions de Piers Faccini. Le français que je suis est toujours frustré de ne pouvoir profiter pleinement de ce genre de disque, n’étant bercé que par la mélodie des mots, plus que par leur sens.
Qu’importe, My Wilderness est un album totalement envoutant, avec ou sans les sous-titres. xx

Site officiel / Myspace

Mike S.


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Captain Quentin – Instrumental Jet Set
2011 – 9 titres – 41’

Style : Math rock débridé
Label : From scratch record

Note : 6,5/10

S'il y a un adjectif qui peut bien aller à Captain Quentin, c'est bien celui de "débridé". Originaires de Reggio Calabria, les Italiens font dans le math rock avec changement permanent de structure. Mais là où généralement les "matheux" ne sont qu'une version abâtardie et plus technique de noise rock, Captain Quentin ouvre en grand les portes de sa musique. ça part effectivement dans tous les sens : dans Instrumental Jet Set, on peut donc trouver des similitudes avec le jazz rock ou la musique progressive, on y décèle aussi des éléments non négligeables de rythmique africaine.
Le tout est unifié par des synthés rutilants se taillant une part belle derrière les guitares. Avec tout ça, dur d'y retrouver son latin et de ne pas frôler l'indigestion (d'autant plus que le groupe ne nous laisse pas de répit). Le groupe s'en sort plutôt bien, ne devenant franchement lourd que sur Sciocchezza Mon Amour et son interminable solo à la Gary Moore (sic). Au contraire, Captain Quentin peut même être plus direct et efficace sur un Le Case Avanti rentre-dedans et même faire preuve d'une certaine finesse quand derrière la fièvre et la maîtrise commence à pointer une certaine harmonie plus légère (mai stati sulla luna).
site
Denis Z.


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Cast - Troubled Times
2011 - 12 titres

Style : Rock
Label : Pledge Music


Note : 9/10

17 années se sont écoulées depuis la sortie de All change, en plein cœur de la grande période Britpop, sur fond de séparation - et de procès - entre les La’s. L’Histoire s’est sans doute répétée, puisque nous n’avions plus de nouvelles de John Power et de ses amis, depuis Beet Roots en 2001…
Ce n’est donc plus avec Polydor mais avec Pledgemusic, que le quatuor a enregistré ce nouvel opus. Pour autant, la voix, le sens de la mélodie, les orchestrations sobres et efficaces sont intacts et font renouer le groupe avec le reste de sa discographie comme s’il ne s’était passé que quelques mois depuis la sortie All change. Mieux, avec le single See That Girl, c’est carrément un retour aux sonorités des La’s, auxquelles nous invite le groupe. On y retrouve en effet le son de guitare si caractéristique.
Outre l’effet Madelaine de Proust, Troubled Times a tous les ingrédients pour satisfaire les amateurs du genre.

L’année même où Oasis et The bluetones ont jeté l’éponge, Pulp et Suede tenté de se reformer et James essayé de survivre contre vents et marée, Cast est un argument supplémentaire pour soutenir la Britpop ! Envoyez vos dons, ou achetez leur disque !!! ;-) Vous avez encore un peu de choix : Morrissey, The Charlatans, Blur (?), James, Stereophonics, Supergrass, The Verve (?), à vous de choisir ! Pour ma part, je donnerais bien à Cast, qui n’est jamais vraiment sorti de l’anonymat malgré un talent et un potentiel véritable !
Pour en revenir au sujet de cette chronique, vous trouverez avec Bow Down, Trouble Thoughts, See That Girl, Not Afraid of The World, Bad Waters, A boy like me, Time bomb autant d’occasions de vous faire plaisir à réentendre la belle voix de John Power…
Un album à découvrir et un groupe à redécouvrir ! Le son de Liverpool n'a pas fini de résonner ! xx

Site officiel

Mike S.


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Applause - Where it all began
2011 - 13 titres
Sortie française : 6 juin 2011
Style : Rock hybride
Label : 3e bureau/Wagram


Note : 8.5/10

Sorti au début de l’été, nous n’avions pas eu l’occasion de nous pencher sur le cas Applause. Découvert lors de premières parties de concerts de -M- à Bruxelles, le groupe n’avait pourtant rien de la pop franchouillarde de ce dernier.
Avec ce premier album, on découvre en effet un Rock multiforme, flirtant avec la Free Jazz et la Soul pas vraiment enclin à entrer dans les carcans couplet/refrain, plutôt orienté sur le travail de studio, la superposition des couches sonores et des rythmes en tout genre. Le groupe est capable de nous coller des chansons aux rythmes effrenés (Hope You'Re Better), des titres conceptuels aux aspects répétitifs et hypnotiques (All about you) comme de revenir sur des balades pleines d’émotion et d’intensité (The Woods). Difficile donc de décrire la musique d’Applause avec des mots, difficile de les classer définitivement dans une case, un registre ou de lui apposer toute autre forme d’étiquetage…

D’autant que le groupe s’amuse aussi à jouer sur des changements de rythme ou de style en court de route (The Lighthouse). De quoi déboussoler l’auditeur lors des premières écoutes. Mais de quoi aussi s’assurer une garantie de satisfaction dans le temps, la lassitude ne pouvant parvenir, comme ça peut être le cas sur des tas d’albums aux frontières trop balisées. The Lighthouse serait peut-être justement le titre qui permettra de se faire une idée d’ensemble de ce dont le groupe est capable sans trop vous déstabiliser. Quoi qu’il en soit, et malgré son titre pompeux, vous l’aurez compris, comme le dit leur myspace, We love Applause !

Site officiel

Mike S.


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Heather Nova – 300 days at sea
2011 - 12 titres
Sortie française : 14 novembre 2011
Style : Pop
Label : V2


Note : 8/10

Sorti en mai 2011 dans les autres pays, l’album 300 days at sea nous parvient seulement en France. Allez savoir pourquoi… D’autant que toutes les plateformes musicales le proposaient dans leur catalogue… Qu’importe, le voici dans sa version physique, avec une magnifique photo en couverture, présentant la jolie sireine des mers chaudes allongée sur son canoë en compagnie du meilleur ami de… la Femme.
A 44 ans, la chanteuse signe ici son dixième album studio et renoue avec l’électricité (nucléaire), après un album acoustique enregistré à l’énergie solaire (Jasmin Flowers – 2008). Pour cette occasion, elle réintégre des titres pop pleins de vie et de mélodicité, comme à la grande époque de Siren (1998). Plusieurs singles parsèment l’album, du titre introductif Beautiful Ride au mégatube Save a little piece of tomorrow, en passant par Stop the Fire. Toujours étonnant que Heather Nove ne trouve en France qu’un succès d’estime, pendant qu’elle cartonne dans d’autres pays comme l’Allemagne ou la Belgique. Encore un mystère digne du Triangle de ses origines…

Sur ce nouvel opus, la chanteuse n’en oublie pas son penchant pour les balades folk minimalists, et donne une fois encore la part belle à son bel organe vocal (Do something that scares you, Burning to love..). Everything changes, dit-elle… changes for the good, comme pour donner un élan positif, à une vie qui n’a peut-être pas toujours été rose (Last time you were here, I lost a baby…). Ce titre, au-delà de son aspect dramatique, donne l’occasion à la chanteuse de s’essayer sur un chanté/parlé inhabituel.
En fin d’album, on retrouve un titre qui rappelle des titres du début de sa carriere (période Glow star), intitulé I’d rather be, et évoquant sa préférence pour l’imperfection. Vaste sujet quasiment philosophique.
Voilà présenté en quelques lignes les douze nouvelles balades qui composent 300 days at sea, un album qui nous plonge dans un univers musical paradisiaque et émouvant à bien des égards.

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Mike S.


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Siskiyou - Keep away the Dead
2011 – 10 titres – 33’20

Style : folk modernisé
Label : Constellation / Differ-ant

Note : 8/10

Les Canadiens reviennent déjà avec un deuxième album. Une folk à fleur de peau, solidement charpentée et plus moderne qu’elle n’y paraît. Rappel des faits : Siskiyou est un groupe formé autour de Colin Huebert et Erick Arnesen, ancien et actuel membre de Great Lake Swimmer. Il y a à peine un an, les Canadiens avaient déjà sorti un premier album, ils récidivent aujourd’hui : les chansons écrites avec le coeur doivent s’écrire vite, comme une évidence, comme un besoin impérieux. Siskiyou appartient à cette grande tradition de songwriter folk, créant des ambiances boisées autour d’une voix et d’un texte chantés d’une émotion à fleur de peau. La voix d’une sensibilité folle d’écorché fait penser à Neil Young et ce n’est donc pas pour rien que Siskiyou reprend de fort belle manière (avec banjo et mélodica) Revolution blues de la légende Canadienne. Par une écoute distraite, on peut se tromper fortement sur le compte de Keep away the Dead, en ne voyant dans cet album qu’un disque de folk classique et un peu pépère. C’est parfois doublement le cas et dans le genre, le groupe ne démérite pas (Dear old Friend, sing me to sleep). Mais de manière plus intéressante, le groupe s’affranchit de cette tradition séculaire. Pour cela, Siskiyou ne manque pas d’idées. Dès lors, un bouquet de cuivres vient mettre aussi son grain de sel emportant la musique dans une folie salvatrice (Twigs and Stones).
De manière moins sensationnelle, les morceaux souvent arides à leur début se remplissent petit à petit d’instruments et deviennent de vrais moments pastoraux. Avec Siskiyou, rien n’est figé et la folk ne coule pas de source. Sur sur quelques titres; derrière la mélodie, la voix et la guitare acoustique réglementaire, le groupe installe en filigrane un climat composé de guitares aux effets vaporeux du slowcore : dans ces moments-là, les Canadiens se rapprochent d’Idaho (le groupe, pas l’Etat), ce qui n’était pas évident en premier lieu. Ainsi, Where does that leave me se drape dans une mélancolie sereine, Dead Right now étonne par sa beauté minérale ; le magnifique So Cold commence à disparaître dans l’abstraction restant en phase avec la réalité seulement par le chant. Le morceau-titre révèle un groupe plus électrique proche d’un Pixies en gestation qui ne demande pas mieux qu’à exploser. Et que dire de Not The Kind dont la mélodie fragile émerge d’une électronique mesurée mais vibrante. A la fois fédérateur avec sa mélodie séduisante et franchement barré, Fiery death finit de révéler un groupe totalement libre de faire ce que bon lui semble.Ceux qu’on a tendance à placer entre Arcade Fire et Bon Iver ont de quoi être aimés pour eux mêmes.
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Denis Z.


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Golden Kanine – Scissors and Happiness
2009-2011 – 12 titres – 38’30

Style : Folk pop rustique
Label : Glitterhouse record / Differ-ant

Note : 8,5/10

Avec Golden Kanine, l’union fait la force : 8 Suédois chacun jouant d’une batterie d’instruments. Deuxième album cette année d’une pop folk rustique et touchante. En avril, il y avait eu oh Woe un album qui ne pouvait que charmer celui qui l’avait écouté. Aujourd’hui, Glitterhouse records a la bonne idée de sortir le premier album (datant de 2009) de ce qu’il faut bien appeler une fanfare. Les Golden Kanine sont nombreux et leur musique laisse une grande place aux cuivres et aux percussions (pas moins de 5 membres y jouent de la batterie). Pourtant, là on pourrait craindre un bordel sans nom (pensez aux pénibles fanfares alternatives françaises), on ne trouve qu’une vitalité débordante et un supplément de chaleur.Il faut dire que les morceaux respirent, les Suédois ne lâchent pas à tout va leurs cuivres mais seulement pour redonner de la vigueur aux morceaux. Hormis quelques claviers qui jouent les liants ou font des loopings sur A Call to arms et une guitare électrique qui pimente ça et là (le tubesque Scissors),
les onze titres qui composent Scissors and Happiness sont largement acoustiques et brillent par la beauté de leurs mélodies. De manière étonnante, derrière la chaleur et l’entrain général, la mélancolie n’est jamais absente à travers tous les strates qui façonnent la musique ; ce qui rend cet album particulièrement touchant (Came down, God Almighty, Happiness). Et puis, il y a les deux chanteurs (Linus Lindvall et Andreas Olrog), chacun dans un registre différent, un plus pur à la Jeff Buckley, l’autre plus écorché à la Tom Barman, tous les deux étant des véhicules idéals pour atteindre des sommets d’émotion. Sur Cut, c’est même un troisième larron qui vient mettre un peu de rocaille dans une sérénade à la Calexico.A l’époque de Oh Woe, j’avais évoqué Arcade Fire, mais en écoutant ce deuxième disque, c’est bel et bien dEUS qui devient la meilleure des références pour décrire Golden Kanine. Un groupe énergique, porteur de sentiments contrastés et de saveurs hétéroclites. Un groupe profondément humain. Sont VRAIMENT forts ces Suédois.
site
Denis Z.


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Krystle Warren - A Time To Keep (Love Songs EP)
2011 - 5 titres
Sortie : 8 aout 2011
Style : Pop Folk Soul
Label : Parlour Door Music / Proper Music


Note : 8.5/10

3 ans après son premier album Circles, l’Américaine Krystel Warren termine son second album qui sera baptisé Love songs. On nous annonce un projet à la Smashing Pumkins ou à la Springsteen, puis que la chanteuse entend bien faire tenir pas moins de 25 titres sur cet album fleuve. Ce sera en fait un album en deux parties, le premier portera le sous-titre A time to embrace et sortira début 2012, et le second, A Time To Refrain From Embracing sortira fin 2012 ou début 2013…
Pour enregistrer ce nouvel album, la chanteuse, originaire du Missouri, un Etat perdu au beau milieu des USA, a décidé de poser ses valises à New York, dans la grosse pomme. Juste avant de s'installer à Paris, apres une longue tournée.
Et nous avons déjà une première esquisse de ce à quoi pourra ressembler cet album, puisqu’un EP est arrivé cet été, contenant 5 titres, dont 3 extraits de ce projet et 2 inédits. Tournant toujours autour de l’amour et du temps qui passe, cet EP prend le patronyme de A time to Keep . Il y intégre d’ailleurs un titre tout aussi évocateur Forever is a long time .

Au long de ces 5 premiers titres, la chanteuse confirme son talent de songwriter, en proposant des balades aux mélodies entêtantes et aux accents mélancoliques. Sa voix y est toujours chaude et nuancée, en droite lignée de bon nombre de monuments de la soul music. Plus moderne malgré tout, le son et les arrangements rappellent aussi bien les travaux folk pop de Tanita Tikaram, Cat Power ou de Suzanne Vega que ceux plus soul de Norah Jones, Duffy ou Tracy Chapman. Pour ne citer que des voix féminine…
Au milieu de ces 5 titres, un OVNI, Tuesday morning, vous donnera des frissons à n’en plus finir. Et que dire du single, Forever is a long time qui n’en est pas moins ensorcelant. A time to Keep est un bon présage pour l’arrivée des 20 autres titres courant 2012. On est impatient, maintenant, c’est malin !

Video de « Forever is a long time / Site officiel

Mike S.


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Teletextile - Glass
2011 – 11 titres – 50'

Style : Pop
Label : Lili is Pi / Mosaic

Note : 6,5/10

Formé autour de sa chanteuse Pamela Martinez, Teletextile, telle une sirène enchanteresse, nous ramène au milieu des années 90. La période vit le déferlement d'artistes mélant voix féminine charmeuse, électronique enrobante et instruments acoustiques. L'avènement d'une nouvelle forme de pop en vérité avec comme plus fameuses ambassadrices, Bjork et Lamb. Teletextile n'est pas de ce niveau (moins troublant, moins innovant) et évoquerait plutôt des seconds couteaux comme les oubliés Esthero ou la toujours présente Emiliana Torrini. La faute aussi à Pamela Martinez aussi, à la fois plus bel atout et plus large motif de reproche que l'on peut faire à Glass : dotée d'une voix parfaite pour l'exercice et d'une qualité de chanteuse indéniable,
l'Américaine a parfois tendance à se lâcher oubliant toute notion de sobriété et épanchant un certain sentimentalisme toute gorge déployée. Il faut dire que les récentes This is the Kit et Hanne Hukkelberg, plus mesurée dans leur interprétation, ont quelque peu ringardisé ce lyrisme parfois un peu forcé. Il n'empêche, il convient de pas trop jouer les ronchons et de ne pas trop bouder son plaisir. L'alchimie proposée par Teletextile reste séduisante avec ses ambiances en apnée (proche du Cure de Disintegration sur What if you), ses choeurs célestes, cet équilibre entre sonorité acoustique légère (glockenspiel, harpe, guitare acoustique, violoncelle, claquement de mains...) et sons profonds de claviers et de guitare électrique (I don't know how, rafraichaissant comme la rosée du matin).
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Denis Z.


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The War on Drugs - Slave Ambiant
2011 – 12 titres – 50'

Style : Mainstream vs Experimental
Label : Secretly Canadian / Differ-ant

Note : 7,5/10

Comment réconcilier les anciens et les modernes, les « mainstream » et les indés avec un album pourtant porteur d’une sacré personnalité ? C’est au final, le pari largement réussi de The War on Drugs. Le groupe de Philadelphie a déjà réussi à survivre au départ de son faux leader médiatique Kurt Ville. Mais pourquoi donc s’arrêter en si bon chemin, d’autant que le vrai maître à penser du groupe a toujours été véritablement Adam Graduciel et que ce dernier est bel et bien là ? Pourquoi ne pas tenter dès lors quelque chose d’audacieux ? Avec Slave Ambient, The War on Drugs se met le cul entre deux chaises en trouvant par la même occasion sa vraie personnalité. Le groupe oscille entre deux forces : l’une ascentionelle dûe à des claviers spatiaux ; l’autre au contraire gravitationnelle, le groupe usant en permanence d’une rythmique motormusik, répétitive à souhait, qui le ramène irrémédiablement sur la croute terrestre. The War on Drugs a ainsi les pieds sur Terre dans une semelle de plomb mais la tête dans les étoiles.
Et ce n’est pas là le seul paradoxe de Slave Ambient. Si on s’en tient au fond, aux compositions même du groupe, les Américains se jouent des paradoxes. Encore plus d’ailleurs pourrait-on ajouter, car à lire ce début de critique, on pensera à juste titre que ce groupe est indé en dans l’âme, n’étant pas contre mettre un soupçon de recherche sonore dans sa musique, expérimentant un peu ça et là ses ambiances. Pourtant, les compositions évoquent carrément dans leur fondement Dire Straits (pas de gros mots), Neil Young, Bruce Springsteen et même Bob Dylan, la voix nasillarde de Graduciel n’étant pas étrangère à l’affaire. Le groupe n’est pas contre user de l’harmonica non plus. Plus classique rock & folk américain, tu meurs ! Mais à la différence d’Okkervil River par exemple, plus respecteux de la tradition, The Wars ond Drugs passe donc tout ça dans son prisme déformant. Faire du neuf avec du vieux, étonnant, non ?
MySpace
Denis Z.


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W.W.Lowman - Kumquat May
2011 – 8 titres – 45'

Style : Post-rock/Jazz
Label : Altavistic

Note : 8,5/10

Comme son nom l’indique, W.W. Lowman est un gars lent : tant mieux, son Kumquat May valait bien la peine d’attendre. En 2007, le Chicagoan avait sorti un premier album Plain songs remarqué des curieux. Ce deuxième album a lui été enregistré entre 2009 et 2011, comme si W.W.Lowman était détaché de tout impératif temporel, composant et enregistrant au gré de son emploi du temps, de celui de ses musiciens et de ses envies. Le nom de W.W.Lowman est lié à une partie de la scène de Chicago, lui même étant membre de Bosco & Jorge et d’Aluminium Group. Il a également joué avec L’Altra (étant par ailleurs marié à Lindsay Anderson), un groupe avec lequel on peut dresser une passerelle avec les propres compositions de W.W.Lowman : il y a entre les deux entités un même naturalisme sonore qui émane de la musique en dépit des arrangements qui, eux, ne le sont pas. Le Chicagoan mêle avec facilité l’électricité des guitares, habillage électronique et l’acoustique des percussions et des instruments à vent. A la différence de son prédécesseur, Kumquat May est un album souvent jazz avec un jeu de chassé croisée entre les cuivres et les nappes ;
tout ce petit monde tantôt en opposition, tantôt à l’unisson. Musicalement, W.W.Lowman se rapproche par exemple de Tied and Tickled Trio (side project de membres de Notwist) et bien sûr de Tortoise, référence évidente quant il s’agit de mélanger jazz et post-rock. L’album commence calmement (Bourge) avant de prendre de la vigueur, se rapprochant de la frénésie des récents Wires Under Tension (Stout Leroy, un des grands moments du disque). Mais W.W.Lowman a vraiment décidé de surprendre : sur Cuts Like a Knife, il vocode sa voix dans un titre à l’ambiance plus électronique qui n’aurait pas dépareiller chez Air « sensualisé » ici un saxophone. Dernière curiosité du disque, l’Américain reprend un traditionnel vietnamien ; de quoi nous faire croire que la musique asiatique et le post-rock pouvaient avoir quelque accointance.Qu’il soit plus naturellement post-rock (sur les traces de son premier Plainsongs), ambiant ou carrément jazz, W.W.Lowman sort un album emballant. Tout simplement.
Soundcloud
Denis Z.


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The Third Sound - s/t
2011 – 10 titres – 44'

Style : psyché shoegazing
Label : A records / Differ-ant

Note : 6,5/10

Side Project de Singapore Sling, The Third Sound est un nouveau groupe à se réclamer de la double filiation Psychédélisme / Shoegazing. Bien, à défaut d'être transcendant. Le nom du groupe, Third Sound ("troisième son" en français) évoque une théorie musicale qui dit qu'à forte vibration, deux sons jouant la même note entrent en résonnance pour créer un troisième son. De quoi extasier des fans de psychédélisme, toujours aptes à rechercher une translation du principe de réalité dans une nouvelle perception. Qu'on se rassure, la musique du groupe Islandais n'a rien d'intellectuelle et se ressent et se vit plus qu'elle ne s'explique. Enregistré à Rome, mixé en Islande, patrie de Hakon Adolsteinsson, cet album est à la fois incandescent et glacial, comme l'azote liquide qui vous brule par sa froideur extrème. Derrière les effets bouillonnants, les guitares fuzz, la voix de Hakon semble toujours détachée; noyée qu'elle est dans les effets et les vapeurs psychés. Même quand la musique s'agite et s'embrase (at Hequen's gate), les membres du groupe semblent dans un état second, jouant de manière mécanique un rock en fusion. Drôle de sentiment que l'on ressentait à l'écoute déjà de Spacemen 3 ou de Ride, deux groupes auxquels Third Sound fait penser immanquablement.
Car il faut le dire, la musique des Islandais n'a rien de révolutionnaire et reprend à son compte la modernisation du psychédélisme et de la brit-pop des années 60 qu'avaient effectué le mouvement shoegazer à la transition des années 80-90. La musique peut-être vraiment d'influence mods (Re elevation), évoquée le spleen curiste le temps d'un court instrumental (Love/perfected by death) ou être plus naturellement folk (Long way from home), la production sonore unifie le tout dans un maelstrom de guitares réverbérées et de claviers psychédéliques. De bons titres donc (notamment In My Dreams, mon morceau préféré de l'album) mais rien de vraiment nouveau sous les brumes électriques d'inspiration britannique.
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Denis Z.


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Phil Pace & Spike – Letters memory
2011 - 11 titres – 36.10
Style : Folk
Label : Daruma Productions


Note : 7/10

Un premier album sorti en 2007 (There’s a place) qui ne laisse que peu ou pas de souvenir, le chanteur Phil Pace, aux doubles origines anglo-italienne, ne s’est pas laissé abattre, et s’est remis au travail. C’est ainsi que 4 années plus tard, le voici en possession de 11 nouveaux titres, réunis sur un second album baptisé Letters memory, à la couverture qui ne sera pas sans rappeler Elvis Presley (et The Clash bien sur…)
Phil Pace est influencé par les balades folk anglosaxonnes, pour ne pas dire américaines, des 60 à aujourd’hui, de Bob Dylan à Roy Orbison, même s’il se déclare tout aussi passionné par les Beatles, les Kinks ou encore .
Sur des sonorités et des mélodies terriblement vintage, largement marquées par les notes d’un harmonica et d’une guitare folk, Phil Pace (&Spike) livre des textes écrits sous la forme de lettres à des personnages identifiés. A l’exception de Walk The Line, ce titre emprunté avec respect à Johnny Cash, s’intègre totalement à l’ensemble des autres titres.
Ballades vivantes, aux rythmes parfois soutenus, l’album voit la participation d’une amie du chanteur, elle aussi vintage (;-), Jil Caplan, qui délaisse un instant la langue de Molière, pour deux titres, dont un Won’t Go Back, tres roots, tres vif, unz chanson à deux voix très réussie.

Si l’enregistrement a été parmi les plus rapides de l’histoire du folk et de la musique en général – enregistrement « live » en 15 heures – l’album n’en demeure pas moins abouti, la production est au rendez-vous, les compositions riches, les mélodies variées, faisant de ce disque, une belle escapade estivale, en empathie totale avec la méteo de l’été 2011 (Sixty Tow day of rain…).
On retiendra ainsi pour leur aspect entêtant, une bonne moitié des titres de l’album, à commencer par les deux premiers, Loveshine et For a friend, sans doute les plus 60’s dans leur sonorité. Et le dernier titre, Oh Joker, pour son esprit quasi Gospel, qui vous restera TRES longtemps dans la tête…
Passé inaperçu en 2007, Phil pourrait bien se rattraper cette année ! C’est tout ce qu’on lui souhaite !
Un album à la fois sobre et capiteux.

Site / Myspace

Mike S.


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Atomic Paracelze - s/t
2011 – 7 titres – 38'

Style : no guitar-avant rock
Label : Invaders record

Note : 6,5/10

Sous l'étiquette auto-proclamée "no guitar-avant rock", les Suisses de Atomic Paracelze disent à la fois tout et rien sur leur musique. Il faut dire celle-ci ne se met pas facilement dans une case (le nom "avant rock" un peu fourre-tout) et se démarque déjà par son line up : violon, fender Rhodes, basse, voix et électronique. La formation n'exclut ni effets, ni distorsion et s'en donne parfois à coeur joie. Les structures free jazz et l'ouverture tout azimut évoqueront Mike Patton (surtout dans Mr Bungle) et
John Zorn ; autant dire que l'album longtemps muri par nos Helvètes (le groupe existe depuis 2008) n'est pas très facile d'accès. Au milieu des ruptures de ton et de ce grand écart entre jazz, métal, musique contemporaine et musique de l'Est (avec ce fameux violon), des moments aussi calmes que le Easy repris par Faith no More montre le bout de son nez et Antoine Läng chante à la manière d'un interprète de Broadway. Le contraste n'en est que plus saisissant. Une expérience hors des sentiers battus.
bandcamp
Denis Z.


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The Horrors - Skying
2011 - 10 titres
Style : Rock Pop
Label : XL Records


Note : 7.5/10

Voilà 6 ans que le quintette anglais The Horrors a envahi la planète Rock. D’abord orienté punk garage, le son n’a cessé de s’arrondir et de prendre de l’altitude pour se transformer progressivement en un Rock acoquiné à divers courant musicaux. A l’écoute de leur troisième album, intitulé Skying, le groupe continue son chemin de construction/déconstruction en flirtant autant avec la (brit)pop qu’avec la New Wave.
A l’écoute de ce Skying évocateur, tantôt frénétique, tantôt psychédélique, on pense successivement aux chemins balisés par les anciens de Joy Division, Simple Minds, The Stone Roses, Suede, Slowdive, The Verve, Happy Mondays, Inspiral Carpets, Oasis, Art Brut… Il y a de toute évidence une sorte de nostalgie qui flotte sur les compositions de ce groupe, tout au long de ce nouvel album. Mais aucun doute par contre, l’album possède un son totalement hypnotisant, terriblement envoutant, qui placera toutes les oreilles attentives sous un charme pour un long moment.
Introduit par Changing The Rain, un titre aérien qui s’étire sur plus de 4 minutes, conduit par la voix envoûtante de Farris Rotter et la nappe synthetique de clavier et de guitare, qui rappelleront quelques grandes heure de l’ère shoegaze. Avec I can see through you, on tient déjà un premier tube, même si ce n’est pas ce titre que le groupe a choisi de sortie en premier (mais Still Life, homonyme d’un titre de Suede d’ailleurs…).

Le rythme est soutenu, le refrain entêtant, les sonorités 80’s, façon Simple Minds, jusqu’à la voix proche de celle de Jim Kerr… puis Endless Blue poursuit dans le même esprit rock, sur un rythme presque binaire, enrayé par des guitares endiablées et encore et encore cette voix hypnotisant de Farris, omniprésente sur cet album, et redonnant au final une certaine singularité au combo anglais.
Le reste de l’album est du même niveau, alternant entre pop envoutante et rock psychédélique. Il devrait séduire en France les nostalgiques de l’époque Marc Seberg, sans aucun doute.
Skying est un album qui se bonifie avec le temps et les passages répétés sur votre platine. N’attendez donc pas une satisfaction immédiate, il faut, semble-t-il, laisser reposer les impressions de déjà vu, avant d’en apprécier les mélodies subtiles et les atmosphères sculptées dans les nuages.
Un album étrange et brillant, aux mouvements composites et bigarrés, affecté par un passé impérieux. Terriblement attachant !

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Mike S.


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City Center - Redeermer
2011 – 11 titres – 41’

Style : Lofi
Label : K record / Differ-ant

Note : 8,5/10

Encore une victoire pour l’inventif label K Record avec ce deuxième album des deux doux dingues de City Center. Redeermer ou l’ indie rock avec un grand K. Soyons juste City Center a déjà sorti un premier album en 2009 (sur le label Hype records) et Fred Thomas, un des deux membres de ce duo (avec Ryan Howard) a déjà joué dans une pléthore de groupe (dont His name is Alive), mais les deux Chicagoans ont trouvé en K records la maison de disque idéale pour faire naître et diffuser leur musique éprise de liberté. Du label d’Olympia, citons Mirah, The Blow, Tender Trap ou Lake et rappelons que Kurt Cobain Himself avait un K tatoué sur le bras. Mais c’est une autre histoire…En bon groupe lofi, City Center respecte l’adage « qu’importe l’instrument, pourvu qu’on ait l’ivresse » et dans ce Redeemer, il y aura donc des guitares cristallines et saturées, des laptops, des bandes mises en boucle, en avant ou en arrière créant un tapis flottant à la My Bloody Valentine sur les lignes vocales de nos deux lascars.
On sent chez eux une écoute certaine de ce qui a fait le rock US indé à guitares de ces 30 dernières années: il y a du REM dans les mélodies fondamentales, il y a du Sonic Youth dans quelques dérapages soniques (Thaw), du Pixies ou du Weezer dans quelques gimmicks envoyés avec candeur (Modern Love), du Smashing Pumplins dans quelques mélodies bizarrement taillées (Cookies). City Center a cette même faculté de sortir des clous et de ne pas respecter les balisages trop stricts. Mais le duo redistribue les cartes et fait tout un peu à sa sauce avec impertinence et gaieté. Du point de vue de la liberté de ton, le duo est à ranger aux côtés d’Animal Collective. Mais toujours avec cet air de ne pas y toucher, cette manière de chanter candidement, ces accents flower power (rien qu’à voir la pochette, on a tout compris) qui fait les artistes rêveurs et doux-dingues (After hours, Soft Marauder et ses rythmiques afro à la guitare). Bienvenue dans la bulle City Center.
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Denis Z.


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Figurines - Figurines
2011 – 11 titres – 37'49

Style : Pop
Label : Cargo records/ Differ-ant

Note : 7,5/10

Tiens, si on se prenait une petite dose de pop ! Celle-ci nous vient direct du Danemark et d’un trio, Figurines, qui n’est pas venu faire de la figuration. Fan de la première heure de Pavement et de Modest Mouse, le groupe évolue avec ce nouvel opus vers plus de douceur. Il y a un parfum suranné dans les mélodies euphoriques du groupe et pas seulement car la voix haut perchée et chevrotante de Hans Hjelm rappelle celle de Roger Hodgson de Supertramp. Emmené par un piano entrainant et une rythmique carrée, le groupe aime les chansons ciselées qui vous emportent.
Figurines n’aime pas la redite et ne se contente pas d’exploiter jusqu’à plus soif une bonne idée : le groupe nuance et enrichit sans cesse son propos pour notre plus grand plaisir (Hanging from above, tip top) . Pas d’excès de sucre (ou presque), de positisme niais (il y a même quelques titres plus sombres), pas de béatitude exagérée mais seulement une bonne pop parfaitement troussée et savoureuse. On en redemande !
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Denis Z.


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Scumbag Philisopher – It means nothing so it means nothing
2011 - 9 titres
Style : Rock / Post Punk
Label : Words on Music


Note : 8.5/10

Le tube de l’été ! Ne pariez pas sur les grosses productions, le tube de l’été, il est là, et il est signé Scumbag Philosopher. et s’intitule God is dead so I listen to Radiohead. C’est sans doute aussi le clip de l’année dans la foulée…
Si mes dons de voyant n’ont jamais été trop reconnus en la matière, je ne saurais pourtant trop vous conseiller de découvrir ces anglais et leur premier album au titre farfelu It means Nothing So it means Nothing…. Définissant leur musique comme Post Punk, le groupe nous livre avec un premier album au son rêche et aux rythmes binaires. Ce style, ils le puisent dans différents courants, allant de Joy Division à Gang Of Four, d’Interpol à John Spencer, de Franz Ferdinand à Kraftwerk, et ainsi la boucle semble bouclée. Hasard ou coïncidence, ce titre Isolation qui résonne avec la discographie de Joy Division.
Et ainsi, en quelques titres, les Scumbag Philosopher redessinent la carte du Rock à leur manière, comme ont pu le faire Girls against Boys, A House, Denim à leur époque, en marge des courants et des tendances.

Pour ce faire d’ailleurs, le groupe a fait appel à un producteur chevronné, Phil Vinall (Elastica, Placebo, Pulp), qui a retravaillé sur le son de leur second single cité en début d’article (God is Dead…), en faisant un tube imparable aux allures glaciales.
Bien que froide, l’atmosphère de cet album se réchauffe grâce à la musicalité des titres et leurs mélodies acides écrites à l’encre sympathique. Un peu comme pouvaient l’être les compositions des New-yorkais de Liars à leur début. Il y a d’ailleurs un petit côté hypnotique aussi dans les refrains répétés en boucle ou les textes récités au kilomètre.
Voilà donc une nouveauté qui devrait vous sortir un peu, malgré les apparences, de la morosité ambiante. Les Scumbag Philosopher ont de l’énergie à revendre !

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A ne surtout pas manquer, la VIDEO de God is Dead So I Listen To Radiohead

Mike S.


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Golden Kanine – Oh Woe !
2011 – 13 titres – 53’

Style : Folk pop rustique
Label : Glitterhouse record / Differ-ant

Note : 8,5/10

Si vous aimez les ambiances froides, synthétiques et aseptisées, passez votre chemin ! Les Suédois de Golden Kanine sont un peu tout le contraire, une pop-folk généreuse, roots mais également sensible faisant un audacieux grand écart entre Arcade Fire, les Pogues, Jeff Buckley et même Idaho. A vous donner envie d’étancher sa soif de bière en épanchant ses sentiments. Un peu comme un trophée, le groupe originaire de Malmö exhibe sur le livret de Oh Woe ! la liste des instruments utilisés : un rubrique à brac où l’on trouve aussi bien des guitares électriques que des (…on reprend son souffle) mandoline, contrebasse, banjo, trompette, trombone, piano, métallophone, accordéon, xylophone, kalimba, violon, violoncelle, piano, orgue à pédale…et j’en passe ! Vous l’avez donc noté, Oh Woe ! est en très grande partie acoustique, l’électricité des guitares se résumant à quelques tapis sonores. Sur le bouleversant Low of probable outcome, les Fender se font plus entendre servant à rendre encore plus dramatique le morceau. Cette cohorte d’instruments bigarrés donne une patine certaine à l’ensemble renvoyant aux ambiances roots de la country folk qu’elles soient américaines (l’ambiance far west de Climb) ou britanniques (Burial ou All must die, cabossé comme du Pogues). Pourtant, au-delà de ce parti pris qui donne un supplément de charme à la musique et une drôle de personnalité à Golden Kanine (même le très classique Fire proche d’une ballade à la Springsteen devient avec eux un morceau bizarrement fagoté), l’intérêt majeur du groupe n’est pas là.
D’ailleurs, les Suédois, en bonne intelligence, commencent leur disque par exprimer tout de go un de leur atout principal : la voix de leur chanteur épanchant une sensibilité à fleur de peau sur le devant de la scène. Le début de Arkham ressemble donc à du Jeff Buckley, voire même du Coldplay, avant que le reste de l’orchestre montre le bout de son nez et tire la chanson dans cet univers d’artisans musiciens à l’ancienne et ses arrangements forts en goût. L’autre atout massue du disque réside tout simplement dans les compositions même des morceaux. Là où on s’entendrait à une musique qui rue dans les brancards et des titres fiers à bras, on découvre des morceaux d’une sensibilité extrême : même l’enlevé Burial est porté par une humeur mélancolique qui assombrit l’énergie naturellement solaire du morceau et fait naviguer l’auditeur entre gaieté de façade et tristesse diffuse. Ce paradoxe étonnant fait tout le sel de Oh Woe ! et toute sa valeur. En dépit de son instrumentation rustique, l’écriture peut être carrément pop ( Get by, sa section cuivre irrésistible, sa ligne de basse dansante) ou devenir introspective : à ce titre, toute la fin (A change, The Devil, Oh Lord en tête) avance sur la pointe des pieds dans une économie de moyen où chaque instrument tisse une fine toile émouvante nettement plus proche dès lors d’Idaho que des Pogues. On n’en attendait pas tant et là où on ne pensait que s’amuser, on en sort profondément émus. Sont forts ces Suédois !
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Denis Z.


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The Phoenix Foundation - Buffalo
2011 – 11 titres – 45’

Style : Psyché pop
Label : Memphis Industries / Pias

Note : 8,5/10

Venu du bout du monde, The Phoenix Foundation propose une pop au charme universel et à la technologie parfaitement dosée. La Nouvelle-Zélande a toujours été terre de pop. Que l’on se souvienne juste de The Jean Paul Sartre experience, des Verlaines, des Bats, des Chills ; toute cette mouvance signée sur le mythique label Flying Nun (qui a sorti le précédent album de The Phoenix Foundation, tiens, tiens…) et encensée par les Inrocks à l’époque. Au niveau du fond pourtant, c’est-à-dire des mélodies, The Phoenix Foundation rappellerait plutôt les voisins Australiens de Go-Betweens (Orange &Mango, Wonton) ou les lointains Anglais de House of Love (Bitte, bitte). En tout cas; il y a quelque chose de fondamentalement pop’n cool qui se dégage de la musique du groupe. Cette propension à la légèreté est valable dans les moments catchy du disque, elle l’est encore plus dans ses moments nonchalants. Sam Flynn Scott, principal vocaliste de The Phoenix Foundation, prend alors une densité de crooner. Mais derrière chaque mélodie, on retrouve un substrat composite fait d’un nappage de synthés et de programmations : avec Eventually et Bailey’s beach,
c’est Richard Hawley qui va prendre un peu d’Air. Sur Skeleton, il se pervertit chez Goldfrapp. Cet habillage d’un psychédélisme diffus parcoure tout Buffalo qui se clôt d’ailleurs sur le titre le plus vaporeux du disque, un beau Golden Ship, le meilleur des véhicules pour des paradis artificiels. The Phoenix Foundation n’est pas donc qu’un groupe de guitares bien au contraire. mais en même temps, cette électronique « enrobante » ne prend jamais le pas sur l’essence du groupe ; elle l’accompagne et la bonifie. Buffalo est ainsi un tube irrésistible d’électro-pop sur les traces de MGMT ou de Postal Service mais réalisé avec une précision d’horlogerie suisse et un équilibre parfait entre fond et forme ; mélodie, guitares et électronique. Avec The Phoenix Foundation, cela respire toujours, même lorsque la brise de Orange & Mango se transforme en souffle shoegazer à la Slowdive. On se dit surtout que chaque chanson pourrait se jouer guitare/voix sans que cela pose problème au groupe. Sauf qu’ainsi arrangées, elles sont encore meilleures. Le fond et la forme.
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Denis Z.


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Should – Like a fire without sound
2011 - 9 titres
Style : Lo-Fi Pop
Label : Words on Music


Note : 7.5/10

Un vent doux et moite souffle du Texas... Should, le groupe Lo-Fi originaire d’Austin sort un nouvel album. Like a fire without sound porte bien son nom. Les neuf melodies qui composent cet album sont sobrement orchestrées par le trio. Les voix effleurent à peine l’atmosphère générale, comme le vent d’une nuit d’été sur les feuilles des arbres. Dès le titre introductif Glasshouse, on se remémore les précédents opus du groupe, qui nous rappelaient alors le travail de Low, de Yo La Tengo ou encore des Sonic Youth dans leurs moments les plus doux (Little Trouble Girl avec Kim Deal par exemple)… Les titres qui s’enchainent alors sur cet opus ne viennent pas perturber l’aiguille du métronome restée figée sur Adagio de bout en bout. La guitare déverse ses notes délicatement. Hypnotique sur Just Not Today, un peu à la manière des Cranes, on s’attendrait presqu’à entendre la douce voix d’Alison Shaw au détour d’un des couplets.

Sur Broken, toujours hypnotiques, les cordes de la guitare se veulent plus aigües, plus répétitives aussi, rappelant les habitudes du groupe à jouer sur les effets de samples de leurs machines, la dimension du groupe en trio oblige… L’atmosphère semble alors plus lourde, plus pesante, comme si le feu couvait dans une broussaille… Tout cela participe bien évidemment à une atmosphère générale très subtile et très imagée. La pochette lumineuse et printanière de l’album serait presque à contre courant de cet ensemble en clair obscur.
Famous for her dress et The Great Pretend en fin d’album marquent de leur emprunte l’aspect duo vocal, pas toujours évident sur les autres titres, la voix de Tanya étant toujours en retrait par rapport a celle de Marc.
Voici donc enfin le 3e album du groupe, absent de l’actualité depuis près d’une dizaine d’année (A Folding Sieve en 2002). Les amateurs de Lo-Fi y trouveront de quoi de sustenter, sans aucun doute, les 9 titres qui composent cet album s’écoutant en boucle… Hypnotique demeurant le maitre mot de cet album aux sonorités discrètes.

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Mike S.


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Love Motel - We are you
2011 – 10 titres – 45'

Style : Disco new wave
Label : Poor records / Kudos records

Note : 7,5 /10

Dans la patrie de Giorgio Moroder, il était normal qu'un Suisse retrouve la source originelle de la disco électronique de la star helvétique des années 70. Sauf qu'entre-temps, New Order et Chemical Brothers sont passés par là, les premiers donnant des contours new wave à la musique de danse et les seconds, plus d'épaisseur au son et ça, Love Motel l'a bien compris. Le Genevois adjoint à sa musique une galerie de voix féminines diaphanes donnant son lot de jolies harmonies à une musique diablement efficace. We are you est donc rempli de tubes sérieusement addictifs qui rappelleront fatalement Out of Control,
le morceau étalon de Chemical Brothers emmené par la voix et la guitare de Bernard Summer de New Order. Logique donc. Sur Neda (Never die again), titre hommage à la martyre de la cause iranienne, le Suisse abandonne toute envie de dancefloor pour se concentrer sur une ballade aux relents du gothic. Preuve a contrario que le Suisse doit en rester à ce qu'il sait faire : de la bonne disco new wave qui dispense une saine énergie sans volonté de message.
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Denis Z.


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Morning Teleportation - Expanding anyway
2011 – 13 titres – 58'

Style : Folk rock débridé
Label : Glacial Pace / Differ-ant


Note : 8/10

Pour leur premier album, les Américains de Morning Teleportation, originaires de Portland, n'y sont pas allés avec le dos de la cuillère ! Un album long, ambitieux, riche et foisonnant d'idées sur les traces de Modest Mouse, Vampire Week end ou Devendra Banhart. Psychédélique dans l'âme, Expanding anyway alterne moments luxuriants débordant largement de la bulle folk-rock (avec des rythmiques world, une fanfare effervescente ou enrobé de synthés analogiques) et passages d'une pureté mélodique restituant une beauté virginale (Daydream electric storm , coldweather sunshine).
Totalement débridé, libre dans sa tête et somme toute assez génial, Morning Teleportation accouche de drôles de chansons touchantes à la fois frustes et sensibles ; avec eux, la rusticité n'a jamais été aussi branché (Banjo disco). La présence vocale de Tres Cocker, dans un timbre proche de celui de Sharko, n'est pas aussi étrangère au charme étrange qui émane de ce disque un peu tordu. Déjà un grand groupe !
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Denis Z.


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Dengue Fever - Cannibal Courtship
2011 – 12 titres – 45'

Style : Pop sixties
Label : Concord Records / Universal Jazz


Note : 7/10

Attention groupe culte ! Repéré notamment sur la B.O. de "Broken Flowers" de Jim Jarmusch et dans la série "True Blood" , Dengue Fever revient avec un nouvel album entre rock Khmer (si, si) et pop sixties. Un drôle de mélange qui ne manque pas de saveurs. Petit apparté : dès qu’Universal ne sait pas trop mettre un disque dans un genre, il choisit de le distribuer via sa division Classique et Jazz. Pourtant, il n’y a rien de tout cela dans Cannibal Courtship, le quatrième album de Dengue Fever. A la rigueur, on peut concéder qu’il est vaguement jazzy et encore. En l’occurrence, l’embarras d’Universal réside dans le fait que le groupe Américain, de Los Angeles précisément, a pour chanteuse Chlom Nicol, une Cambodgienne qui pousse même le vice à chanter en Khmer sur deux titres (Uku, only a friend). Pour Universal, c’est sûr, la coupe est pleine : cette particularité a de quoi provoquer un burn out dans un esprit pour le moins formaté. Pourtant, sur ledit morceau, passé la surprise d’entendre une voix toute droit sortie d’un restau karaoké asiatique, on n’est pas trop surpris par le reste : un flute donne un supplément de touche ethnique mais le titre demeure équivalent au reste de l’album chanté en anglais, c’est à dire pop et sixties. Nicol va garder cette petite voix fluette de soprano « circonvolutionnant » d’une manière typiquement asiatique, à telle enseigne que parfois il faut tendre l’oreille pour s’aperçevoir qu’elle chante bel et bien en anglais.
Associé souvent à la voix « américaine » de Zac Holtzman, chanteur-guitariste du groupe, cela donne une association somme toute inédite. La pochette du disque traduit bien la symbiose musicale de Dengue Fever : un fantasme de guitare hybride regroupant une Fender électrique et un instrument traditionnel Khmer. Dengue Fever est donc sixties dans l’âme : le groupe épouse différentes formes toutes issues de cette période. A la fois psyché avec son farfisa et son theremin, surf avec ses guitares fuzz et baba cool dans ses choeurs (Cement sleepers, Family business), le groupe aborde aussi les terres plus dangereuses d’une variété internationale. Thank you Goodbye semble surgir d’une vieille retransmission du concours Eurovision. Il faut dire que Dengue Fever est aussi un groupe orchestral avec ses cuivres (saxo et cors), les Californiens n’étant d’ailleurs pas contre donnés dans le John Barry exotique (Kiss of the Buffalo Alvarius pourrait être un thème d’une BO d’OSS 117). Et comme rythmiquement le batteur Paul Dreux Smith et le bassiste Senon Gaius Williams sont parfaitement en place, dévenant une sé(du)ction groovy, Dengue Fever propose avec Only Friend un titre inspiré par l’Afro-pop. De ce côté là et avec leur niveau, ils peuvent tout se mettre. Le groupe s’est donc retrouvé sur la BO d’un film de Jarmusch ; on ne serait pas étonné de les voir célébrer un jour par Quentin Tarantino (amateur de saveurs sixties décalées) ou même par David Lynch pour le vénéneux Cannibal Courtship, aussi ensorcelant que dangereux ou sur Sister in the radio parfait pour un Yellow Velvet. Avec Dengue Fever, le dépaysement est en tout cas garanti.
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Denis Z.


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Jay-Jay Johanson - Spellbound
2011 - 11 titres
Style : Jazz & Chanson
Label : Universal Jazz

Sortie : 2 mai 2011


Note : 7/10

L’an passé, 40 ans ont sonné le glas aux oreilles de Jay Jay Johanson, 15 années avait passé depuis la sortie de son premier album Whiskey, et sa musique, déjà démodée à l’époque, n’avait pas changé, elle est toujours aussi démodée en 2011… D’ailleurs plutôt que démodée, on devrait la définir d’anachronique tant sa musique semble ne pas avoir prise au présent, mais osciller entre les années 1950 par son influence jazzy de Chet Baker et les années 2050 pour son aspect électronique totalement aseptisé.
Pour autant, avec ce 8e album studio, celui qui est connu pour naviguer entre jazz, chanson et electro, a décidé de jeter l’ancre dans les méandres du Jazz, de bout en bout de cet opus. Pas de trace de boite à rythmes à l’horizon, mais des sons d’instruments nobles, unis dans une grande sobriété. Du côté de l’atmosphère, celle-ci reste douce et ouatée, aucune irrégularité, aucun accident sonore qui pourrait blesser le tympan. Tout y est doux et aérien… Si ce n’est les textes, qui là, donne quelques frissons dans le dos. Rien qu’aux titres des chansons, il y est questions d’ombres, de monologue, de dilemme, de l’au-delà, de suicide, d’éternité… Rien de très réjouissant, mais bon, la Suède reste un des pays avec le fort taux de suicide au monde…

Ce qui est certain, c’est que cette musique composée d’une trompette intimiste, de claviers mélancoliques, et d’autres instruments tout aussi discrets, se fait une accompagnatrice délicate, pour ne pas dire effacée, d’une voix somptueuse, sans éclat, émouvante, sans zèle.
Si ce n’est On the over side, pas véritablement de tubes sur cet album, mais en attendions nous vraiment ? Seulement la création d’une atmosphère propice à la réflexion et à la contemplation. Et c’est toujours le talent de Jay Jay Johanson que de parvenir à de telles prouesses sans nous conduire indiscutable vers l’ennui. Sans lien aucun en apparence, sa musique s’associe pourtant parfaitement à ce que fait souvent Trent Reznor dans ses moment les plus mélancoliques, pour ne pas dire dépressifs (ex : Shadows).
Amoureux de la France depuis toujours, Jäje – de son vrai prénom - est de passage dans nos régions actuellement.
Un album 100% jazz aux allures contemplatives évidentes. Spellbound est une Invitation pour une croisière paresseuse vers le pays des rêves.

Myspace

Mike S.


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Beat Connection – Surf Noir
2011 – 8 titres – 28’33

Style : synthé-pop
Label : Moshi Moshi / Discograph

Note : 7/10

Beat Connection est bien un groupe d’aujourd’hui à la fois ultra hype et limite ringard, à la fois essentiel et totalement superflu. Tout naturellement, Surf Noir est un (mini) album porteur de vraies pépites et de titres à deux balles. Derrière ce nom passe-partout se cachent Jordan Koplowitz et Reed Juenger, tous deux originaires de Seattle, place marquante de la musique, généralement connue pour son rock à guitares. Le duo est d’une toute autre mouvance, à la fois plus pop, plus disco et plus électronique, à l’image de The Postal Service ou Delorean par exemple. A coup de synthé pop et sonorités 80′s, Beat Connection affiche un but simple, faire danser dans une liesse communicative. Et autant dire que cela fonctionne ! Surf Noir est un album fun, cool qui passe comme une brise vivifiante sur à peine 28′. Un titre comme In The Water vous donne une impression de légèreté tellement forte que vous vous risqueriez de marcher sur l’eau à son écoute. Le thème du morceau revient invariablement dans une frise séductrice de haut vol, les guitares new wave donnent un peu de chair et un steel drum relance encore l’attrait charmant et dansant du morceau. In the Water fera le bonheur des dance-floors indés, des habillages de publicité et pourra être compétition pour un des singles de l’année. Plus mid-tempo, Silver screen n’est pas mal non plus – et c’est là un euphémisme – dans le genre synthé-pop groovy et entêtant porté par une voix empreinte de soul (Metronomy n’a qu’à bien se tenir).
Sunburn métisse un peu une new wave déjà sautillante. Plus classique, Same damn time est une sympathique ballade pour voix vocodée et claviers rêveurs. Tout se passerait dans le meilleur des mondes si le duo n’étaient pas parfois victimes de ces propres atouts. L’équilibre est fragile et Beat Connection joue avec le feu des moyens qu’il utilise. Passons sur des dispensables intermèdes instrumentaux, un peu ambiant, un peu soupe, qui n’apportent rien de consistant à l’ensemble. Lesdites sonorités 80′s qui font le coeur du disque semblent tout droit sorties d’un générique de Canal + des origines ou de quelques simili artistes claviéristes du TOP 50, même période. Cela donne une certaine patine à la musique qui justement donne encore plus dans le fun et le revigorant. Mais il ne faut pas non plus en abuser, à fortiori quand les thèmes deviennent bateaux et lourdingues (Theme from yours truly). A ce moment là, la hype a le goût amer d’une certaine ringardise, assumée par le groupe lui même qui n’a pas l’air de s’en soucier (c’est aussi la force du disque) : tout ceci est bien sûr une question de regard et de deuxième degré, ce qui n’était pas le cas des tenants de la synthé pop disco dansante des eighties, platement englués dans un vrai premier degré. Mais il fallait que cela soit dit et donc relativisé : même en rigolant et même en étant branché, un mauvais morceau reste un mauvais morceau. Ce raté aura aussi le mérite de nous faire encore plus apprécier les grands morceaux du disque. Avec le même dispositif, Beat Connection avait réussi à proposer de vraies pépites et il faut redoubler de talent pour cela .
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Denis Z.


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The Donkeys - Born with Stripes
2011 – 12 titres – 45'22

Style : Folk-rock
Label : Dead Oceans/ Differ-ant


Note : 7,5/10

Rien de nouveau sous le soleil de Californie certes, mais élevés au bon air du Pacifique, les groupes continuent souvent de faire de la bonne musique. C'était le cas avec The Byrds, Grateful Dead et The Doors, ça l'est aujourd'hui avec The Donkeys, un groupe à la force tranquille mais qui ne manque pas de talent.Born with Stripes est le troisième album des Californiens et comme les précédents, il est ancré dans cette filiation typiquement américaine de folk-rock mitonnée avec un soupçon de country. The Donkeys décide de titiller le blues sur Bloodhood ou d'affleurer les rives psychédéliques de l'acid folk lors d'un West Coast Raga ornementé de sitar ou d'un vaporeux Kaleidoscope dont les motifs répétés créent une ambiance gentiment hypnotique. Sur 1'30, New Blue Stocking recrée le vertige provoqué par The Doors, emmenant un rock classique dans la spirale d'un orgue Hammond. Pourtant, The Donkeys ne fait pas dans le copier-coller exact de ses influences majeures (Les Byrds et Grateful Dead en tête) et mis à part Born with Stripes, morceau clin d'oeil aux sixties, le groupe ne bloque pas son curseur entre 1965 et 1970.
Les nappes de claviers qui sous-tendent les guitares évoquent plus la new wave britannique que n'importe quelle musique américaine (Don't know who we are où le fantome de Joy Division vient leur rendre visite). Le groupe est particulièrement à l'aise dans le tissage de gimmick de guitares qui s'entremèlent. Cela donne des titres au charme évident qui sans grand effet et sans énergie outrancière, marque les esprits. I like the way you walk est un bon exemple de ce joli assemblage de Rickenbaker avec des choeurs pop et des saccades rythmiques que n'auraient pas renié Mark Kozelek (Red House Painters ou Sun Kil Moon). Avec son petit riff séducteur et sa mélodie pop, Oxblood a le charme ensoleillé des chansonnettes jouées sur la plage. Morceau de bravoure, Valerie transporte avec lui un psychédélisme tranquille pour une montée finale tout en intensité. En fin de disque, ces Américains de la Côte Ouest propose un titre malicieusement appelé East Coast Raga, réponse plus dansante à West Coast Raga, avec la volonté de paraître plus hype et plus tourné vers la musique d'aujourd'hui. Et dans cet exercice là, The Donkeys est une nouvelle fois crédible. Un bon groupe, je vous dis !
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Denis Z.


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The Dears – Degeneration Street
2011 - 14 titres
Style : Pop
Label : Dangerbird Records / V2


Note : 7/10

Découverts avec leur second album No Cities Left lors d’une réédition en 2005, de notre coté de l’Atlantique, les Dears ont gravi les marches de la notoriété internationale en se faisant applaudir lors d’une tournée triomphale de Morrissey. Apres un 3e album moins remarqué pourtant Gang of Loosers, puis un 4e, Missiles à peine moins confidentiel en France tout du moins, les canadiens ne se démotivent pas pour autant, et les voici de retour avec Degeneration street. Souvent en clair-obscur à leur début, leur musique passe ici définitivement à la lumière, avec les trois premiers titres introductifs de l’album, Omega Dog, 5 chords et Blood. La fougue y est digne des plus débridés titres de TV on the Radio ou The National, dont les voix des uns et des autres sont assez similaires. Tout comme le talent de faire monter les titres crescendo ou d’intégrer énormément d’émotion dans leur compositions.
Nul doute qu’un titre comme Blood a le potentiel pour devenir un nouvel hymne pour le groupe lors de ses prochaines prestations scéniques.
Pour autant, sur la longueur, l’album marque un peu le pas, avec des titres moins grandiloquants certes, mais aussi moins intenses que pouvaient l’être certains plus intimistes sur No Cities Left par exemple. On se retranche donc plus sur des titres efficaces comme Yeasteryear ou Stick with me Kid, remplis de forces et de sueurs.

Difficile de s’y retrouver dans le line up du groupe, tant celui-ci est à géométrie variable depuis ses débuts, laissant Murray Lightburn, seul maître à bord, et peut-etre pas toujours clairvoyant sur ses choix artistiques. Notons pourtant le titre éponyme de l’album, Denegeration Street, en toute fin d’album, qui rappele que le groupe est toujours capable de produire de l’émotion et de la mélancolie dans sa musique, avec un titre sombre, qui une fois encore monte en intensité, cinq minutes durant, entonnant un plaintif Get me through the night, Get me through the winter, Get me to the sun or we'll all be gone. No more it's over… Un cri d’appel entendu ! Pas le meilleur des Dears, ce Degeneration street n’en demeure pas moins composé de quelques belles pièces, certaines imposantes par leur puissance sonique, et d’autres plus tendues ou bouleversantes. De quoi etoffer encore une setlist que l’on rêverait de voir jouer à la Route du Rock cet été par exemple !

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Mike S.


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Mashrooms – s/t
2011 – 9 titres – 33’

Style : Post-rock
Label : Wild Love records

Note : 8/10

Avec Mashrooms, on pouvait craindre une musique boursouflée. Un trio de musique chambre associé à un rock à guitares couillus, cela pouvait devenir pompier, pompeux et néo-classique. Heureusement, avec ces Italiens, on est nettement plus proche de Godspeed You Black Emperor et de Sonic Youth que de Within Temptation. Les guitares appartiennent bel et bien à la famille de la noise et de l'indie rock (et non au métal) ; l'album est en large partie instrumental et de fait - et pour le reste aussi d'ailleurs, toute emphase possible a été sainement évacuée. Mashrooms propose des constructions musicales totalement
maîtrisées, rythmiquement abouties où les passages atmosphériques font place à des moments plus agressifs dans une parfaite évidence. Le violon et le violoncelle apportent un grain de sel original à la musique, à fortiori quand le violon devient lui-même l'élément perturbateur face à une guitare ronronnante (Szela). Même sur un titre chanté proche dans l'esprit de Sebadoh, les Italiens arrivent à trouver un son qu'il leur est propre avec un étonnant piano de concert lâché au milieu dans une cage aux lions (Damn right). En plus, l'album, aussi riche soit-il ne contient aucun morceau interminable. Magic Mashrooms !
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Denis Z.


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Declan de Barra - Fragments, Footprints and the Forgotten
2011 – 13 titres – 50'

Style : Blues-folk irlandais
Label : Black Star Fundation / Differ-ant

Note : 8/10

Entre lumière et ténèbres, Declan de Barra est un vrai songwriter irlandais donnant un air sacré à une musique profane. Une présence pleine de charisme qui fait de Fragments, Footprints and the Forgotten un album d'exception. Pour son troisième album solo, le songwriter réaffirme ses origines en reprenant a capella Wind that shakes the Barley, classique de la musique irlandaise à tel point que le morceau servait de titre original au film de Ken Loach racontant la naissance douloureuse de la République d'Irlande ("Le vent se lève" en VF ). Mais, De Barra n'avait même pas besoin de cette reprise pour faire sentir à son auditeur d'où viennent son sang et ses racines (Declan n'est pas Nolwenn). Tout transpire l'Irlande dans Fragments, Footprints and the Forgotten. Sans outrance, sans ostentation, sans folklorisme de pacotille mais en profondeur. Par exemple, le songwriter n'utilise pas la carte de l'arrangement celtique : pas de biniou, de bombarde et autres instruments traditionnels si ce n'est sur You will Overcome et son tapis frémissant de cornemuse irlandaise. Si ce n'est aussi sur Black Crow call et son maigrelet accordéon. De Barra préfère empoigner le plus souvent sa guitare de songwriter pour nous convier à des ballades acoustiques ou électriques (et même salement électriques sur l'énervé Fuck the Begrudgers).
Fragments, Footprints and the Forgotten est plutôt du genre dépouillé et laisse souvent un boulevard à la présence vocale de De Barra, chanteur pour le moins exceptionnel. A l'écoute de son disque, on pourrait même penser qu'ils sont deux, voire trois, derrière le micro : De Barra arrive à chanter d'une voix caverneuse qui vient du ventre mais aussi d'une voix de tête emplie angélisme. La Terre et les Cieux ; le blues et la folk des affaires profanes et le chant liturgique des choses du sacré. De Barra est le passeur de ces deux dimensions, de ces deux énergies contraires et complémentaires. Entre les deux, il lâche une voix de médium magnifique avec ce qu'il faut d'aspérités pour marquer au fer rouge les esprits (le bouleversant A city somewhere, beau comme un vol de corbeaux au dessus de la lande). Sur une terre où les fantômes côtoient les vivants (Blossom tree), il était normal que la présence de Declan de Barra soit particulièrement habitée voire hantée. Même quand la musique se fait plus fournie et que l'ambiance nocturne laisse la place à de jolies lumières diurnes (le sublime Deep in the ferns, au lyrisme maitrisé), il garde cette force d'attraction et ce charisme qui lui fait tutoyer les Dieux que sont Johnny Cash, Nick Cave ou Jeff Buckley. Avec l'âme irlandaise en plus.
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Denis Z.


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Hundreds – Hundreds
2011 – 12 titres – 43’44

Style : Electro-pop
Label : Sinnbus BL / Differ-ant

Note : 4/10

On ne sait pas trop quoi penser Hundreds, premier album éponyme d'un duo fille-garçon (Eva et Philip Milner, à la ville soeur et frère) qui en rappellera un autre : Everything but the Girl. La paire Anglaise était tombée dans l'électronique au milieu des années 90, proposant quelques jolies mélodies plongées dans le creuset des machines et des programmations. On hésitait entre célébrer de belles harmonies admirablement produites (pour l'époque) et regretter le côté soupe variété internationale qui faisait de EBTG un habitué de Fun radio et autre NRJ. Avec le duo allemand, on revit le même genre de dilemme. Le son a bien suivi la tendance actuelle ayant intégré les apports de l'électro minimaliste allemande mais sur une bonne partie du disque, Hundreds tombe dans des compositions lisses à la séduction un peu facile, limite mauvais goût (Grab the sunset, hppy virus, let's write the streets ou pire song for a sailor au refrain pas si éloigné de Lady gaga).
En clair, la forme pourrait parfois évoquer Lali Puna mais le fond transporte avec lui un pénible côté variétoche. Cet aspect "musique commerciale " se traduit aussi dans la voix d’Eva, chanteuse douée dont on ne sait plus si le timbre est charmeur ou sans personnalité. Dans les meilleures du disque, abandonnant quelques trucs un peu racoleurs, Hundreds se rapproche un peu d'un autre duo, Herbert associé à Danis Siciliano sur "Bodily functions". La musique se fait dès lors plus nuancée, plus intrigante et aussi plus touchante ; sentiment que l'on a raisonnablement pour solace, Machine, I love my harbour et surtout pour Wait for my raccoon. Sur ce dernier titre, Eva joue à la fildefériste sur des programmations organiques ; cela ferait presque oublier tout le reste. Presque...
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Denis Z.


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Kill The Young – Thicker Than Water
2011 - 13 titres – 39’07
Style : Rock
Label : Volvox music


Note : 8/10

Introduit par un titre quasiment folk rock digne de Eddie Vedder, le nouvel album de Kill The Young semble, de prime abord, brouiller les pistes… Baptisé I Don't Want To Fignt With You Anymore, ce titre est aussi orienté vers une sorte de réconciliation générationnelle, que l’on imaginait pas lors des deux premiers opus du groupe.
Pourtant, très vite, la fougue des débuts, les mélodies pop rock et les riffs hargneux ressurgissent sitôt les premières notes du second titre, One and only… En deux titres, le ton est pourtant mis, les mancuniens en sont à leur 3e album, album souvent considéré comme périlleux pour un groupe, qui s’affirme alors, qui ne veut pas entrer dans la routine, voulant même parfois mettre un peu les formes, ayant parfois un peu plus de moyens qu’aux grands débuts…
Evidemment quand on a été remercié par sa maison de disque, et ce, malgré des ventes plutôt convenables et une tournée européenne là aussi très encourageante, il est compréhensible que l’on se mette à s’interroger sur l’avenir, sur soi, sur les autres… C’est sans doute ce qui a entrainé le trio vers des textes plus interrogatifs, voire spirituels et donc moins vindicatifs, autour de thèmes existentiels et religieux. Les titres Darwing smile, The missing link, You, me and God, I am a martyr en sont autant de demonstrations.

Et comme à chaque fois, le groupe n’en oublie pas moins l’aspect mélodique et les refrains entêtant, au point que chaque titre devient un single potentiel et une arme d’invasion massive des Charts européens, et pourquoi pas mondiaux. Le révolutionnaire Darwin Smile pourrait même devenir l’hymne rock de l’année 2011. Enorme moment de l’album sans conteste. A peine occulté par les violons plaintifs de The Argument, qui s’ajoutent pourtant à l’esprit Folk et mature que les frangins semblent vouloir insuffler à leur musique.
D’ailleurs, le groupe n’en oublie pas son esprit juvénile, avec Good Bye Chris, compos basique, paroles simplistes, digne descendant de quelques lignées punk rock US 90’s.
Thicker Than Water est la preuve, s’il en fallait une, que des groupes de Frangins peuvent aussi faire de la très bonne musique, à la fois riche et populaire ! N’en déplaisent à tous les autres contre-exemples ! et aussi aux maisons de disques toujours trop impatientes de voir un retour sur investissement.
Nuance, efficacité et réflexion au programme du plus ambitieux album des frères Gorman, ce serait drôle que Thicker Than Water devienne celui de la consécration de Kill The Young !

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Mike S.


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Jeniferever - Silesia
2011 – 9 titres – 36’52

Style : Post-pop coldwave
Label : Monotreme

Note : 7/10

Nous vivons une époque formidable où un groupe sans génie peut proposer une musique pour le moins ambitieuse, riche et intéressante. Jeniferever a parfaitement assimilé les inestimables apports de Cure, Radiohead et du Post-rock ; tout ce qui fait de Silesia un bon album. On peut résumer la musique de ces Suédois originaires d’Uppsala en une formule : une coldwave modernisée par des sonorités plus actuelles (même s’il y a là des basses 6 cordes si usitées par Cure). Certains groupes ont élevé le niveau (Radiohead en tête) et aujourd’hui Jeniferever en profite pleinement et nous avec. Les quatre Suédois n’en sont pas à leur premier essai et cet album, signé sur l’excellent label Monotreme, est déjà leur troisième livraison après notamment un Spring Tides d’une facture et qualité similaire. Ils ont trouvé leur style, plus fait de bon goût, de travail précis que de créativité pure. Emmené par Kristofer Jönson à la voix parfois proche de Robert Smith, Jeniferever est bel et bien représentant de son époque, chiadant autant ses arrangements que ses compositions, autant ses ambiances que ses mélodies. Il y a donc là des morceaux immédiatement séduisants (Dover, The Beat of our ownblood) et d’autres en forme de longues mises en bouches jouant plus sur l’installation d’un climat et sur d’ambitieuses constructions musicales ; Jeniferever se révèle particulièrement à l’aise sur des morceaux à l’architecture complexe et à l’intensité évolutive.
Construisant sa musique par couches superposées, le groupe peut donc donner le meilleur de lui-même sur Hearths et ses 9 minutes qui termine l’album dans une lente montée de guitares majestueuses. Le groupe a un côté post-rock mais dans une tendance plus facilement abordable, à la Explosions in the Sky, par exemple. Avec Silesia, Jeniferever a décidé de nous conduire non pas dans une peu accueillante région de Pologne mais bel et bien dans des belles contrées d’une (post ?)-pop classieuse et claire-obscure. Les Suédois sont des indécrottables mélancoliques, un sentiment qui se ressent même dans les moments plus énervés du disque (Deception pass). Mais il n’est pas que ça et après les moments de spleen, rejaillissent sans cesse des envolées d’espérance et de vitalité. La Silésie était connue pour ses mines de charbon, Silesia deviendra réputé pour ses recherches souterraines, Jeniferever traquant sans cesse le précieux minerais qui pourra éclairer la surface et rendre émouvante sa musique. La guitare joue souvent ce rôle dans un jeu sensible et cristallin qui peut parfois devenir maniériste (le groupe ne craint pas le solo et l’excès de sentimentalisme). Le maniérisme est d’ailleurs le reproche majeur que l’on peut faire à Jeniferever. Celui possible de les rapprocher de Cure et de Radiohead n’étant pas – vous l’avez compris – un reproche mais une chance pour tout le monde.
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Denis Z.


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Young Widows - In and out of youth and lightness
2011 – 9 titres – 47’

Style : Post-noise
Label : Temporary residence / Differ-ant

Note : 6,5/10

Pas facile d'accès le dernier album de Young Widows. Après deux albums directs et massifs dans un genre noise, le trio américain revient avec un nouvel opus qui ne caresse pas dans le sens du poil. A partir d'une base claire et d'un genre formaté (guitare incisive, batterie martelante, basse lourde), il choisit d'exploser le format, de sortir du cadre chanson et de laisser liberté et champs libre à sa musique. Il reste l'essentiel, l'intensité électrique et le climat sombre et chargé. Mais l'essentiel, est-ce suffisant ? Il n'y a plus vraiment d'attache, pas de refrain qui revient, pas de mélodie qui accroche. La voix reste présente servant de guide dans un monde hostile où l'auditeur s'en remet à lui-même. Il convient donc de se laisser aller, de ne pas réfléchir et de laisser envahir par la musique et son impact émotionnel. De longues plages répétitives avancent en nuances et finissent par créer un sentiment d'électricité vibrante pour ne pas dire vivante.
Young rivers, Miss Tambourine wrist, White golden Rings sont donc des moments hallucinés qui vous donnent l'impression d'entrer dans une cage aux lions. Le dernier et apaisé in and out of youth ressemble à une construction mentale où le calme apparent n'exclue pas le ciel d'orageux. Pour les amateurs de rock balisé, Il reste le teigneux Future Heart pour apprécier des plaisirs plus immédiat. Et encore, la musique sur la fin devient aussi ronronnante qu'un moteur à explosion qui n'aura jamais aussi bien porté son nom. Il reste aussi Right in the end, sorte de retour aux sources vers un country rock graisseux, en l'occurence un vrai titre classiquement écrit. In and Out of Youth and Lightness pourra paraître ennuyeux à certains mais avec celui-ci, Young Widows a plus fait un album de musique que de chansons. Pas aimable mais méritoire, gonflé et intéressant.
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Denis Z.


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Bodi Bill - What ?
2011 – 10 titres – 49'

Style : indietronica
Label : Sinnbus BLN rec / Differ-ant

Note : 7/10

Toute proportion gardée, Bodi Bill essaye de trouver la quadrature du cercle. Le trio allemand n'a pas la prétention de créer une musique impossible mais plus modestement - et plus banalement aussi - de mêler ensemble deux conceptions qui s'opposent. En caricaturant, on pourrait dire que Bodi Bill, c'est Sting au pays de Tarwater. La plupart de What ? , quatrième album des Berlinois, est ainsi fait : à ma droite, une musique synthétique froide faîte de programmations électronica répétitives et de claviers 80's et à ma gauche, des mélodies pop-soul chaude chantée d'une voix affirmée de crooner blessé. Soit la glace et le feu ; soit le dansant tendance teutonne (à faire danser les robots donc) et le touchant. Là où le groupe réussit son coup, c'est que ce mariage contre nature ne paraît jamais artificiel. Et puis, certains morceaux réussissent vraiment à séduire. Le minimaliste Pyramiding rajoute les couches nécessaires pour enrichir musicalement le principe initial : un piano réverberé et un coup de guitare électrique bien placé et il n'en faut pas plus que le morceau devienne une indispensable escapade organique. Brand new carpet balance un groove binaire simple mais plutôt réussi.
Il faut dire que la ligne de chant y fait en l'occurrence pour beaucoup faisant ressortir la substantifique émotion derrière le synthétique de la mélodie. En tout cas, une chose est sûre, Bodi Bill essaye des trucs : avec eux les programmations elles mêmes récréent des rythmiques world percussives (and patience) et ça marche, le groupe s'aidant aussi d'un piano latin (The net ). On n'est moins convaincu quand l'aspect pop/ soul prend plus de place : à vouloir toucher la corde sensible Garden dress devient vite un peu mielleux. Hotel ne doit son salut qu'à ses programmations afro sur des sonorités indus et pas à ses voix black un peu forcées. Il y a donc quelques bémols. Bodi Bill a par ailleurs la mauvaise idée d'enserrer le coeur de son disque par les deux meilleurs morceaux de l'album (en première et dernière position de la tracklist) qui pour la peine ne suivent pas totalement le principe hybride du reste du disque. En ouverture, il y a donc l'épatant Paper qui aurait pu être signé Notwist avec ses guitares en attente et une mélancolie en filigrane. En fin, Friends abandonne le chant et laisse parler les seules programmations electronica pour un épatant moment de danse aussi synthétique que débridé. Ces Allemands sont quand même très fréquentables.
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Denis Z.


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Arbouretum – The Gathering
2011 – 7 titres – 43’44

Style : Heavy folk
Label : Thrill Jockey / Differ-ant

Note : 6/10

Quelle est donc la particularité d'Arbouterum avec son nouvel album ? La réponse tient en un mot : la distorsion. Un effet qui fait partie de la légende du rock et qui fait parfois entrer les classiques Américains dans une autre dimension. Tant mieux, on risquait de s'ennuyer.Le phénomène n'est pas nouveau et avait trouvé au milieu des années 70 en Neil Young son plus beau prophète. Réécoutez et dites-vous que le Canadien avait déjà voulu dompter la fée électricité sur Rust Never Sleep. Dans notre période bénie pour la folk naturaliste, cette appétence pour les guitares électriques sonne de manière presque étrange, comme une entreprise de destruction de paysages bucoliques dessinés de manière trop évidente. Attention, Arbouretum n'est pas seul à aimer les guitares heavy et peut s'apparenter au Black Mountain et au mouvement Stoner avec coup de rythmiques lourdes à la Deep Purple. Il ressemble aussi US Christmas sans tomber dans la surenchère des Texans bouchant toute possibilité de voir l'horizon par de claviers psychédéliques ; ceux-ci sont présents dans The Gathering juste assez, sauf sur l'intro un peu stérile de The Empty Shell.
Le groupe de Baltimore reste puriste sur ses terres, s'inscrivant parfaitement dans la tradition américaine (Dave Heumann, maître à penser de Arbouretum, a longtemps joué avec Bonnie Prince Billie) et même dans le folk anglais de Fairport Convention. Il en reste de sérieuses traces ici : certains titres sont traités de manière classique, c'est-à-dire en mettant plus en sourdine cette forêt de guitares gluantes (When delivery come, Destroying to save et encore plus sur la ballade highwayman à la tiédeur proche de Chris de Burgh...oups). En revanche, les Américains ont toujours aimé les titres longs en bouche, des musiques mâchouillées et re-machouillées encore, tournant sur une rythmique répétitive. Là, Heumann prend un malin plaisir à étirer de longs soli de guitares sur un tapis de riff gras : la musique d'Arbouretum entre de plein pieds dans les marécages et la boue (The White Bird, Waxing Crescents et surtout le final de dix minutes de Song of the Nile). C'est dans ces moments-là qu'il se passe vraiment quelque chose : on oublie dès lors l'écriture classic folk/rock un peu figé de Arbouretum pour avoir le sentiment de vivre un voyage initiatique agité. Entre classicisme et révolution, The Gathering hésite toujours.
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Denis Z.


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LAKE - giving and receiving
2011 – 14 titres – 40’

Style : Indie pop
Label : K records / Differ-ant

Note : 8,5/10

LAKE. Vous avouerez que dans le genre nom, on a fait plus original. Pourtant, pour ce groupe basé à Olympia, le fief de K records, l'intérêt n'est pas dans le nom mais bel et bien dans la musique. Le quintette mixte (3 garçons + 2 filles) propose une musique à l'équilibre pour le moins miraculeuX. Il émane de Giving and receiving un doux parfum suranné de pop sixties un peu hippie, sans que le groupe paraisse pour autant archaïque. Au contraire, le son du groupe peut être considéré comme universel voire même apparaître moderne. On peut penser aux Beach Boys, à Vashti Bunyan, à Fleetwood Mac ou au cousinage américain de Belle and Sebastien. Ultra mélodique, la musique cultive aussi un esprit californien avec groove léger et instrumentation ensoleillée (cuivres discrets, Fender Rhodes, choeurs aériens).
Tout est ici distillé dans un voile un peu onirique, un camaieu de teintes pastel qui voit la voix diaphane de Ashley Eriksson révélER son plus bel éclat. C'est ce que l'on appelle la grande classe, la meilleure qui soit, sans brillance excessive mais avec un travail mélodique digne des plusn grands orfèvres. Lake aime aussi parsemer son album de claviers dont le son synthétique et léger est le meilleur remède à une trop grande prise de tête. Associé à ces fameux cuivres, le résultat ne manque pas de charme et fait de Mother nature's promise un titre hypnotique.
Douze titres, rien à jeter ou plutôt à garder précieusement comme un joli bijou dans un joli écrin. Le grand disque d'un groupe modeste.
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Denis Z.


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Akron / Family – II : the cosmic birth and journey of shinju TNT
2011 – 13 titres – 47’52

Style : Folk-rock psyché
Label : Dead Oceans / Differ-ant

Note : 8,5/10

Les Akron/Family ne font rien comme les autres et ce nouvel album au nom interminable ne déroge pas à la règle. D’ailleurs, ce n’est pas une famille mais un trio de multi instrumentistes un peu fous qui se permettent à peu près tout au nom de la grandeur de la musique. On voit souvent accoler les adjectifs « psychédélique » et « expérimental » pour décrire la musique des Américains. Autant le premier peut se justifier (on est dans ce genre de vision et d'esprit), autant le second prête plus à discussion : chez Akron/Family ce sont plus les associations que les ingrédients eux-mêmes qui sont étonnants. Il y a bien quelques sons électroniques bizarres en fond mais rien qui puisse être assimilé à du parasitage pour l’oreille d’un profane. Il n’y a rien en soi de difficile à l’écoute même si les mélanges peuvent paraître étonnants, voire de désarçonnants. Le trio se place fortement dans la double filiation de Brian Wilson et de l’acid folk. Mais dans un débordement de sons, de guitares tonitruantes aux sonorités seventies, de claviers psychés, de percussions tribales, c’est parfois moins flagrant (Silly Bears). Ce nouvel opus est en droite ligne des précédents mais, fait nouveau dans l’univers d’Akron/Family,il émane de cette œuvre riche en saveurs un vrai sentiment de gaieté avec des vocaux à l’unisson qui contrastent parfois avec la rudesse du ton (avec un voix proche de Paul Simon, ce qui ne gâte rien).
Et puis, il y aussi la musique qui propage cette joie de vivre par exemple sur Another sky aussi dansant qu’une gigue mais en nettement plus débraillée. II : the cosmic birth and journey of shinju TNT a aussi un petit côté japonais qui va au-delà de sa pochette (un volcan actif nippon, tout près de là où le groupe a composé sa musique). Il y a là un célèbre percussionniste japonais Tatsuya Takatani, mais aussi quelques sonorités venues tout droit de l’Empire du soleil levant (le diptyque Fuji). Avec tout ça, on pourrait craindre le pire et un sérieux mal de tête mais dans un sens inné du « je sais où m’arrêter », II : the cosmic birth and journey of shinju TNT n’atteint jamais le stade de l’indigeste et reste toujours dans le jubilatoire et le distrayant. A fortiori quand le groupe, dans son infini sagesse, revient à l’origine de sa musique c’est à dire à une folk épurée, limite rêveuse et incroyablement sereine (Cast a net, canopy). Ces titres miraculeux prouvent que Akron/Family à autant de talent dans la débauche que la tempérance. Et puis, entre les deux tendances, comme une victoire finale, Light Emerges touche à la perfection d’une pop flamboyante et originale : à rendre Midlake fou de jalousie ! Définitivement accro d’Akron
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Denis Z.


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L’Enfance Rouge – Bar <--> Bari
2011 - 8 titres – 33’09
Style : « Avant-Rock »
Label : Wallace Records


Note : 8/10

Quelque part, dans une zone neutre, aux croisements des travaux de Sonic Youth, Ulan Bator, Young Gods, Neubauten et de Serge Teyssot-Gay, L’Enfance Rouge nous ravit de nouveau par l’originalité de sa musique. Décalées, dissonantes, intrigantes, les compositions de l’Enfance Rouge continuent de participer à la construction de cet édifice atypique de la scène rock. Franco-italien, le groupe s’est longtemps inspiré d’une musique cosmopolite, allant au bout de leur recherche en tissant des liens profonds avec la Tunisie, lors de leur précédent album Trapana – Halk Al Waady (du nom des deux ports qui relient la Sicile à la Tunisie).
S’éloignant un peu des côtes africaines, le groupe reprend, avec ce 7e album, ses aises dans quelques friches sonores industrielles, à l’aspect sauvage et froid (s’en etaient ils vraiment éloignés ?). Mais particularité, la matière utilisée est en grande partie la même que pour le précédent album, proposant ainsi une relecture totalement débridée, voire carrément noisy. De l’introduction textuelle âpre et viscérale (Emasculons la bête, En urgence circonstanciée, l’acier est d’une secrète beauté), l’album multiplie les interprétations et les arrangements métalliques et grinçants. De quoi vous faire frissonner de bout en bout. Ames sensibles s’abstenir.

Petites surprises de l’album par contre, ce sont la voix et les mots bien connus de Bertrand Cantat. En effet, le titre Vengadores fait apparaitre les textes de Tostaky (le continent), réinterprétés pour l’occasion par Bertrand Cantat, dans une version à la fois tendue et abrupte, au milieu d’un cahot sonore, accidenté de guitares vociférantes et des percussions anéanties, et renvoyant ainsi la chanson originale à l’état de contine pour enfants sages.
Amateurs de Rock industriel allemand, suisse ou italien ou de Post-Punk brutal et anguleux, ce nouvel album est pour vous. Une expérimentation sonore riche et sans aucune concession. Les franco-italiens confirment leur état de grâce et leur talent d’essayistes sonore.

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Mike S.


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Dick Annegarn – Folk Talk
2011 - 14 titres – 39’07
Style : Folk
Label : Tot ou Tard


Note : 8,5/10

Le plus européen des chanteurs néerlandais est de retour avec un album, ou plutôt une invitation au voyage. Un voyage spatio-temporel, à travers l’Amérique profonde des années 40 à 60. Et par la même occasion, Dick Annegarn fait une infidélité au français, dont il est tombé amoureux depuis bien longtemps, au point de vivre dans le sud de la France.
Pourtant, marqué par les bouleversements qui ont conduit l’Amérique à élire un président noir en 2009, Dick Annegarn s’est intéressé à l’héritage culturel de ce pays, à cette musique inscrite au patrimoine de l’humanité (ou qui pourrait bien l’être un jour…), qui a révolutionné l’industrie du disque tout au long du XXe siècle. Ce Folk Talk est donc un album de reprise, 14 chansons triées sur le volet, 14 chansons à la charge émotionnelle intacte, des classiques qui ont été chantés par des monstres morts pour la plupart d’entre eux. Voyez vous-même, avec Elvis Presley qui voit son Love me Tender revisité, de manière plus que jamais minimaliste, avec cet accent incomparable du Benedictus Albertus le bien nommé. Fever, immortalisé par le même Presley (entre autre), se voit entourer d’un halo blues des plus sobre, et de fait terriblement Roots. Le classique des classiques, repris mille fois, The House of Rising Sun, retrouve son esprit originel, celui du Bayou, sentant la sueur, la bière et les bars malfamés de la Nouvelle Orléans, la chanson plonge finalement ses racines humides dans le delta du Mississipi et reprend pour ainsi dire son prime nom (In New Orleans) des années 20 ou 30.

Poursuivant son travail de recherche historique à travers le patrimoine états-unien, Dick Annegarn nous propose une version personnelle de Georgia on my mind, un titre des années 30, mis en lumière par Ray Charles en 1960, et depuis, l’Hymne de l’Etat de Georgie. Comme quoi, l’Histoire avec un grand H s’inspire parfois de celle sans majuscule.
Je ne vais pas continuer à énumérer ainsi les 14 titres qui composent ce nouvel album de Dick Annegarn. Mais vous aurez compris, qu’il ne s’agit pas d’un album comme les autres, que Dick a laissé tomber un instant son amour pour la langue de Molière, une infidélité, impossible à lui reprocher, tant l’enregistrement de cet album a un cachet, une patine formidablement vintage, l’inscrivant ainsi dans un espace totalement intemporel, entre 1900 et 2000, celui-là même que Kurt Cobain a essayé d’explorer alors que le temps le pressait déjà vers la sortie.
Un album roots que l’on n’attendait vraiment pas de l’auteur de La Transformation, du Roi du métro, bien que le dernier Soleil du soir nous y avait déjà un peu préparé…
Un album intemporel mais déjà un grand millésime.

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Mike S.


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Self-Evident - Endings
2011 – 12 titres – 44’

Style : Indie Rock
Label : DoublePLusGood records

Note : 8/10

A la croisée du math rock, du post-hardcore et d'un rock indé plus mélodique, voici Self-Evident, un groupe originaire de Minneapolis. Dans une formule ramassée (le trio) et un format souvent court, les Américains arrivent à mettre beaucoup d'ingrédients en seulement 2-3'. A croire que le carcan de la durée et autre contrainte, donneraient des ailes et une liberté de ton au trio. Virtuosité rythmique, passages énervés, accalmies réparatrices, accords bizarres,
mélodies anguleuses et arpèges lumineux, Self-Evident, c'est un concentré d'énergies et d'émotions différentes fondues au sein d'un rock au final plus félin que balourd. Le groupe pratique l'art du volte-face, du pied de nez et comme un adroit matou retombe toujours sur ses pattes. A l'image de Conrad Mach chanteur à la fois emporté et posé, violent et séducteur, Endings, cinquième album du trio, marche sur un fil ténu sur les traces de Fugazi mais sans lui emboîter totalement le pas. Brillant.
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Denis Z.


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The Singing Loins - Stuff
2011 – 12 titres – 47’20

Style : Folk-punk
Label : Damaged Goods / Differ-ant

Note : 7,5/10

Il y a des groupes qui font le buzz et d'autres qui suivent tranquillement leur route tout en sachant qu'ils ne rencontreront jamais le succès. The Singing Loins est de ceux-là. Vingt ans d'existence sans le moindre hit mais une dizaine d'albums d'une inestimable folk-punk, débridée et fière à bras. A vous donner envie de boire une Guinness, d'autant plus que derrière la rusticité des arrangements émergent des mélodies subtiles. Emmené par Chris Broderick (voix), Chris Allen (guitare, harmonica) et Rob Shepherd (banjo, mandoline et accordéon), The Singing Loins (littéralement : "les Echines chantantes") est bien le genre de groupe à ne pas faire la couverture des magazines. Le groupe s'était dissous en 1999 pour finalement se réformer en 2005 : l'envie de faire de la musique était sans doute trop forte pour ces « Good Fellows ». N'appartenant à aucun mouvement, à aucune mode, le trio pratique à sa manière une folk originaire du delta de Medway, région de l'est de l'Angleterre oublié de l'industrialisation mais aussi du rock critique. Ce dernier doit certainement avoir du mal à cerner parfaitement The Singing Loins, trio entre-deux ne s'inscrivant pas totalement dans la filiation typique de ce folk-blues embaumé à la bière et chanté d'une voix marquée. Le trio n'est pas la version anglaise des Irlandais de The Commitments et ne ressemblent pas non plus auxPogues. The Singing Loins se rapprochent plus des Levellers.
Les instruments typiques sont là (avec parfois John Forrester à la contrebasse) mais la palette proposée par The Singing Loins dépasse le cadre de la musique de pub. Dans Stuff, il y aura donc un vrai folk à la saveur locale, avec des moments tristes et blues et d'autres nettement plus enjoués. Dans le genre, le trio marque déjà sa différence par une surprenante finesse de ton que ce soit sur un mélancolique All her life ou sur Another folk song about death, qui, s'il ne perd pas sa chair juteuse, est avant tout un excellent titre de pop cristalline. Sur Stuff, il y a aussi un Where's my machine gun ? qui, comme son nom l'indique, attaque à la mitraillette un genre souvent trop sage. Plus étonnant, Dying for your love se pare d'un habit de guitares Sévillanes (un peu comme Cure à l'époque de The Blood). Mais plus étonnamment sur Friendship, for once ou Running away from home, les mélodies évoqueront l'écriture des Smiths. Un Smiths mitonné de manière roots et acoustique évidemment mais l'écriture musicale est bel et bien de ce niveau. La voix de Broderick va dès lors chercher ses accents les plus doux et les soyeux. Grattez l'apprêt rustique et vous découvrez un coeur pop des plus subtils. Sans prétention aucune, ce Stuff au nom bien modeste, réussit ce que bons nombres de groupes à la mode tentent en vain de créer : une musique personnelle, efficace et sensible. Sur ce, je vous laisse, je vais me rafraîchir le gosier avec une pinte bien fraîche.
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Denis Z.


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Dictafone - Home
2011 - 11 titres – 45’10
Sortie : 9 mai 2011
Style : Pop
Label : Spozzle/Anticraft


Note : 8/10

Un peu de douceur dans ce monde bien trop stressant... Voici le retour de la pop très britannique de Dictafone, Duncan, Vincent, Karim et François, avec un 3e album sous le bras, enregistré entre la France et l’Angleterre. Home, c’est son nom. Et pour vous en donner d’autres – des noms – sachez aussi que Ken Scott a mixé les bandes (il est connu pour avoir travaillé entre autres avec David Bowie, Elton John ou encore les Beatles, pas tout jeune donc) ou encore Ray Staff les a masterisé, les bandes, je veux dire (pas plus jeune puisqu’il a bossé avec les Clash ou Led Zep.). Pourtant, c’est sans doute ce qu’il fallait au groupe pour faire sonner de façon aussi brillante les onze nouvelles compositions regroupé sur Home.
Influencé par Divine Comedy entre autres, c’est vers cet artiste que notre attention s’oriente à l’écoute du premier titre A little less alone than before, un titre à l’ambiance Cabaret, moitié chanté, moitié parlé, ainsi même que Neil Hannon aime interpréter ses titres. Pour les amateurs de Brit Pop, My Life Story pourrait aussi faire partie du cortège de référence. Ce qui est certain, dans tous les cas, c’est que Duncan et ses musiciens ont le sens de la mélodie, et le sens de l’humour aussi, car, d’un titre à l’autre, les thèmes se suivent, ne se ressemblent pas, si ce n’est celui de la dérision.

Pas sérieux, loin s’en faut, le groupe aborde des thèmes aussi éloigné que Isaac Newton ou Rickie Lee Jones, les bus de nuit ou les histoires d’amour, sans oublier le fameux Cardboard Dog, dont je vous laisse la traduction et la découverte…
Troisième album donc pour Dictafone – à ne pas confondre avec les belges de My Little Cheap dictaphone… - et toujours pas le temps de s’ennuyer sur ce Home, qui se fait parfois crooner, parfois dandy, parfois animateur de cabaret. Mais toujours avec talent, et avec de belle orchestrations, pop, baroque et même jazzy (Nightbus). Parmi ces 11 perles, on notera en particulier les deux entêtants 1AM5AM et Space, pièces maîtresse de la parure, avec ces claviers naïfs et ces très belles mélodies, digne d’une facture de Granddaddy.
La pop scintillante totalement intemporelle d’un Anglais à Paris, digne successeur de The Chocolate King.

Myspace

Mike S.


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Orka – Oro
2011 - 10 titres – 37’38
Sortie : 11 avril 2011
Style : Ambiant Electro Indus Rock
Label : Tult/Ici d’ailleurs/Differ-Ant


Note : 9/10

Avant même de parler de sa musique, Orka a de quoi surprendre, et avant tout, parce qu’il est un des très rare représentant culturel d’un coin du monde principalement connu pour son équipe de foot, capable d’améliorer le goal-average de toutes les autres nations participant à un tournoi commun… Je veux parler des Iles Féroé. Ensuite, parce qu’il utilise le feringien – langue locale des iles donc - pour écrire ses chansons et enfin parce qu’à la manière des Neubauten, dont il semble être assez influencé, il fabrique ses propres instruments de musique pour créer un son personnel et totalement original.
Pour en savoir plus sur ce groupe, il faut aussi parler un peu le féringien et découvrir que le terme même Orka, dont l’épaulard a tiré son second patronyme, signifie tout simplement « énergie ». Pour ceux qui ont déjà eu la chance de voir le groupe se produire sur scène, ils savent déjà pourquoi le groupe a choisi son nom… Pour les autres, il faudra aller le voir lors de son prochain passage en France (vu en compagnie de Yann Tiersen sur une même scène aux Trans' par exemple).
En attendant, voici donc, le second album de ce groupe, qui, dit on, n’en est pas vraiment, plus un projet solo de Jens Thomsen qui invite ses amis à jouer sur les instruments qu’il a conçus et sur les compositions qu’il a écrites…
Qu’importe la formation, pourvu qu’on ait l’ivresse… Et c’est précisément ce à quoi nous invite Orka, à travers ses compositions complexes et envoutantes. Certains d’entre vous connaissent peut-etre sans le savoir Jens Thomsen, puisqu’il a été l’ingé son de l’album de Travis, The Boys with No Name. Ceci pour vous faire comprendre qu’en plus, il coordonne lui-même la production ce nouvel album de A à Z.

Je me rends bien compte qu’à cet instant, je vous ai à peine parlé du sujet principal de cet chronique, à savoir Oro, le nouvel album de Orka… C’est peut-être parce que c’est la partie la plus difficile à expliquer, tant celle-ci est terriblement singulière, totalement hypnotique, impressionniste, et donc carrément indéfinissable.
D’où cette tentative d’esquive de ma part, même si je pourrais dire que certains la comparent à celle de Sigur Ros pour sa profondeur et sa noirceur, ou encore des allemands de Neubauten, pour son coté industriel. Mais ce qui marque le plus dans la musique de Orka, sur ce nouvel album, c’est son coté relativement abordable, et c’est peut-être là le principale talent de Jens. Radiohead serait bien inspiré à virer Nigel Godrich pour sa prochaine séance studio et le remplacer illico presto par ce nouveau génie du son…
A ce talent de composition et de mise en son, il faut y ajouter cet accent particulier, cette voix, ce sens de la mélodie, qui place Orka à part et pour longtemps dans l’univers musical international.
Un univers mystique, sombre et envoutant, à la fois frissonnant et entêtant. Une belle surprise, comme on en avait pas connu depuis Gus Gus, Sigur Ros ou Mugison, voisins de palier islandais ou encore Dead Can Dance. A bon entendeur !

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Mike S.


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Grimes - Halfaxa
2011 – 15 titres – 51’55

Style : Gloubi boulga electro cold wave/new age/ world
Label : LO recordings / la baleine

Note : 3/10

Certains disques devraient s’écouter sans connaître leur label d'origine et sans lire la bio fournie avec. Dans le cas de Grimes, la différence entre ces infos périphériques et la musique que l’on écoute est vertigineuse. Et ce constat ne se fait pas au crédit de l’artiste. Loin de là. Reprenons les choses au début. Claire Boucher, jeune Canadienne de 23 ans officiant sous le nom de Grimes et signée sur le très sélect label Lo Recordings (The Chap quand même !). Sur la bio, on peut lire les noms de Kate Bush, Fleetwood Mac, Julee Cruise, Prince, Cocteau Twins, The Smiths et My Bloody Valentine. Au jeu du name dropping, avouez que Grimes fait fort ! Et donc presque frileusement, on met le CD et on écoute. Et là, c’est le choc. Loin du plaisir d’avance escompté, Halfaxa ressemble à un gloubi-boulga pseudo new age, worldisant et vaguement cold wave. On ne veut même pas parler de Cocteau Twins ou sinon dans une version remix, extended et tout le toutim c’est à dire répétitive à souhait. Mais plus souvent, le disque donne plutôt envie d’exhumer le nom de la plus fadasse Enya. Tout est ici filtré dans un monde de paradis artificiel rapidement plombant.
Claire Boucher chante dans plusieurs langues et sa présence en circonvolutions vocales rappelle Le Mystère des Voix Bulgares parfois dans une improbable version dance (Sagrad…en même temps, le morceau le moins ennuyeux de l’album) ou une Kate Bush version souffreteuse. Cela voudrait être enchanteur et c’est juste pénible. Dans le genre recyclons, recyclons, Devon fait entrer le Cure de Seventeen seconds dans une pub Ushuaia Nature et Swan song reprend à son compte la rythmique de Blue Monday de New Order pour un résultat efficace mais largement connoté. En fin d’album, Grimes essaye de déconstruire l’univers new age qu’elle s’est efforcée elle-même de créer. La musique se fait plus tribale ou plus bruitiste nous sortant de la torpeur gluante dans laquelle le disque nous avait plongés : on se prendrait presque à apprécier le tranchant My Sister says the saddest things si la voix ne nous ramenait à ce territoire d’évanescence diaphane toujours aussi agaçant. De toute façon, c’est trop tard, la messe est dite.
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Denis Z.


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The Tall Ships - On tariffs & Discovery
2011 – 8 titres – 34’30

Style : Indie Rock
Label : Minority records

Note : 8,5/10

The Tall Ships, c’est un peu tout ce qu’on aime dans le rock indé américain depuis 20 ans : une intelligence d’arrangements, des couches superposées avec nuances, de jolis changements d’humeur et de la vigueur. Oui, de la vigueur car on n’est pas là pour s’emmerder, non ? Le trio formé de Steve Kuhn (guitare, piano, voix), Kyle Conwell (basse, voix) et Keith Andrew (batterie) est originaire de San Diego et il ne fera pas la une des Inrocks. La faute non pas à une qualité musicale médiocre (bien au contraire) mais à la toute petite structure qui porte bon gré mal gré The Tall Ships jusqu’à nos oreilles. Tout est ici question d’économie d’échelle et non de musique. Et consciente de ça, le groupe a choisi de sortir son deuxième album en vinyle et en digital. Quitte à vendre peu de copies autant que ce soit avec un bel objet.
Pour le reste, On tariffs & Discovery pourra évoquer maints groupes américains avant lui, sans pour autant ressembler de trop à un seul. L’emprunt le plus évident réside sans doute dans le phrasé volontariste proche de Scott Mc Loud de Girls against boys sur Sharks Teeth Under Glass. Le morceau a un petit côté math rock et ce n’est pas pour rien : le trio assure dans ses rythmiques mais fort heureusement, il ne tombe jamais dans une virtuosité technique qui se ferait au détriment du morceau.
A l’instar de Pinback, de June of 44, de Codeine, de Wilco ou d’Idaho (références possibles), la musique de The Tall Ships est belle (oui, c’est le mot !) dans son rendu final mais brillante dans ses détails : comme une toile impressionniste dont on peut aimer séparément chaque touche de couleur savamment disposée et qui émeut quand on découvre la simplicité évidente de l’image globale. C’est d’ailleurs intéressant de voir naître d’une rythmique heurtée, de vraies harmonies à la fluidité mélodique (Newborn Window). The Tall Ships passe aisément du rythmique à l’atmosphérique et peut même dans ce cas se passer de voix (l’instrumental Freigh trains riders of America proche de Tortoise première époque). Le groupe désamorce aussi ses soudaines envies de violence, se détournant de la tentation noise ou hardcore, pour préférer finalement adoucir sa musique. Pas besoin d’agressivité et de tapage intempestif pour produire une musique qui fait mouche et ça The Tall Ships, en bonne intelligence, l’a bien compris. Autre arme séductrice, le groupe aime aussi rajouter un piano flottant à ses guitares tissées pour une association toute en pudeur. Changeant d’humeur et de structure, All new Lows est dans le genre un vrai must.
Que dire d’autre ? Si vous êtes fan de rock indé US (comme moi !), ce disque deviendra vite une pièce de choix dans votre discothèque. Avec ce sentiment un peu amer de devoir faire l’article pour un album dont la qualité parle d’elle même.
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Denis Z.


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PJ Harvey – Let England Shake
2011 - 12 titres – 39’48
Style : Folk Rock
Label : Island


Note : 8,5/10

A peine deux ans après son précédent album (A Woman A Man Walked By - avec John Parish), Polly Jean Harvey revient avec ce qui est son 10e album studio. On peut dire qu’elle maintient le cap avec la rigueur d’un métronome, avec quasiment un album tous les deux ans, fêtant au passage ses 20 années de carrière, du haut de ses 42 ans en octobre prochain.
Malgré la relative violence de son titre, Let England Shake, ce nouvel album censé faire trembler l’Angleterre, risque à peine de faire danser ses habitants. En effet, malgré la déclaration d’amour qui en résulte, l’album conserve la noirceur et la mélancolie chronique de ses précédentes productions. N’attendez donc aucun séisme musical, il n’y en a pas. Par contre, une fois encore, PJ nous livre des titres d’une belle musicalité, navigant entre folk et rock, sans jamais s’arrêter véritablement sur un genre ou un autre. C’est un peu sa marque de fabrique depuis Is This Desire, faisant regretter peut-être pourtant parfois ses coups de gueule qui remplissaient les piste de Dry et de Ride of Me.
C’est sans doute la maturité qui fait mettre la violence dans ses mots et non plus dans ses orchestrations. Et des titres comme The Words That Maketh Murder, Hanging In The Wire, England, On Battleship Hill… devraient permettre aux anglophones de faire le plein d’adrénaline.

Pour autant, cet album, comme je l’ai dit est aussi une véritable déclaration d’amour pour un pays qui a pourtant mille fois versé le sang de son peuple. Sur le dernier titre, on écoute avec beaucoup d’émotion : Nothing more than a pile of bones, But I think of him still… The colour of the earth that day, It was dull and browny red, The colour of blood, I'd say… . Ces quelques mots résument en fait assez bien l’atmosphère générale qui règne sur cet ambigüe et troublant album.
Petit bémol sur le pourtant tres bon et tres entrainant single The Glorious Land : mais pourquoi ce clairon qui sonne la charge sans cesse à contre temps…
Qu’importe, voici un album dont la charge émotionnelle imprègne chaque vers, chaque mot, et si ce devait être le dernier album de Polly Jean, on peut imaginer que son épitaphe est maintenant écrite (et chanté un peu à la manière de Bjork, tient, tient) : I live and die through England, To you, England, I cling, Undaunted, never failing love for you England. Une véritable déclaration d’amour pour un pays qui en a châtié plus d’un !
Et une belle démonstration du talent toujours aussi intact de la songwriteuse anglaise. L’émotion à fleur de peau est une fois encore au rendez-vous.

Site/Myspace

Mike S.


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Sonic Youth – Simon Werner a disparu (BO)
2011 – 13 titres – 58’

Style : BO Post-rock
Label : Naïve

Note : 8/10

Fabrice Gobert, jeune réalisateur de « Simon Werner a disparu », a eu une idée folle : proposer à Sonic Youth de composer la bande originale de son premier film. Et comme le culot paye parfois, voici nos New-Yorkais cultes embarqués dans l’aventure pour un album instrumental 100% Sonic Youth. Par le passé, Thurston Moore et sa bande avait déjà écrit quelques titres pour « Demon lover » d’Olivier Assayas et même sorti un album intitulé « Made in USA« , composé autour du film du même nom - non pas celui de Godard mais celui réalisé en 1987 par le plus obscur Ken Friedman. Mais avec « Simon Werner a disparu », c’est autre chose. Pour Fabrice Gobert, Sonic Youth n’a pas fait les choses à moitié : un album entier crée spécialement pour le film et collant parfaitement avec les images de cette oeuvre imparfaite mais prometteuse. Le groupe a composé ses instrumentaux en visionnant les rushes du film pour mieux s’en imprégner et faire une musique totalement en adéquation avec lui. Pour le modus operandi, cette BO rappellera dans un premier temps le travail de Miles Davis improvisant devant les images projetées d’ « Ascenseur pour l’échafaud » . Dans le cas de Sonic Youth, le groupe a repris plus tard ces bouts de musique audibles dans le film et en a tiré de vrais instrumentaux étendus dans leur durée faisant ainsi une création à part entière (qui peut donc s’écouter indépendamment du film lui même). Tout comme avec Neil Young pour la BO de « The Dead », lui aussi en osmose avec son film, Sonic Youth s’est nourri du travail préalable du cinéaste mais en retour apporte un relief supplémentaire et un nouveau sous-texte à l’oeuvre de Gobert. On peut même penser que la musique des Américains extériorise le monde intérieur des personnages qui habite « Simon Werner a disparu » (Jérémie, Alice, Clara, Simon et les autres). Musicalement, nous sommes évidemment loin de Miles Davis et même de Neil Young. La BO de « Simon Werner a disparu« est bel et bien du Sonic Youth 100% pur jus, même si pour l’occasion, se pliant volontiers à l’exercice, le groupe s’est débarrassé du cadre « chanson » qui, sur leurs albums « normaux », enserre plus ou moins leurs instincts sauvages et crée une forme aux coulures de leurs matières musicales. Pas une voix, pas un début de chant, pas de mélodies pop émergeant derrière les guitares. Rien de tout ça : Sonic Youth entre de pleins pieds dans ce que l’on nomme communément – et un peu par défaut – du post-rock.
Contrairement au travail en solitaire de Lee Ranaldo effectué pour des pièces de théâtre ou des spectacles de danse, le résultat ne paraît pourtant pas hermétique et abusivement expérimental ; pour qui est familier de l’univers post-Velvet-ien du quatuor New-Yorkais, il n’y aura pas de grande surprise sauf de ne pas entendre la voix de Thurston Moore ou de Kim Gordon, sauf peut-être de découvrir parfois le son d’un piano bastringue rare dans le monde de guitares de Sonic Youth. Le disque se termine sur le Thème d’Alice et ses 13′ de tension hypnotique mais il n’y a - et c’est valable sur toute cette BO – aucun dérapage en vrilles soniques comme le groupe en a parfois l’habitude. Les guitares sont souvent sourdes, agressives et dissonantes (on ne se refait pas) mais Sonic Youth privilégie surtout les ambiances, souvent troubles et mystérieuses, à l’image même de l’histoire du film et de sa construction morcelée et labyrinthique fortement inspirée par « Elephant » de Gus Van Sant (pour un milieu – un lycée – aussi identique). Le groupe réussit à maîtriser en permanence sa musique et les divagations possibles qu’elle génère : il restructure des atmosphères vagabondes un peu informes en tirant au cordeau son propos et ré-injecte sans cesse de la tension au sein de sa musique. Sonic Youth met des décharges électriques là où d’autres se satisferaient d’un ambiant nébuleux, fusse-t-il parfois séduisant. Il s’agit bien là d’un disque de rock ; instrumental, non narratif et touchant à l’abstraction certes, mais un album rock tout de même. Et qui plus est un bon ! On pourra penser que « Simon Werner a disparu » est une oeuvre mineure dans la discographie magistrale de Sonic Youth. On a dit et on dira sans doute que ce disque est avant tout réservé aux fans du groupe. Qu’il faut avant tout connaître et apprécier Daydream Nation, Goo ou Dirty pour vraiment aimer cette bande originale, comme il faut avoir d’abord fait du vélo avec des petites roues pour pouvoir ensuite rouler sans « béquilles ». Et si l’on prenait le contre-pied de cet avis ? Et si ce disque était peut-être justement un bon début pour aborder la musique des New-Yorkais ? Et si l’on préférait pour une fois la recherche fondamentale à la recherche appliquée ? L’essence même de Sonic Youth et rien que ça : l’exigence sonore, la prise de risque, la violence latente, l’originalité des guitares, les changements d’humeur… C’est sûr, faire du vélo avec des petites roues, c’est plus prudent. Mais sans, le sentiment de danger n’en est que plus grisant. Et quel sentiment de liberté !
Denis Z.


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Héraclite – s/t
2011 – 10 titres – 37’20

Style : Afro / funk / jazz / blues/ indus-musique antique
Label : Naxo Prod / Urgence disk

Note : 7/10

La bizarrerie du mois voire de l'année. Un groupe pan-européen (un Grec, un Suisse, un Français et un Flamand) reprenant en grec ancien les textes du philosophe Héraclite (6è siècle avant JC quand même) et les mettant en musique dans une sorte.... (on reprend son souffle) d'afro-funk-jazz-blues-indus et musique antique. Vous avez déjà entendu ça ? Moi pas. Le groupe a été repéré par Steevo de Some Bizarre, label mythique de Depeche Mode et de Soft Cell ; une maison de qualité qui n'a jamais aussi bien porté son nom.
Chant incantatoire, percussions tribales, saxo en roue libre, guitare ouverte à 360° (du funk au post-rock), cela pourrait être vite insupportable. Et pourtant, on peut laisser le charme agir, sous réserve d'être un peu ouvert d'esprit. Héraclite fait prendre des couleurs à Einstürzende Neubauten, donne un coup de jeune à Virgin Prunes et un coup de folie à la fanfare Mardi Gras BB. Héraclite vous donne surtout l'impression d'être le témoin privilégié d'une cérémonie sacrificielle païenne. Un vrai trip qui prend aux tripes.
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Denis Z.


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Wire – Red Barked tree
2011 – 11 titres – 39’

Style : Rock
Label : Pink Flag / Differ-ant

Note : 7,5/10

Il y a 30 ans Wire révolutionnait la musique. Aujourd’hui les Anglais continuent et s’ils ne sont plus d’avant-garde, il demeure un bon groupe de suiveurs. Un fait d’autant plus appréciable qu’ils suivent en l’occurrence la musique qu’ils ont eux mêmes participé à créer. Respect ! Entre des longues périodes de jachère et d’autres d'intenses créativités, Colin Newman et ses hommes (réduit à deux depuis le départ de Bruce Gilbert) ont finalement sorti onze albums dont la trilogie fondatrice (Pink Flag, Chairs Missing et 154). La liste des groupes se réclamant de Wire est ainsi longue comme le bras : citons, entre autres, Elastica, Blur, The Rakes, Bloc Party, Fugazi…faisant des Anglais, l'un des groupes les plus influents du rock. Ça c’est pour le passé et la légende mais quant est-il du présent de ce groupe de quinquagénaires bien tassés ? Prolongement naturel de Sand (2008), Red Barked Tree pourra apparaître en premier lieu comme un peu sage et un poil désuet, sentiments naissant dès l’écoute en ouverture du pop Please Take. Les Anglais nous ont habitués à des titres secs et mordants, à des expérimentations sonores et cette entame sonne comme un peu trop gentille. Ça va, Wire n’est pas Keane non plus ! En tout cas, Please Take fixe d’emblée ce que sera le niveau du disque : un texte acide, un chant maîtrisé, une mélodie au dessus de la moyenne et dans le genre plutôt élégante avec un son chatoyant réverbéré qui n’est pas sans rappeler par exemple The Church. Le groupe s’inscrit ainsi dans la tradition d’une pop tapissée de new wave ; pas franchement moderne mais pas non plus outrageusement passéiste et dès lors rédhibitoire.
Il y a là une qualité standard certes mais qualité tout de même. Ce disque, on va finir par l’aimer car par fulgurances, Red Barked Tree va monter en puissance, en densité et devenir plus rock. Dès Now was, soit le deuxième morceau du disque, le ton va monter d'un cran. Mais c'est à Two minutes à faire faire basculer le disque dans une autre dimension, le groupe retrouvant là le format court de ses débuts. Dès lors, Wire va rendre ses guitares supersoniques et ses basses sourdes reprenant le flambeau d’un post-punk version 2.0. Sur Moreover, Wire assène ses coups ; sur Smash, il obtient le point (poing ?) gagnant d'un geste sec et puissant. Sur A flat, des claviers rajoutent encore une couche supplémentaire à l’intensité ambiante. Ce titre est un bon exemple de brûlot punk à la froideur clinique ; le genre d’antinomie dont les Anglais sont encore capables de réaliser. En fin d'album, Wire s'en va proposer deux titres longs, preuve que le trio est aussi à l'aise dans l'exercice de morceaux atmosphériques au ciel néanmoins chargé et électrique. Avec Down to This et Red Barked Trees, Wire multiplie les couches sans boursouflure aucune et distille une mélancolie qui n'est pas plombante, dans l'exercice fait mieux par exemple que le Cure des années 2000 par exemple. En résumé, on aurait pu craindre de voir les quinquagénaires de Wire jouer les jeunes rebelles, se caricaturant eux mêmes. On aurait pu redouter de les voir rentrés dans le rang proposant une brit-pop de consommation courante. Wire choisit le bon équilibre entre ces deux écueils possibles. Le trio maîtrise son art et cultive ce que l'on pourrait appeler "la force tranquille". Ce qui est déjà en soi une victoire et donne un sacré bon disque.
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Denis Z.


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Tricot Machine – La prochaine étape
2011 – 12 titres – 35’

Style : chanson pop
Label : Sober and Gentle / Sony

Note : 6,5/10

Encore traumatisé par Cœur de Pirate ? Alors voici Tricot Machine, un duo qui va un peu vous réconcilier avec les artistes québécois. Un petite disque de chanson-pop sans prétention qui ne révèle pas tout de suite sa grande hauteur sous plafond. Pourtant, à regarder les choses en face, la musique de Tricot Machine n’est pas si éloignée de celle de Cœur de Pirate : les deux artistes ont gagné le "Félix de la révélation de l'année" à deux ans d'intervalle. Surtout la prochaine étape commence sur une petite voix de jeune ingénue au piano qui pourrait à la longue devenir crispante. Sauf que chez les malins Tricot Machine, la voix de Catherine Leduc s’associe parfaitement à celle de Matthieu Beaumont pour un rendu musical des plus séduisants. Sauf que chez Tricot Machine, on sent déjà poindre des arrangements autrement mieux senties - et la suite va nous le confirmer ô combien. Sauf que chez Tricot Machine, les textes sortent du niaiseux pour toucher une sorte de fantaisie du quotidien poétique et attachante. Bref, à l'instar de Jérémie Kisling, possible cousin Helvète, notre duo québécois tire le meilleur parti d’une chanson archi rabattue, pas vraiment folichonne à la base, pour la hisser vers des cieux plus cléments. Et puis, dans le genre piano (l'instrument préféré de nos deux compères), on est plus proche de John Lennon que de Michel Berger. Radar est un bon exemple de ce petit relookage vite fait bien fait : on part sur le chemin de Linda Lemay (aïe) pour dévier rapidement (ouf !) vers une pop alerte et enlevée nettement plus fréquentable.
Le morceau est sympa mais nos amateurs de couture peuvent faire mieux encore. Tricot Machine a déjà pour lui d'être un bon mélodiste, ils le sont à la manière des artistes des années 70 : les instruments sont largement acoustiques (piano évidemment mais aussi guitare, banjo, harmonica...) et la production a la saveur du naturel voire du bucolique (Une bûche après l'autre). Mais la plus grande force de la paire Leduc-Beaumont est de partir d'une ligne simple mais jolie pour lui donner du volume et nous faire prendre la hauteur. Le duo a régulièrement recours à des choeurs qui donnent du souffle à leur musique initialement intimiste. L'arrivée de cordes mette aussi le duo sur un piédestal classieux (Le Morriconien Comme un accident ou 2e rang qui évoque l'ampleur mélancolique de la musique de Macadam Cow-boy). Avec Tricot Machine, les choses se font comme ça sans grandiloquence, tout naturellement ; comme si l'on découvrait une grande hauteur de plafond et une belle ornementation à une pièce qu'on avait jugé prématurément trop petite et banalement décorée. On a parfois le sentiment d'avoir affaire à une musique symphonique de poche proposant différents mouvements et une tension croissante (l'électrique J'ai des allumettes ou Avalanche). Et le plus amusant dans l'affaire, c'est qu'avec tout ça, Tricot Machine reste un groupe gai, plein de peps. Ecoutez 30 ans après pour vous en convaincre, jouissez de ce piano chevaleresque qui évoque le classique The Way it is (de Bruce Hornsby) et chantez à tue tête, cette musique est aussi faîte pour ça. Tricot Machine, comme un vieux slogan : "Fait main, fait bien".
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Denis Z.


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Tupolev – Tower of Sparks
2011 – 8 titres – 28’

Style : Jazz / Contemporain
Label : Valeot records

Note : 7/10

Toujours plus loin, toujours plus à fond dans le tunnel…Il ne reste plus rien du passé post-rock qui pouvait légèrement s’entrevoir dans Memories of Björn Bolssen : la guitare déjà rare a totalement disparu ; comme le chant qui s’élevait élégamment en fin d’album. Certains membres du groupe collaborent avec Slon ou Port-Royal, comme une dernière attache au post-rock mais en ce qui concerne Tupolev, la messe est dite. Tower of Sparks est un vrai album de jazz bâti autour de la figure archi classique du trio (piano, batterie, violoncelle ou contrebasse) mais chahutée par les mauvais soins de Tupolev dans un esprit de musique contemporain :
on suit donc le fil d’un piano (et la rythmique qui va avec) qui, d’un coup s’emballe, divague, se disloque, s’arrête pour mieux repartir. Le groupe s’amuse donc à vous caresser dans le sens du poil proposant des thèmes feutrés et des débuts de mélodies mélancoliques au violoncelle pour mieux vous saisir ensuite dans de chaotiques rebondissements. La musique sort vainqueur de cet affrontement, d’autant plus que derrière, un habillage électronique réduit à sa portion congrue mais néanmoins essentielle se délecte à recréer le souffle du vent ou les bruissements des feuilles plongeant encore plus la musique de Tupolev dans une autre dimension. Bon disque, intriguant à souhait, pour ceux qui aiment le jazz.
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Denis Z.


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Kendl Winter – Apple core
2010 – 11 titres – 47’

Style : Folk/Bluegrass
Label : K records / Differ-ant

Note : 7/10

Jacques Chirac disait « manger des pommes ! ». Kendl Winter, elle, fait un album entier autour de ce fruit charnu et gouteux et de toutes les symboliques qu’il véhicule (la tentation, l’arrivée de l’automne…). Le parallèle s’arrête là car l’Américaine a la fraicheur de la jeunesse et si elle fait une musique lovée dans la tradition, elle respire la santé et la vitalité. C’est d’ailleurs, la grande force de cette jeune femme qui a officié dans un groupe de folk-punk (The Pasties), dans un groupe de bluegrass (Blackberry bushes), dans un duo americana (Southern skies) et dans un groupe indie rock (Outfit Kite). Fort de toutes ces expériences, Winter se produit désormais en solo dans un disque qui fait cohabiter respect de styles musicaux classiquement américains et envie de dépoussiérer tout ça. Attention, tout en douceur, sans révolution aucune mais juste par touches et un état d’esprit généralement positif.
Avec elle, bluegrass et folk ne sont plus l’apanage de vieux barbus grincheux et ces musiques redeviennent bien vivantes. Les filles dans le genre, finalement on en connait déjà beaucoup et la voix de Kendl rappellera un peu le grain de Kristin Hersh. Mais contrairement à la Bostonienne un brin torturée, cette originaire de l’Arkansas, basée à Olympia semble laisser aux vestiaires états d’âme et pensées noires. Tout reste léger, doux (notamment la sucrerie un aux choeurs doo wop Cotton skies). Parfois le rythme gagne en vitesse dans un entrain communicatif comme dans une scène de bal dans un film de John Ford (Cocoon Body). Winter se saisit invariablement d’un dobro, d’un banjo ou d’une guitare pour se lancer dans ses chansons avec un naturel désarmant. On appréciera tout particulièrement les voix doublées de la jeune femme (à la tierce au dessus ou en dessous) qui enjolive avec simplicité la musique de Kendl Winter. Avec elle, c’est déjà un peu la fin de l’hiver…
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Denis Z.


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Julianna Barwick – The Magic Place
2011 – 8 titres – 39’

Style : Le Mystère d’une voix Américaine
Label : Asthmattic Kitty / Differ-ant

Note : 6,5/10

Avec Julianna Barwick, la question se pose : pourrons-nous aller au bout de son album sans finir aussi en vrac qu'Ulysse face aux chants des sirènes ? Dans l'univers de l'Américaine, il n'y a que ça ou presque : une multitude des voix passées par le prisme d'une pédale delay qui s'entremêlent pour créer une ivresse sonore. Soyons honnêtes, il y a parfois un piano lointain qui émerge dans un écho venant donner du relief à la musique. Il y a aussi une guitare évidemment réverbérée au son très Cure sur Bog in Your gait donnant là aussi une certaine respiration. Sur Prizewinning, une programmation minimale vient rythmer et borner cet univers gazeux en lévitation avant que des percussions ethniques viennent pervertir cette musique angélique. On se réjouit de tous ces apports instrumentaux venant enrichir un dispositif radical. Ils deviennent presque salvateurs car on n'aurait pas forcément survécu à ces seules mélopées vocales.
Ouf ! Julianna Barwick n'est pas totalement systématique et a compris qu'elle ne pouvait pas tenir la longueur sur son seul postulat de départ. Loin du lugubre Ligeti (vous vous rappelez "2001, l'odyssée de l'espace ?" et son Lux Aeternae ?), The Magic Place n'est pas à proprement une oeuvre vocale d'art sacrée mais un disque, pastoral dans ses intentions, qui évoquera un Cocteau Twins avec la seule Liz Frazer, plus éthérée que jamais, comme seul membre musical. On pensera aussi au Mystère des Voix Bulgares (le Mystère des Voix Américaines ?) dans des moments plus mystiques où Julianna semble revivre la Passion. Enchanteur au début ou par bribes, The Magic Place devient quand même un peu agaçant sur sa longueur. Dommage. Serait-il possible d'apposer sur le disque un sticker : ne pas écouter plus deux chansons par jour sous peine d'effets secondaires indésirables ?
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Denis Z.


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Aucan – Black Rainbow
2011 – 11 titres – 45’40

Style : Electro-rock
Label : African Tape / Orkhestra

Note : 6,5/10

Avec Aucan, tout est question de dosage : dans leur premier album, le trio italien était avant tout un groupe de guitares saupoudrant d'une fine couche de claviers. Dans Black Rainbow, le rapport de force s’est inversé et les synthés ont pris le pouvoir. Et de ce changement d’instrument découle un changement de style et même d’orientation pour ce trio basé à Brescia. En effet, Aucan est passé d’un post-rock tendance hardcore à un electro-rock tendance big beat, dubstep voire trip hop. Il est passé du statut de groupe bloqué dans l'underground à un artiste qui, dans une large mesure, pourrait devenir plus mainstream (on est encore très loin de Justin Bieber, que tout le monde se rassure !). La musique est toujours riche et le groupe ne manque pas de talent mais Aucan a perdu en chemin une partie de ce qui faisait son originalité et même sa subtilité : sur le précédent album, derrière les guitares abrasives et les rythmiques lourdes, les claviers montraient le bout de leur nez pour donner un contrepoint mélodique à l’ensemble créant une sorte d’endroit préservé et lumineux derrière la violence rock déchargée par le groupe. Ils pouvaient rendre hypnotique une musique coup de poing. L’équilibre était fragile et les Italiens réussissaient ce tour de force d’être à la fois puissant, racé et finaud. Avec Black Rainbow, Aucan choisit surtout l’efficacité : la production est accrocheuse et adopte le « gros son » de synthés sombres et conquérants, de basses profondes et de programmations qui envoient.
Instrumental à la base, le trio choisit même d’ajouter du chant sur certains de ses titres. Il y a la voix féminine d’Angela Kinczly invitée sur Blurred (sorte de Portishead vitaminé). Il y a les membres du groupe eux-mêmes se lâchant sur Heartless ou Scund Pressure level ; des titres qui évoqueront la fougue de Prodigy avec des vocaux scandés dans un style à la limite du hip hop. Il y a aussi des voix samplées comme sur les volutes orientalistes de Underwater music, rappelant - et pas seulement par son titre - Smoke City. Sur ce disque, Aucan met en scène un univers sonore synthétique où même les sons de guitares et de batterie sont retravaillés, harmonisés, déformés par des effets. C’est un monde de matières et d’ambiances urbaines composé de nombreuses couches superposées, de textures et d’habillages dont l’agencement et la profondeur de champs ne sont pas sans rappeler le Massive Attack de Mezzanine ou les Français d'Idem. Le disque offre peu de respiration (si ce n’est sur la parenthèse atmosphérique réussie d’Embarque) et même va plus loin dans le chargé : sur Away, avec son maelström de guitares, il se dégage de Aucan une vraie force Indus à la manière de N.I.N ou Sin. Tout ceci fait beaucoup de références flagrantes pour un album qui donne l’impression parfois de chercher sa formule gagnante. C’est bien mais le groupe a perdu sa spécificité au profit d’un électro-rock efficace mais somme toute assez commun. En résumé, Aucan tonne, bastonne, tâtonne, ne détonne pas mais n’étonne pas vraiment non plus.
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Denis Z.


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Heligoland – All your ships are white
2010 – 8 titres – 37’

Style : Cold wave
Label : Commission 45

Note : 6,5/10

Heligoland est un drôle de groupe, ne serait-ce déjà par la composition de ses membres : des Australiens vivant désormais en France auquel s’ajoutent France Cartigny, ici, à la batterie et pour cet album, leur troisième, Robin Guthrie, monsieur Cocteau Twins en musicien additionnel et producteur de renom. Drôle de groupe aussi (même si le qualificatif « drôle » sied mal à ce groupe d’essence mélancolique) car à chaque qualité que l’on peut trouver à ce disque, on peut y associer immédiatement un défaut. All your ships are white est un album cohérent, homogène qui s’écoute sur sa longueur unie dans un même sentiment mélancolique. Mais c’est au final, un peu album un peu poussif d’où on aimerait parfois voir jaillir une énergie un peu plus conquérante. Heligoland structure avec finesse différentes harmonies musicales qui se fondent dans une belle musicalité. En même temps, au blindtest on croirait écouter un album de la fin des années 80 influencée par Disintégration de Cure (avec ses basses 6 cordes dont raffole Robert Smith) et encore plus par Cocteau Twins (et pour cause !). L’album bénéficie donc de la présence de Guthrie dont le talent n’est plus à louer. Mais ce choix de producteur est presque redondant avec l’esprit naturel de Heligoland ne
faisant de renforcer encore plus leurs aspirations cold wave atmosphériques ; l’Ecossais étant connu de plus pour tirer un peu trop la personnalité d’un artiste du côté de son propre groupe. Rappelons nous de Spooky de Lush et de Nouvel Air de Ulan Bator, deux albums qui sonnaient au final comme du Cocteau Twins. Heureusement, la voix de Karen Vogt ne ressemble en rien à celle de Liz Frazer (ce n’est donc pas un copier-coller), le timbre de l’Australienne, androgyne, évoquant plutôt la manière de chanter de Whipping Boy (là encore une vieille référence), touchante et ultra sensible. En même temps, comme un nouveau revers de la médaille, on peut trouver ce chant un peu trop affecté et maniéré devenant un peu lassant à la longue. Il y a donc beaucoup de qualité dans All your ships are white qui se situe au-dessus de la moyenne de ce que l’on peut entendre aujourd’hui (il n’a pas de distributeur, ce qui en soit un pur scandale). Mais par sa vision de la musique avec un regard bloqué sur le retroviseur, on ne peut pas être totalement conquis par le disque. Avec les mêmes références, des groupes comme The Fatales ou Piano Magic ont réussi à faire un rock d’aujourd’hui. Je vous l’ai dit, Heligoland est un drôle de groupe surtout car il est bien difficile de le juger.
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Denis Z.


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Essie Jain - Until the light of morning
2011 – 8 titres – 33’

Style : Berceuses folk
Label : Differ-ant

Note : 6/10

Ce disque aurait pu s'appeler "Berceuses" car c'est exactement de cela qu'il s'agit. Essie Jain propose avec Until the light of morning un album fait pour endormir les enfants. Elle y arrivera à coups sûrs, tant le disque distille une douceur extrême qui pourra provoquer quelques bâillements même chez ceux qui ont dépassé les trois ans. Jain ne tombe jamais dans la niaiserie, ce qui est là l'essentiel. La jeune femme est au piano. Derrière elle, une basse, une guitare mais pas de batterie, bien trop bruyante pour nos chères têtes blondes (il est ici remplacé par un glockenspiel bébé, il fallait y penser !).
Pourtant, c'est bel et bien la voix de la jeune femme qui emplit tout l'espace, venant nous chanter dans le creux de l'oreille. C'est l'atout majeur du disque, c'est aussi sa limite. Une belle voix peut-elle faire passer un léger sentiment d'ennui ? A la fin du disque, Essie Jain s'efface pour ne laisser parler que son piano. Paradoxalement c'est avec un des ses titres, Tip Toes aux accents proches d'Erik Satie, que l'Américaine charme le plus. Until the light of morning est sans doute épatant pour les enfants, c'est moins probant pour les adultes. En même temps, ce n'est pas à ces derniers qu'il est principalement destiné. Alors...
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Denis Z.


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The Banjo Consortium - A turning one
2010 – 12 titres – 68’

Style : Folktronica
Label : Nacopajazz / 9.12 records

Note : 9/10

Aperçu sur différentes compilations allemandes, anglaises, japonaises et bien sûr canadiennes, son pays d'origine, The Banjo Consortium est vraiment un groupe folktronica dans l'acception du terme la plus juste. Le mot gigogne essayant de faire un alliage de deux mouvements musicaux (folk et électronica donc) à la base plutôt antinomique trouve sa plus belle incarnation ici. Emmené par Jacques-Philippe Lemieux-Leblanc, les Canadiens ont installé dans leur musique tout un attirail d'instruments acoustiques : du banjo bien sûr, mais aussi de la guitare, de la mandoline, du violoncelle, de l'accordéon. Il n’en font que rarement l’économie ; même sur l’impressionniste Until Morning, un accordéon vient souffler au loin. Derrière les nappes en mouvement et programmations minimalistes à la Four Tet, le groupe a ce charme bucolique et naturel qui touche profondément. Il est même parfois plus roots encore, semblant jouer les pieds dans la gadoue :
on ne serait étonné de tomber sur le gamin du trou paumé de « Délivrance » jouant de son instrument de manière endiablé. C’est un peu d’ailleurs ce qui arrive sur Tuesday cracker et Une soirée kébécoise. Mais là, les programmations et les nappes mâtinent ce folklore brut et terrien pour le rendre rêveur et léger. Le chant est rare, trois titres seulement mais magnifiques (Burning Feet et Unknown en tête) où la voix amène une vraie valeur ajoutée. Mais pour le reste l’auditeur s’en passe très bien. The Banjo Consorsium est avant tout un groupe atmosphérique, d’aucun dirait « post » dans l’âme à la manière des premiers Hood. Le groupe est mélancolique à souhait, tout en retenue sans être aride ou froid. The Banjo Consorsium trouve le bon équilibre entre nature et modernité. Entre mélodies et formes étirées. Entre narration et abstraction. Grand album.
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Denis Z.


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Siskiyou - s/t
2010 – 12 titres – 33’

Style : folk transfiguré
Label : Constellation / Differ-ant

Note : 7,5/10

Voilà une drôle de bête à poils, peut-être un nouveau chaînon manquant entre un homme primitif et un homo sapiens autrement plus civilisé. En dessous de la chemise de bucheron et de la barbe de vingt jours, trouverait-on des âmes sensibles ? Derrière Siskiyou, se cachent Erick Arnesen (guitares, banjo) et surtout Colin Huebert ex batteur des Great Lake Swimmers qui assure ici le chant d'une voix chargée, mal assurée et néanmoins touchante. Le duo a enregistré son disque au gré de ses voyages, dans des endroits non habitués à l'exercice : pour Siskiyou, la musique fait partie intégrante de la vraie vie, elle en est le prolongement naturel, comme Jack Kerouac avait fait de même pour la littérature (il y a un titre qui s'appelle Big Sur, est-ce dû au hasard). Le ton est donc mélancolique, contemplatif, nocturne mais jamais désespéré. Avec Siskiyou, on commence sur les pas fragiles d'un folk intimiste proche de Sixteen Horsepower. L'ensemble est fait de beaucoup de bois et d'un peu de métal : piano, guitare acoustique, banjo, scie musicale, accordéon. Mais finalement, apprivoisant petit à petit ce petit animal sauvage,
on va trouver dans cette musique rustique une énergie qui ne demanderait pas mieux qu'à devenir rock (l'électrique never ever ever ever again et sa ritournelle Pixies). Comme remède à la noirceur, le duo teinte aussi de pop ses musiques. Les mélodies se veulent plus légères : avec ses cloches, it's all going to end ressemblerait presque à une chanson de noël. Il y a ici des titres courts comme des extraits d'un journal intime, le duo enregistrant sur le vif ses états d'âme. Musique brève mais aussi étirée sur plus de sept minutes avec Big Sur, un titre qui commence une pièce de Vivaldi qui serait joué par des folkeux bucoliques avant de se perdre dans des humeurs fantômes avec comme seuls repères dans la brume un banjo, un accordéon mélomane et la voix de Colin. This land, vraie réussite, va encore plus loin sur ces terres hantées, dissonantes et décalées : le piano bastringue rythme ce monde regardé dans un miroir déformant et la guitare électrique, réduit à une plainte, n'en finit pas de crier au loup. C'est encore là que le duo trouble le plus, reprenant les sèmes connus d'un genre pour en faire un titre totalement personnel et habité. Siskiyou, plus qu'un groupe de folk de plus.
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Rose Elinor Dougall – Without why
2010 - 11 titres – 38'

Style : Pop
Label : Scarlett music / Differ-ant

Note : 6,5/10

Les Pipettes vous vous rappelez ? Trois Anglaises exhalant un parfum sixties devenues de fulgurantes égéries d’une pop pré-Beatles il y a de cela quelques années. Eh bien, Rose Dougall était l’une d’elle ! La jeune Anglaise à la mine boudeuse a troqué sa robe à pois pour une plus sombre tenue. Un détail vestimentaire peut-être mais qui en dit long sur les nouvelles aspirations de Rose Elinor. Dans le temps, un Phil Collins de triste mémoire avait sorti un ...But Seriously. Whithout why sera donc son But Seriously à elle (musicalement totalement différent du chauve batteur-crooner…Ouf). Il faut voir dans la musique de l’Anglaise une (légère) translation des paradis bubblegum vers les débuts d’une noirceur à la Siouxsie and The Banshees. Mèche noire devant les yeux, musiciens alentours à la pose identique et aux sourires interdits, Rose Dougall produit effectivement une musique plus sérieuse, ne faisant pas l’impasse sur un certain lyrisme adolescent. La basse semble parfois tenue par Steven Severin lui-même (carry on) et Goodnight, avec ses cordes et piano, donne envie de sortir des candélabres. Watching se la joue vaporeux et fantomatique et au final réussit à devenir une version light et méritante de Dead Can Dance.
On reste quand même loin de la new wave gothic des années 80, Rose Dougall restant, ne lui en déplaise, totalement pop dans le sens le plus anglais du terme (leur variété à eux en somme). Tout ceci est bien inoffensif mais au final ne manque pas de charme (et je ne dis pas ça pour les beaux yeux de la demoiselle). Il y a un savoir faire certain au niveau des mélodies bien troussées. Dans ses meilleurs moments, without why évoquera Isobel Campbell, seule ou avec Belle and Sebastian. Les arrangements allient joliesse surannée (sons de clavecin ou d’harmonium ça et là, guitare réverbérée typiquement 80’s) et aspirations plus actuelles. On se surprend même à bouger sur Another version of pop song et son clavier écervelé. La voix de Rose Dougall, chaude et profonde, est quant à elle le parfait véhicule pour cette pop bon teint. Pas révolutionnaire pour deux sous mais plutôt sympathique, comme on dirait d'un film qui nous a fait passé un bon moment. Ce qui n’est déjà pas si mal. Gros carton à prévoir en Angleterre ; ici c’est moins sûr.
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Denis Z.


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Harmonious Bec – Her Strange dreams
2010 - 11 titres – 42'

Style : Electronica / Abstract hip hop
Label : Monotreme records

Note : 8/10

Venu tout droit du Japon, Harmonious Bec est un duo hautement recommandable. Her strange dreams est un album cohérent et homogène. Mais, à y écouter de plus près il ratisse large dans ses influences et sait marier des formes diverses (samples, électronique, instruments acoustique) dans un collage inspiré. Il sait surtout provoquer des sentiments ambivalents dans une même musique instrumentale. Entre une electronica à la Four Tet et l’Abstract hip hop d’un DJ Shadow (Solitary bonze prayer, Progress), Harmonious Bec navigue définitivement entre plusieurs eaux.
A fortiori quand le duo s’octroie quelques intermèdes de synthé pop minimaliste de jeux vidéos. Derrière les rythmiques appuyées et un traitement sonore qui froisse et triture raisonnablement le son, des mélodies mélancoliques émergent facilement et emplissent tout le paysage émotionnel. Il y a du Wim Mertens ou du Keith Jarret dans le piano, preuve que les références de harmonious Bec sont bien antérieures à Boards of Canada. On commence à avoir l’habitude de ces ambiances hybrides mais avec Harmonious Bec, on n’est pas près d’être lassé.
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Denis Z.


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Zwegh - 2
2011 – 9 titres – 49’

Style : Faith no More evermore
Label : Urgence disk

Note : 7/10

Les Suisses de Zwegh sont de petits farceurs : sur leur bio, ils parlent de jazz pour décrire leur musique. Au moment de lancer 2, on s’aperçoit vite qu’il n’en ait rien : le groupe envoie le bois, les vumètres passent la phase critique, nous sommes bel et bien dans un album de rock voire de métal. Les riffs sont lourds, la paire basse-batterie bastonne bref on est en terrain connu. Zwegh prend le genre à bras le corps et en fait sa chose à la manière de Faith no More, référence incontournable ici même dans le chant inspiré (dans tous les sens du terme) par Mike Patton d’Antoine Läng. C’est peut-être là que le jazz ou en tout cas un certain esprit de liberté souffle sur 2 : comme chez Faith no More, Zwegh se permet quelques fantaisies qui font de cet album un disque visionnaire. A ce titre, Cock Morris mélange charme de l’Orient et violence urbaine pour un résultat aussi étonnant que réussi.
Sans atteindre le niveau dAngel dust, 2 lui emboite le pas. A son époque Faith no More avait fait Easy, un titre tout en douceur, joliment groovy. S’il ne reprenne pas les Commodores, ni d’ailleurs personne d’autres, le quatre Zwegh ne se privent pas de ménager des moments doux joués avec beaucoup de feeling d’une basse finement slappée et des guitares subtilement ciselées. Le groupe a ce côté fusion qui mélange le black au blanc : Läng est aussi à l’aise dans un registre chant emphatique qu’un spoken word habité. Les morceaux ne sont pas linéaires, changent d’humeur et peuvent passer d’une violence limite à une douceur extrême (Dirt underlaid, Poo’n pee, Cock Morris). Tout ça pour dire que Zwegh est tout sauf un groupe de bourrins et le dernier titre raté de l’album, Egg, où la sauce ne prend pas, ne changera rien à l’affaire : ces Suisses sont monstre bons.
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Denis Z.


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Liz Janes – Say Goodbye
2010 – 9 titres – 39’20

Style : soul and jazz pop
Label : Asthmatic Kitty / Differ-ant

Note : 5/10

Cet album est comme un mirage qui charme et attire pour finalement disparaître. Si l’on devait prendre une image plus terre à terre, on pourrait dire que Say goodbye est comme un soufflet qui retombe. Mais revenons en arrière, Say Goodbye est le quatrième album de Liz Janes, qui chante depuis son plus jeune age et qui ne doit sa carrière discographique qu’à son mari qui a envoyé la musique de son épouse au label de Sufjan Stevens, Asthmatic Kitty. Avec Say Goodbye, on n’est d’abord séduit par la voix de la dame et ce timbre chaud et clair qui vous caresse. Derrière elle, un rhodes chatoyant, une basse ronde voire un vibraphone se mettent au diapason d’un organe d’exception. Ils restent sagement en retrait pour faire ressortir au maximum cette voix. La musique est un peu jazz, un peu gospel, un peu pop.
Le problème, c’est qu’à la longue, on se lasse un peu dans cette impossibilité à faire évoluer ce dispositif élégant mais épuré (A fortiori si on le compare à son album de 2004 Poison and Snakes, joyeusement noisy). Le disque est lent et semble s’auto-satisfaire de sa musique. Et puis, la voix de Liz Fanes commence à lasser, devenant un peu maniérée et affectée, adoptant certains tics un poil horripilant. Après le premier titre, I don’t believe, on était conquis. Après Anchor, on se découvre agacé, craignant que pour le titre suivant elle ne reprenne la chanson de Bagdad Café (sic). Cela n’arrive pas heureusement pas. Mais avec Fireflies et sa mélodie en droite ligne d’une béate pop chrétienne, on touche un peu le fond. Dommage Say Goodbye avait pourtant bien commencé.
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Denis Z.


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Incarnations – all due Respect
2010 – 9 titres – 39’20

Style : pop Californienne
Label : Love Monk/ BB Island / Differ-ant

Note : 7/10

De l'influence de la géographie sur l'esprit musical qui se dégage d'un disque. On imaginerait All due Respect enregistré en Californie mais c’est bel et bien dans le sud de l’Espagne que le disque a vu le jour. Pour ces trois New Yorkais (dont Daniel Colas, originaire du coin), le dépaysement était au moins aussi fort : soleil, célèbre spot de surf, un appel au farniente, une excellente inspiration pour produire une musique raffinée mi pop californienne mi funk blanc. Le bruit des vagues vient affleurer les contours de morceaux qui fleurent bon les années 70. Mélodiquement chiadée, la musique a le parfum désuet d’un enregistrement à l’ancienne (dix jours seulement).
Le disque rappellera Steely Dan ou les Doobie Brothers On sent ça et là des influences un peu hippies (Make you mine), comme en témoigne seulement la toge portée sur la pochette par deux membres du groupe. Sur Hindi Ko Alam, la tentation tropicaliste est bel et bien là. Mais la qualité des mélodies sauve le disque de la caricature d’une musique passéiste. Au final, With all due respect est un disque très agréable. Comme un après-midi ensoleillé.
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Denis Z.


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Sueellen - s/t
2010 – 8 titres – 53’

Style : Indie rock
Label : Autoproduit / La Baleine

Note : 9/10

Ici, il ne sera pas question d'une dame passablement ivre et arborant pour coiffure un brushing défiant les lois de la gravité mais bel et bien de rock, du vrai et du meilleur genre qui soit. Aussi incroyable que cela paraisse (au vue de sa qualité musicale), ce disque a d’abord été autoproduit. Sorti dans un micro circuit, ce qui a d’abord été un double vinyle est finalement distribué en CD par La Baleine qui a succombé aux charmes de Sueellen. Sentiments partagés, ce disque à la fois glaçant, tendu et suave est un must incontournable. Faux groupe belge avec un batteur sicilien, un trompettiste suédois, un bassiste et un chanteur-guitariste français, Sueellen est pourtant 100% Bruxellois, ville de rencontres, d’échanges et de heurts artistiques qui aboutit aujourd’hui à ce disque fort en goût, chaotique et intense. Le premier titre Kathleen nous met au parfum sur les aspirations artistiques de Sueellen. Le début restitue un post-punk clinique et tranchant comme une arme blanche. Mais avec ces Bruxellois, les voyages sont longs et tumultueux et ce morceau de 13’ va donc évoluer et se remplir d’autres émotions : la trompette de Nils Méchin n’est pas étrangère à cette dérive vers une suavité noire rarement rencontrée, chez Jack The Ripper par exemple. Avec I can’t stand va explorer cette facette de sa personnalité pour un titre tourné vers un Ouest ténébreux.
Ce premier album joue aussi la carte de l’immédiateté : avec this House et I met her online, le groupe produit deux courts-circuits dans la grande tradition d’une noise américaine que le groupe reprend à son compte sur tout l’album : de Yo la Tengo à Sonic Youth en passant par Chokebore. Entre saturation et gimmick cristallin, le groupe prend les deux pour entretenir chaque fois la flamme de sentiments mélés. I got you est emmené par des guitares frondeuses qui en feraient presque le single rock rêvé, à la fois énervé et touchant. La grande force du groupe réside aussi dans les apports jazz, post-rock ou plus généralement expérimentaux que le groupe intègre en filigrane de morceaux « abordables ». L’atmosphérique Chop down réussit parfaitement ce mariage contre-nature qui garantit une originalité de ton. Le final Through your hair remplit toutes les conditions du post-rock (évolution de ton, recherche sonore, longue mise en bouche) tout en gardant la voix à fleur de peau de Benoît Richard pour un supplément d'âme. Au delà d’un grand groupe, Sueellen est un groupe visionnaire.
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Denis Z.


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Atomique Deluxe - Vingt
2011 - 13 titres – 47’22
Sortie : 7 fevrier 2011
Style : Rock
Label : Team4action


Note : 7/10

On les avait découvert pendant l’année 2010 avec un single Quand tu ne m’aimes pas et un premier EP 5 titres aux sonorités « Rock made in France » bien affirmées.
Pour autant, le groupe a planté son camp de base dans la capitale économique de la Wallonie, à Liege. Des belges donc, me direz-vous ! Et bien pas du tout ! L’un est breton (Erwan, il ne peut pas le cacher…) et chante avec une voix déraillée comme pas deux, un second est argentin (Esteban) et vous sort aussi bien quelques riffs acérés que des notes acoustiques sobres et sensibles. Ajoutez à cela une section rythmique aux noms tres italiens Toto & Sergio, et vous obtenez un groupe international que les disquaires vont bien avoir du mal à classer…
En ce début d’année 2011, apres un bon succès en Belgique, le groupe sort enfin de ses frontieres cet album baptisé Vingt, qui a déjà bien vécu sur des dizaines de scènes de Belgique… et de Bretagne !
Voici donc l’objet du crime ! 13 titres d’un Rock vif, des rythmes rapide voir tres rapides, des jeux de guitares dignes des plus grands groupes de ‘hard rock’ des années 70’ 80’, mais surtout une voix speed et des textes frenchis qui refont le monde ou réunissent les nations (…) à chaque refrain.

Ça vous replonge carrément parfois dans le tout début du Rock français 70’s, période Téléphone (Il faut quand même bien exister) ou Trust (Les chimères) tout en vous rappelant aussi des heures plus récentes du Rock, celle de Daran (Le cochon) ou Demago (Quand tu ne m’aimes pas, Des kilomètres)… Les influences pleuvent, vous l’aurez compris, un véritable festival. C’est peut-être le seul défaut qu’on pourrait reprocher à cet album. Car, pour le reste, il faut le reconnaître, ça déménage, on passe un vrai bon moment à écouter cet album et ses kilomètres (…) de singles et de riffs acharnés.
A défaut d’une révolution (malgré les quelques notes à la fin des Kilomètres) ou d’un Big Bang musical, Atomique Deluxe propose avec Vingt (ou Vi20t mais prononcez bien le « t », svp !), une belle évolution au Rock français ! Il fallait que ça nous vienne… de la Belgique !

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Mike S.


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My TV is dead - Freedomatic
2010 – 15 titres – 65’

Style : Pop Rock
Label : Depot 214 records

Note : 8,5/10

Il y en aura qui diront de My Tv id Dead qu’il est un duo électro. Erreur habituelle qui fait confondre le moyen et le but, l’apparence et l’essence. My Tv is dead est une nouvelle preuve de la vitalité de la scène belge et Freedomatic un album pop/rock d’une richesse incroyable, brillant et touchant. Un groupe d’aujourd’hui qui modernise un savoir-faire mélodique qui a largement fait ses preuves (Daydream a un côté Moody Blues). Et effectivement dans cette palette large d’arrangements et ce complexe écheveau de strates et de niveaux de lecture, il y a des claviers et autres programmations utilisés à la manière organique de Notwist par exemple. Mais il n’y a pas que ça : My Tv is Dead est aussi un groupe de guitares, de basse et même de trompette soufflée aux moments idoines (Thinking of you) par Amaury Massion par ailleurs vocaliste du duo. Le chant justement parlons-en, chez my TV is Dead, il est à l’image de la musique, à la fois fringant, charismatique et d’une sensibilité extrême.
Sur Freedomatic, on trouve à la suite un titre new wave du troisième millénaire (le catchy Believer) et un titre à l’émotion largement épanchée (un peu limite quand même, By your side). Le groupe joue sur les deux tableaux et arrivent à mêler les deux aspirations : juste après, un magistral Riding Horses fait hennir les chevaux du plaisirs, en caressant dans le sens du crin les émotifs et les seuls amateurs de mélodie efficace. Dans cette complexité de ton, cette accumulation de textures y compris électroniques et ce lyrisme assumé, My Tv is Dead ressemble à AaRON. D’ailleurs, les deux groupes ont en commun de reprendre le classique immortalisé par Billie Holiday, Strange fruit. Sur ce terrain, les Belges battent à plate couture les Français : ainsi transfiguré, le classique garde son émotion originelle mais se pare d’un arrangement hybride (mi programmation electronica, mi guitare cold wave) bouleversant. Massion magnifie le tout d’une voix à pleurer. Ils ne sont pas si nombreux les albums qui vous donnent envie de danser, d’écouter de bonnes mélodies et vous émeuvent. Grand disque.
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Denis Z.


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Dilatazione – the importance of Maracas in the modern age
2010 – 12 titres – 47’

Style : Post - ?
Label : Acid Cobra Records

Note : 8/10

Un peu d’attention. Dilatazione est un groupe italien de Prato, Toscane emmené par Alessio Ciborio Gioffredi par ailleurs batteur d’Ulan Bator et d’Object. Voilà qui est éclairci. Reste à parler de la musique de Dilatazione, ce qui ne sera pas une mince affaire. Pour nous y aider, on peut commencer par décoder certains des sens cachés des titres des morceaux de Dilatazione : comment ne pas voir dans Exit music (for a western) une double référence à Radiohead et à Ennio Morricone ? Par le changement d’une seule lettre, Bettino Krauti pousse un sample de discours politique dans l’arène du Krautrock. Encore plus parlant, dividing Goblins cite nommément les Goblins, groupe italien qui fit les beaux jours des films de Dario Argento dans les années 70 et 80. Ce groupe culte, à la fois visionnaire et à la limite du mauvais goût, réconcilie des ennemis qu’on aurait cru irréductibles : les intellectuels et les amateurs de cinéma Bis. Voilà on en sait plus sur Dilatazione.
Dans leur album, les Toscans mêlent allégrement les genres pouvant ainsi rapprocher la musique progressive, le post-rock, le jazz-rock, la musique de film, une électronique en transe (Krautrock ou disco ?) et pourquoi pas la musique africaine (Exit Poll – Marx on Mars). Mais plus profondément encore, le groupe ne fait pas de hiérarchie entre musique « noble » et une certaine sous-culture musicale connue pour son appétit de sons, de couleurs et de joies musicales primales. Nous sommes proches des selects Tortoise dans une version moins respectable ou du boulimique Franck Zappa. Comme Zombie Zombie, Dilatazione semble avoir sauvé de la poussière des vinyles hauts en couleurs un brin psyché ressuscités des années 70. Pas de samples pourtant mais cinq musiciens qui maîtrisent la situation et font en sorte que le disque ne vire pas au bordel et demeure ce qu’il est par essence : une expérience globale, enrichissante et jouissive.
Page CD1D Dilatazione
Denis Z.


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I Heart Hiroshima – The Rip
2010 – 14 titres – 46’

Style : Indie rock
Label : Valve / Cargo records / Differ-ant

Note : 7/10

Une basse, pour quoi faire ?! C’est ce que s’est dit Sleater-Kinney il y a 15 ans et I heart Hiroshima aujourd’hui. Ce trio à deux guitares et une batterie nous vient de Brisbane et sort avec The Rip son deuxième album. Avec I Heart Hiroshima, difficile de ne pas penser à Pavement, à Sonic Youth (Sisters) et avant ça à Jesus and Mary Chain. Mais, à la distorsion et à la dérive sonique, nos jeunes Australiens préfèrent rester dans les clous et chercher de bonnes mélodies accrocheuses griffonnées à la Telecaster.
On est dans une ornière punk-power-pop bouclée-serrée en 3-4’. Pas plus. I Heart Hiroshima associe deux voix, une fille et un garçon, comme Kim Gordon et Thurston Moore. Parfois la voix de Susie (également à la batterie) se fait plus douce, contrepoint idéal à des titres râpeux et au timbre punk de Matt et Cameron. Emmené par deux bons singles,Shakeytown et River, (mais il pourrait facilement y en avoir d’autres), The Rip est déjà un putain de bon album. Il n’y a rien à dire de plus : si vous aimez ça, ne vous privez pas de ce petit plaisir !
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Denis Z.


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The Substance – this is it
2011 – 12 titres – 53’

Style : Dancing pop/wave
Label : Hydrophonics

Note : 6,5/10

Faisons un peu d’uchronie. Si Depeche Mode était né 30 ans plus tard, ils auraient sonné comme The Substance. Depuis la new wave à claviers des années 80, il y a eu l’avènement de la culture club, la folie de l’Hacienda à Manchester, l’électronique de Daft Punk devenue superstar et la preuve faîte par Chemical Brothers que l’on pouvait coupler électro dansante avec des mélodies pop/new wave (avec Undercontrol featuring Barney Summer comme maître étalon du genre).The Substance, duo composé de Ramon Diaz et de Chazz Banks, respectivement Barcelonais et Mancunien, est véritablement dans cet esprit de marier les deux tendances. Cela revient en fait à se poser deux questions : y aurait-il de la substance dans The Substance ?
Derrière les habiles producteurs, y aurait-il de bons compositeurs ? Et la réponse est doublement oui. Il n’y a rien de renversant ici mais This is it est un album divertissant, comme on dirait d’un bon film qui vous fait passer un bon moment. Le duo propose des mélodies qui tiennent la route. Il a surtout la bonne idée de nuancer les plaisirs, variant chaque fois sa manière de produire des morceaux : il y aura donc un Older than U think plus dance, un Angels proche de New Order, un Trust me adoptant le minimalisme synthétique des années 80, un Memories fade aux faux airs de Radio gaga. Avec The Substance, il n’y a pas de mal à se faire du bien.
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Edible Woman – Everywhere at once
2010 – 9 titres – 30’

Style : Hardcore vs Psyché
Label : Sleeping Star

Note : 6,5/10

L’heure est aux groupes barjots. Celui-ci nous vient d’Italie et en est à son quatrième album. La courte intro A slightly Shifted, rappelant Moonlight drive des Doors, nous met sur la voie, attention ce groupe est « spécial ». Pourtant, on est loin de se douter de la suite que nous réserve les Italiens. Le groupe de Jim Morrison et sa folie créatrice restera une influence majeure mais Edible Woman en sera la version « j’ai mis les doigts dans la prise ». Le groupe Italien est aussi hardcore et sa musique aime les confrontations musclées mais ici orgues et claviers remplacent le plus souvent les guitares, ce qui fait d’Edible Woman un cas presque unique d’hardcore psychédélique. Le groupe est néanmoins moins extrême que les furieux An Albatross, expérience souvent limite dans la musique. Les Italiens aiment aussi s’attacher à l’écriture de vraies pop songs, une évolution par
rapport aux trois albums précédents due à l’arrivée de Luca Giomi, un chanteur, dans l’univers de Edible Woman. Le meilleur exemple de cette nouvelle aspiration fondamentale est donné par Goran Sarajlic où bien que maltraitée, une jolie mélodie arrive à prendre sa revanche sur les moments plus sauvages du disque. De même, sur The Shadow o f doubt où la mélodie vocale se fraye un chemin entre une guitare et un orgue qui s’emballent. Après une furie inaugurale, A Small space odissey se clos sur une mélodie flottante à la Pink Floydienne. Everywhere at once est écrit autour d’une vraie ligne de chant toujours sous la menace d’une rythmique bancal et de sonorités hardcores qui ne demandent pas mieux à exploser. Derrière les orgues ricanent. Edible Woman doit aussi bien s’amuser à déplacer tous nos repères.
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Denis Z.


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Shipping News – One less heartless to fear
2010 – 9 titres – 35’

Style : Noise
Label : African Tape / Ruminance / Pias

Note : 7,5/10

Avec ses quinze ans d’existence, ses quatre albums et sa poignée d’EP, Shipping News est déjà une référence de la noise. Les disques du groupe de Louisville sont sortis sur l’estimable label Touch and Go et l’histoire du groupe est étroitement liée à June of 44, Rodan (Jeff Mueller chanteur guitariste de Shipping news a fait partie des deux groupes) et même à Slint (Todd Cook a joué de la basse pour eux). Petit rappel pour les non-initiés, les autres portent d’ores et déjà le groupe américain dans leurs cœurs et connaissent déjà leur pedigree sur le bout des doigts. Ce nouvel album restitue le groupe à son meilleur sur son terrain préféré : le live. Cet album a été enregistré en public dans leur fief du Kentucky et à Tokyo. Bilan des courses, un album sec, hargneux, brut mais de haute volée où ce qu’on aime dans le
genre (sonorités distordues, chansons qui vrillent, rupture de ton, tension retenue et lâché mélodique) trouve un point d’excellence (morays or demon, 75, Bad Eve, Axons and dendrites). Certains titres affleurent les abords du hardcore (quelque part entre Helmet et Shellac) avec des rythmiques en forme de voitures béliers (Antebellum, Do you remember the avenues). Le chanté-parlé habité de Mueller crée un curieux paradoxe entre cette musique agressive et son attitude calme, la musique n’en devient que plus forte. La musique parle souvent d’elle-même et c’est d’ailleurs avec un instrumental que Shipping News marque durablement les esprits. Le morceau nous rappelle que dans cette noise ainsi exécutée se trouvait déjà en germe ce qui fait la force du post-rock.
C’est bon un disque qui vous saisit.
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Denis Z.


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DD/MM/YYYY – Black Square
2010 – 12 titres – 35’

Style : Post-punk dadaïste
Label : Deleted Art / Differ-ant

Note : 7,5/10

Dans un premier temps, j’avais plains les animateurs de radio : un groupe avec un nom pareil, cela relève presque d’un défi aussi grand que désannoncer un titre de !!!. On peut faire simple et appeler ses Canadiens Day Month Year. Problème résolu. Finalement, celui qui est à plaindre, c’est bien le critique rock presse/webzine qui devra essayer par des phrases construites d’essayer de décrire la musique déconstruite de DD/MM/YYYY. Et d’admettre que l’on n’y arrivera pas totalement, à moins d’essayer de décortiquer sur des pages et des pages une musique faîte de paradoxes permanents, de vents contraires, de revirements brutaux et d’ouvertures de champs de vision à 360°. Les Canadiens sont changeants et d’ailleurs, sur scène, ils se plaisent à changer d’instruments à tout bout de champs et à faire constamment varier les versions live de leur morceau. On ne sait pas dès lors à quoi s’attendre et en live et en disque, la musique de DD/MM/YYYY ressemble à un happening. Bref, on se résoudra à n’évoquer qu’une maîtrise totale, qu’un état d’esprit général, une façon de vivre la musique qui ne les fera sans doute pas vivre mais dont beaucoup d’autres artistes pourront puiser à l’envi des idées et des façons de faire totalement décomplexées.
Au départ, DD/MM/YYYY vient du post-punk et de la noise. Je dis au départ car à l’arrivée, si on retrouve en majorité ces styles dans le disque, les Canadiens font exploser ce carcan. Comme en témoigne Birdtown, fanfare jazz particulièrement réussie. Le groupe cite aussi Franck Zappa comme influence majeure. Il s’annonce sur sa page myspace comme un groupe de zouk, ce qui est faux évidemment mais DD/MM/YYYY maîtrise aussi le secret de la rythmique dansante (Infiny skull cube irrésistible). On peut parler de « carambolage » car il y a un caractère violent dans cette manière d’appréhender la musique et de tout déconstruire, le groupe peut être bruitiste (avec sons électroniques devenus fous sur Lismer) et proposer des associations déroutantes. On peut parler de « partouze » car il y a un plaisir évident dans ces sons, voix, rythmiques, structures qui se mélangent avec la jouissance de se dire « tout est possible » et « ça fonctionne grave ». On peut parler de « collage » car la démarche de DD/MM/YYYY est éminemment artistique, dépassant même le cadre musical pour remettre au goût du jour une certaine idée du dadaïsme. La meilleure façon d’en parler, c’est de proposer d’aller écouter fissa un album hautement réjouissant.
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Denis Z.


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The Rambling Wheels – Furry Tales
2010 – 14 titres – 43’

Style : Rock
Label : Strong reaction / Socadisc

Note : 5,5/10

Le trio de Neufchâtel s’est fait connaître en remportant de nombreux tremplins, ce qui en écoutant Furry tales ne m’étonne pas. Enlevé voire musclé, fait de refrains catchy qui ruent dans les brancards, The Rambling Wheels ne pouvait que sortir du lot par le biais de la scène. Entre un rock trapu tendance Stereophonics ou des récents Band of Skulls et des moments plus pop tendance The Servant (avec renforts de claviers sur un Wild plein de peps), les Suisses n’inventent rien mais font bien le job. L’énergie est bien envoyée et les mélodies solidement charpentées (Not even stars entre synthés pop et guitares lourdes). Le groupe s’octroie quelques escapades acoustiques pas désagréables du tout (Hello blue eyes). Sailing away et son piano coquin est même une des bonne réussites pop : voilà bel et bien un titre rafraichissant et léger.
Dans le genre The Late night Stalker chanté en duo avec Jennifer Benson est pas mal non plus et fait souffler à coups de vibrato le vent d’un rock à l’ouest de Appalaches. Autant l’avouer, on s’ennuie quand même un peu à la fin : sans l’appui du son live et de l’image en mouvement de nos trois jeunes gaillards, la musique de Rambling Wheels évoquent sur disque plus un bon artisan qu’un réel artiste ayant su créer un univers personnel. Certains titres ressemblent même à de vieux standards rock des Who, mille fois entendues donc (Little monkey ; Mr Potato head on e’s, on ships on fire). A se demander pourquoi des gens si jeunes font une musique de vieux. Le disque parait presque trop long alors qu’il est pourtant d’une durée réglementaire. Avec le temps, Rambling Wheels finira peut-être par se libérer de ses trop présentes influences et à dépasser le niveau du bon savoir-faire.
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Denis Z.


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Elton Junk - Loophole
2010 – 11 titres – 45’

Style : rock/folk
Label : Forears / import

Note : 6/10

Le nom évoquerait une version déjantée d’Elton John. Mais le groupe Italien est bien loin de cela, de la star anglaise à moumoute et d’un quelconque groupe de fous furieux. Elton Junk est un groupe calme ne laissant sortir la bête du rock sur le final bruyant de The Beast called Rock and Roll. Dans sa musique, le groupe hésite entre le respect de grands anciens et le détournement à des fins personnels des formes classiques d’un certain folk/rock buriné. On pourrait les voir ainsi comme la version transalpine des Espagnols de Migala. En moins bon mais pas en inintéressant. Le groupe chante en italien et en anglais (avec fort accent) et s’inspire souvent de Nick Cave et même d’artistes plus classiques rock and folk comme Bruce Springsteen (All along the horizon tout en frémissement essaye de faire vibrer la même corde sensible qu’I’m on fire) ou Dire Straits le temps de la pochade Particular Skills
(leur Walk of life à eux, particulièrement éprouvant pour le coup). Sans le savoir, il rappelle aussi Louise Attaque avec un violon venant souvent distiller son vague à l’âme (Del Miele). Il y a de bons titres sur Loophole comme Al fiume où le groupe greffe sur une rythmique entêtante des guitares claires et un chant en italien naturellement lyrique. Il y a aussi le fin Leri ho mangiato la strada qui choisit une vision parallaxe pour distiller sa mélancolie. Sous-tendu par une trompette et un trombone, le titre fait mouche et traine derrière lui une profonde émotion. Sur Summer, Andrea Tabacco, chanteur-guitariste d’Elton Junk, endosse le costume du caméléon Jim Morrison : l’habit est quand même trop grand pour lui mais le morceau obsédant, changeant voire torturé marque néanmoins les esprits dans le bon sens. Un peu à l’image du disque, des moments réussis, d’autres moins.
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Denis Z.


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Miam Miam Monster & les Loved Drones – Femme plastique
2010 – 13 titres – 44’

Style : Blues/ garage rock/variété
Label : Freaks village record

Note : 5,5/10

Le nom ressemble à une blague. Belge en l’occurrence puisque Miam Miam Monster & the Loved drones est un groupe qui vient de Liège. Ce nom gag, derrière lequel nous retrouvons Benjamin Schoos, traduit bien la joie gourmande qu’à ce quintet à faire de la musique, un rock gai et salement entrainant fait avec le plus grand sérieux, lui. Il y a effectivement de la maîtrise derrière - Schoos en est à son 11e album - mais aussi un regard fixé dans le rétroviseur. Miam Miam Monster & les Loved drones n’est pas un groupe moderne et son album évoquera le rock 60’s, 70’s mis à la sauce francophone, une sorte de fourre-tout garage et débridé. Le projet est en soi casse-gueule, essayant de se faire une place entre rock, blues et variété.
En leur temps, Coutin (Femme plastique) ou Nino Ferrer avait réussi leur coup. Miam Miam Monster & the Loved drones s’en tire plutôt bien (j’ai dit Nino Ferrer et non Thierry Hazard). Mais le disque pèche parfois par un sentiment de déjà entendu comme J’aime la liberté qui fait plus que ressembler à Des attractions désastres de Daho, autre référence possible. Quant à Blues automatik, il essaye de mélanger le rock basique de Joan Jett avec le minimalisme de Kraftwerk, à moins que ce ne soit le Falco de Der Komissar. Longue carrière oblige, il y a là de nombreux invités : Marc Moulin, Marie France, Jacques Duvall ou encore Michel Moers (telex) venant mettre quelques claviers nébuleux sur Le pseudonyme ou Erotoman.
Disque sympathique, à défaut d'être indispensable.
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Denis Z.


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US Christmas – Run thick in the night
2010 – 13 titres – 76’

Style : Rock
Label : Neurot recordings / Differ-ant

Note : 8 /10

Avec US Christmas, c’est du lourd et même du très lourd ! Le premier morceau, In the night est une longue montée en puissance d’une durée de treize minutes où chaque frappe de batterie ressemble à une coup de semonce, où un escadron de guitares boueuses vient engluer l’horizon et où le chant ressemble les cris d’un loup blessé. On a connu plus light ! Le groupe originaire de Caroline du Nord a les tripes du blues et du désert rock ; une musique grasse qui colle aux basques et que l’on qualifierait de "terrestre" si le groupe par ailleurs n’entretenait pas un rapport particulier avec le psychédélisme. C’est là toute la particularité de USX de finir par produire un vrai trip par la durée même de morceaux qui installe un climat et par l’usage de claviers et même de thérémine sur certains de ses morceaux (Wolk in anareta).
Renseignement pris, il y a en avait plus (trop) sur leur album précédent. Run thick in the night trouve peut être le bon équilibre y compris entre un chant rare et de longues plages instrumentales de groupe ruminant à l’extrême son rock crasseux ; entre des envolées de guitares (Deep green) et des riffs terre à terre. Un violon se met aussi de la partie et finit par troubler les sens (Fonta Flora). Il y a donc d’un côté les forces telluriques et de l’autre la puissance cosmique et US Christmas au milieu, dans la zone de turbulences. L’album est long (en d’autres temps, cela aurait été un double vinyle) et la musique particulièrement dense, USX s’octroie des plages plus calmes, plus folk par essence : comme des pauses qui n’excluent pas l’apparition de certains fantômes (Ephraim in the stars) , des moments qui cherchent à retrouver une certaine pureté oubliée (The leonids). La voix de Nate Hall proche du timbre écorché de Gregg Dulli fait ici merveille. C’est fort et c’est bien, entre tripes et trip.
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Denis Z.


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Takka Takka - migration
2010 – 12 titres – 39’30

Style : Indie pop
Label : Lili is Pi Records/Mosaic

Note : 10/10

On ne va pas y aller par quatre chemins : cet album est une tuerie. Attention, pas le genre à débouler comme ça, avec force et puissance, affichant de manière ostentatoire sa grandeur et son talent. D’ailleurs, cet album a déjà deux ans et n’arrive qu’aujourd’hui en France. Migration est un sommet de subtilité, d’équilibres miraculeux et doit s’écouter maintes fois pour révéler l’intégralité de sa géniale alchimie. Le charme agite tout de suite néanmoins et Takka Takka touche autant les sens que l’intellect. De la biographie du groupe nous ne tirerons pas grand chose, sauf qu’en dépit de son nom, le groupe est bel et bien américain, originaire de Brooklyn précisément et qu’il sort là son deuxième album. Takka Takka fait une pop indépendante typiquement américaine, dessinant ses morceaux par touches impressionnistes pour obtenir un résultat justement touchant. Il y a là l’inspiration de groupes comme Clap Your hands say yeah ou The National, le groupe partant d’un sacro-saint guitare-basse-batterie pour y ajouter ensuite des claviers, des textures
et surtout un esprit inventif. Mais, et c’est ce qui fait toute l’originalité de Takka Takka, le groupe semble s’inspirer dans ses rythmiques du travail de Peter Gabriel. Là non plus, cela ne se fait pas dans la grandiloquence, les New Yorkais ne vont pas recruter les Tambours en Guinée ou chercher des pointures de l’afropop. Rien de cela, Takka Takka rajoute des petites rythmiques de guitare, donnant un groove miniature à sa pop, le jeu du batteur s’exprime dans une finesse de ton par syncopes, par contretemps. Les couches sonores s’accumulent, dans un subtil échange de fluide et le cœur de l’auditeur un tant soi peu sensible défaille aussitôt. On pourrait parler de l’irrésistible Silence, du solo de guitare joué à fleur de peau sur One foot in the well, de ce magnifique Change no change entre folk pastoral et slowcore, pour finalement se dire que tout titre de migration mériterait son florilège de superlatif. Tout pourrait se décortiquer tel un travail d’entomologiste musical. Mais pour un fois, prenons Takka Takka pour ce qu’il est en premier lieu : un groupe magique
Myspace
Denis Z.


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Electric Sunset -s/t
2010 – 9 titres – 32'

Style : Synthé pop
Label : K records / Differ-ant

Note : 7/10

On a pris l’habitude de s’intéresser de près à ce qui se passe du côté de K records, inspiré label d’Olympia passé maître en DIY (Tender Forever, the Blow, Kimia Dawson). Avec Electric Sunset, la structure trouve en la personne de Nick Zwert (ex membre Desolation Wilderness), un nouveau songwriter atypique. Le son produit par le jeune américain est pourtant sensiblement différent de celui de ses congénères de label : voix souvent vocodée, claviers ingénus période 80’s, programmations rêveuses, mélodies pop légèrement sucrées.
Voilà tout un monde de douceur un brin naïf chanté d’une voix délicate par Nick et écrit de manière un brin désuète. L’ensemble ne manque pas de charme et évoquerait le paradis perdu d’une enfance entourée de vieux synthés. Des guitares new waves pointent le bout de leur nez (à rapprocher de Jeremy Jay, autre artiste K record) mais le traitement cocooning ramène ces moments enlevés dans un camaïeu d’impression attendrie (Soda, relay, last night on earth). Bon disque quoiqu'un peu tendre.
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Denis Z.


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Young Gods – everybody knows
2010 – 10 titres – 50'

Style : Electro-rock
Label : Two Gentlemen / Differ-ant

Note : 7,5/10

Tout le monde le sait : Young Gods est une référence pour Mike Patton, Trent Reznor et Sonic Youth. Le quatuor Suisse, maître de la musique industrielle et du sample assassin, avait surpris son monde avec un album de reprises acoustiques qui plus est : le disque s’appelait Know on wood et regroupait des covers de Kurt Weill à Suicide. Avec everybody knows, Young Gods revient à ses premiers amours électrico-électroniques mais se sert de son expérience acoustique pour sortir son album le plus mature. Dans ses précédents disques, la matière précédait le trait et la puissance d’un Tv Sky ou d’un Kissing the sun venait surtout d’un son emplissant tout l’espace et emportant tout sur son passage. Exception faite du tribal Tenter le village, Young Gods est aujourd’hui un groupe assagi, presque rêveur parfois (Blooming) ; en tout cas, plus sûr de lui et de son talent. Dans sa nouvelle formule, la composition se fait visiblement à la guitare avant d’être agrémentée des habituels samples et machines.
Un peu comme le travail de dépouillement initié sur Know on wood mais ornementé après coup du son propre aux bouillonnants Young Gods. Initialement (en tout cas en termes d’écriture et de mélodie), les chansons ressemblent à du Jimi Hendricks échevelé (No land’s man), à un folk un brin hippie (Mr Sunshine) ou à du Depeche Mode bluesy (Introducing). Le rendu définitif est évidemment très loin de ça et dans sa manière de remplir l’espace, de mélanger samples et boucles répétitives, la musique des Suisses devient dès lors hypnotiques. D’autant plus quand des arabesques orientalistes viennent se greffer par-dessus cet amoncèlement de strates sonores (Aux anges). Le groupe a aussi la faculté de créer des ambiances aquatiques qui s’immiscent partout et sèment le trouble (Once again, peut-être le meilleur titre de l’album). On pourrait rapprocher leur travail de Martin Gore en solo, revenant aux racines de sa musique tout en gardant des arrangements synthétiques. Le signe d’un nouveau départ ? En tout cas, on les suit dans l’aventure.
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Denis Z.


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Hellsongs – Minor Misdemeanors
2010 – 10 titres – 50'

Style : Pop
Label : Tapete records / Differ-ant

Note : 7/10

Chez nous, Nouvelle Vague reprend le répertoire new wave version bossa nova. Gros carton mondial. En Suède, Hellsongs reprend quelques classiques du métal et du hard rock version pop. Le succès sera-t-il au rendez vous ? Qui sait…En tout cas, ce trio suédois originaire de Göteborg a trouvé un bon moyen de faire parler de lui, le disque ne pouvant interpeller que les amateurs de musique à poignets de force et gros murs de Marshall. Il ne plaire également qu’aux fans de pop harmoniquement irréprochable. Si l’on compte bien, cela fait du monde. Le talent de Hellsongs fait que la qualité et l’intérêt du disque vont au delà du simple exercice de style dont le groupe a fait sa marque de fabrique (sur le précédent album, Hellsongs reprenait déjà des standards du métal). Il y a donc Pantera, Slayer, AC DC, Judas Priest …mais il y a surtout Hellsongs. Les Suédois appartiennent à la même race d’artistes que The Bird and The Bee, Diving with Andy, The Postmarks, partisans d’une pop mélodique composée à l’ancienne avec piano, guitare voire avec l’aide de cuivres (School’s out d’Alice Cooper).
Dans l’esprit, Hellsongs n’est pas loin de Joni Mitchell, un peu jazz, un peu folk, un peu variété internationale. Emmené par une formidable chanteuse pouvant aller de la voix blanche à des intonations soul, le trio ne fait pas sa révolution pop au détriment des originaux : il révèle d’une part la qualité mélodique des originaux mais n’en dénaturent pas la substance profonde. Welcome to the Jungle des Guns’N Roses ou Sin city d’AC DC restent ce qu’ils sont en vérité, deux blues. Le travail de Hellsongs est bien sûr d’harmoniser tout, d’éclaircir et non noyer tout ça dans un déluge de guitares et un chant rocailleux. A ce titre, c’est peut-être Rubicon Crossings qui touche le plus : un titre tout simple à la mélodie très pure. Mais de qui donc est cette reprise ? Qui donc a pu écrire cette perle ? La réponse est Kallie Karlsson…membre de Hellsongs. Comme quoi, à terme ce groupe devrait écrire ses propres chansons. En attendant, enjoy !
Myspace
Denis Z.


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I Like Trains – He Who Saw The Deep
2010 - 11 titres – 49’56
Style : Rock
Label : Talitres / Differ-ant


Note : 8/10

L’occasion nous avait déjà été donnée par le label Talitres d’apprécier la teinte en clair obscur de Ia musique d’I LikeTrains il y a quelques années. He who saw the deep, le nouvel album de ce groupe basé à Leeds, en Angleterre, nous offre une seconde occasion d’en apprécier les contours lumineux.
Inspiré au départ par des sons post rock, tels que God Speed You Black Emperor… ou Sigur Ros, pour lesquels le groupe ne cache pas son gout, I LikeTrains s’oriente pourtant clairement vers une musique plus sombre et plus aseptisée. Sur ce second album, il n’est pas rare de penser à la voix de Matt Berninger et au son aussi sombre et lumineux de The National. La tension palpable à chaque titre, sur le fil du rasoir, n’attend qu’une occasion pour se transformer en tempête. Pour exemple, We Saw The Deep, tout en progression, nous livre une mélodie porté d’abord par une guitare discrète et une voix crispée, avant de laisser place aux déferlantes de multiples cordes arrivées d’on ne sait où. Il en est de même sur le long Sea of Regrets, dont le groupe a osé en faire un single de… 8 minutes 05… Un must.

On a pu voir le groupe en premier partie de groupes inspirés par la même noirceur introspective, tels que The Sisters of Mercy ou Editors. On pourrait aussi bien les retrouver en compagnie d’Interpol, n’en doutons pas…
En attendant, les voici armés d’un second album, auquel on peut ajouter les deux EP, sortis respectivement en 2006 et 2008, prêt à en découdre de nouveau avec les scènes européennes.
Petite critique, tout de même, une couverture trop blanche, et sans trop de personnalité, qui risque de desservir le groupe dans les magasins de disque. Mais, on ne peut pas être bon partout… Alors, plongeons nous plutôt dans les premiers singles de ce nouvel opus, A Father’s Son et l’interminable Sea of Regrets et laissons-nous sombrer dans une douce mélancolie léthargique, à compter des moutons électriques…

Site officiel/Myspace

Mike S.


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Suuns – Zeroes QC
2010 – 10 titres – 37’50

Style : Rock vs Expérimental
Label : Secretly Canadian / Differ-ant

Note : 8/10

Avec Suuns, le label américain Secretly Canadian n’a jamais aussi bien porté son nom. Le groupe Montréalais est un nouveau trésor caché comme le Canada semble en avoir le secret. Avec Zeroes QC, le groupe oscille en permanence entre indie rock et expérimentations, entre guitares et claviers, entre énergie séminale et mélodie hypnotique. Tout l’art de Suuns consiste à sillonner sans cesse le chemin particulier qu’il a lui même tracé, choisissant de s’arrêter parfois plus du côté de l’indie rock à guitares séminales (Gaze, sacrée claque) et parfois carrément du côté d’une électronique expérimentale hypnotique (Pie IX).
Là, où peut être le groupe est le plus intéressant, c’est quand il choisit de s’arrêter au milieu et de faire cohabiter les deux tendances dans des morceaux étranges comme Up past the nursery, blues entêtant et répétitif distillé à fleur de peau où le malaise s’immisce lentement. Plus fort encore, Armed for peace témoigne de la double culture de Suuns : au début, on est dans le synthétique pur et dur avec sons distordus de Kaossilator, Monotrons et MPC, pour voir apparaître ensuite guitare, basse et batterie pour ce qui reste un des meilleurs exemples de rock moderne et carnassier. Ils sont décidemment forts ces Canadiens.
Myspace
Denis Z.


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Mintzkov – Rising Sun, Setting Sun
2010 – 12 titres – 46’14
Style : Rock
Label : Volvox Music


Note : 8/10

3e album, si je ne me trompe pour les belges auteurs de deux premiers albums terriblement prometteurs. Confirmation de tout le bien que l’on pensait ici, d’ailleurs, avec ce 3e opus, qui nous livre un univers pop rock des plus lumineux de l’année. Moins marqué par le duo vocal que le chanteur exerçait avec sa choriste, ce nouvel album se concentre sur la mélodicité de ces balades ensorcelantes – accentuée par un clavier de plus en plus présent - et bien sûr, sur ce timbre de voix, qui depuis le début nous rappelle celle de Tom Barman, dans une forme d’identité nationale, cher à notre président, et si peu pertinent pourtant actuellement dans le paysage politique et culturel de la Flandres et de la Wallonie. Une belle leçon donc qui nous vient de ce bouillon de culture qu’est la musique belge. Philip Bosschaerts a d’ailleurs joué les back vocalists de Deus lors de leur dernier album.
L’album baptisé Rising sun, Setting sun, est composé de 10 titres, auxquels s’adjoignent 2 bonus tracks dont un titre terriblement surprenant et déjà totalement indispensable, à savoir une reprise pop rock de Andy des Rita Mitsouko. Le titre conduit le groupe à repenser sa musique à sa portion la plus minimaliste, ne laissant au final qu’une guitare lead et un fond de batterie électronique. Mais peut-on y voir déjà une sorte d’ouverture pour le prochain album ? Qui sait… Le second bonus track est le single Violetta sorti entre les deux albums.

Quoi qu’il en soit, et en dehors de cet exercice de style des plus réussis, le groupe continue à balancer du son, ces fameuses nappes de guitares qui ont tendance à faire fondre dans la masse les belles mélodies du groupe, laissant dominer la voix de Philip, une fois encore. Le groupe ne s’y trompe, cette voix est leur plus beau joyau.
Signe d’un succès grandissant, ce troisième album de Mintzkov sort dans la plupart des pays européen en même temps. Et il est produit par Jagz Kooner, producteur déjà cité sur des albums de Kasabian, Primal Scream ou New Order, trois groupes particulièrement connus pour leurs mélodies et leurs jeux de guitares démultipliés. Pas d’erreur, Mintzkov appartient bien à ce club très restreint et très appréciable.
Parions donc, sans prendre de grands risques, que Mintzkov devrait très vite sortir de cette image de petit groupe prometteur pour endosser celle de poids lourd du rock européen. Fini pour eux, les petits clubs tels que le Nouveau Casino, à peine remplis, au profit de belles grandes salles du type du Zénith, dans lesquelles, la musique du groupe devrait prendre toute sa dimension, à l’instar de quelques compatriotes comme Ghinzu. Le nouvel album de Mintzkov s’écoute en boucle, tout simplement ! Laissez-vous réchauffer par la chaleur et la magie de leur soleil aveuglant !

Myspace/ Site

Mike S.


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Midnight Juggernauts – The Crystal Axis 2010 – 12 titres – 50'
Style : Electro-pop
Label : ADA / Naïve

Note : 8/10

Comme fait de gloire claironné ça et là, l’intérêt pour ne pas dire la passion qu’entretiennent Daft Punk et Justice à l’égard de Midnight Juggernauts. Un détail qui sert de porte d’entrée chez nous et qui donnera envie à certains d’aller écouter The Crystal Axis. Tant mieux. Pourtant ne nous trompons pas, associer Midnight Juggernauts à nos deux stars françaises serait pour le moins réducteur. Bien que ces Australiens vivent la tête en bas, ce groupe ne marche pourtant pas sur la tête. Car en plus d’être des façonneurs de son, le trio est surtout un artisan de bonnes mélodies : dans leur cas, les mots « electro » et « pop » sont d’égale importance. Justice tord crânement la forme mais ne s’intéresse au fond ; Daft Punk tend et module le fil sonore dans le but de créer une spirale dansante ; Midnight Juggernauts fait surtout des popsongs riches et complexes. Sur l’introductif et instrumental Induco, le groupe montre les forces sonores en présence,l’attirail de synthés avec lequel il faudra compter (pour une son proche de John Carpenter revisité par Zombie Zombie).
Cette mise au point étant faîte, les Australiens peuvent dérouler une succession de refrains accrocheurs et de riches harmonies, là où se trouve le vrai talent des Australiens. Ces popsongs, entre passé (réminiscence 70 et 80’s) et futur (un assemblage de couches résolument moderne) n’excluent pas des moments hypnotiques qui convient au démon de la danse (Lara Versus the savage pack), des débuts soyeux et des fins organiques avec une guitare qui ne l’est pas moins (The Great beyond), un tribalisme synthétique qui rythme une mélancolie d’humeur (Virago). La palette de Midnight Juggernauts est finalement plus hybride et plus riche qu’il n’y parait avec une guitare électrique trouvant ici une place de choix (Dynasty). On se plonge dans The Crystal axis non sans une certaine délectation, heureux de découvrir un sacré relief derrière l’écran de fumée des claviers. Ce groupe mérite donc un succès aussi important – quoique différent - que Daft Punk. Cela ne serait que justice.
Myspace
Denis Z.


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Small Black – New Chain
2010 – 10 titres – 34'

Style : Synthé-pop
Label : Jagjaguwar / Differ-ant

Note : 8/10

Les New Yorkais de Small Black arrivent à point nommé pour devenir top branché voire même pour être populaire. Un point positif qui peut se transformer en poisse pour le groupe. Il faut dire que MGMT est passé par là devenant les rois du monde de la planète indie pop. La musique de Small Black fera immanquablement pensée à ce phénomène du moment. Les ingrédients sont sensiblement les mêmes : des synthés au goût 80’s, un esprit psychédélique, un travail de collage qui n’occulte pas les mélodies, au contraire même qui les fait ressortir, des voix filtrées mises en retrait et une production lofi. On aurait tort de ranger tout de suite les quatre Small Black (2 synthés, une basse,
une batterie) dans la case « suiveur de » car New Chain est un album qui force le respect. Passés le bon Camouflage aux sonorités un peu téléphoné (le morceau est quand même bon) ou le médiocre Search Party (synthé pop 80’s sans option), le reste de l’album est un florilège de titres charmeurs et rêveurs : huit titres et autant de constructions ingénieuses aux mélodies superposées qui vous titillent les sens. Avec ou sans MGMT en ligne de mire, ces Small Black ont déjà l’allure d’un grand groupe.
Myspace
Denis Z.


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Ulan Bator – Tohu Bohu
2010 – 10 titres – 40'

Style : Rock
Label : Acid Cobra records

Note : 8/10

Lu sur la page Wikipedia : « (Ulan Bator) est un groupe qui n’a jamais connu un franc succès ». On peut sincèrement le regretter, on peut se dire « et pour cause ! » Le groupe à géométrie variable autour de son leader Amaury Cambuzat a préféré sans le vouloir le statut d’artiste culte à celui de machine à succès. « Sans le vouloir » car Ulan Bator a toujours fait la musique qui lui plaisait, sans calcul pourrait-on ajouter. « Culte » avec comme preuve la liste des artistes reconnus ayant côtoyé le groupe : Faust, Michael Gira de Swans ou Robin Guthrie de Cocteau Twins, producteur de Nouvel air. Peu peuvent se vanter d’un tel trio. Aujourd’hui dans Ulan Bator, il y a l’Anglais James Johnston (Gallon Drunk, Lydia Lunch, un des Bad Seeds), le Français Stéphane Pigneul (Object, Heligoland) et l’Italien Alessio Gioffredi. Ulan Bator est bel et bien un groupe Européen dont la musique est aussi originale que son choix de nom. D’ailleurs, l’album le moins réussi du groupe est peut-être celui qui est le plus facilement qualifiable : Nouvel Air justement, fortement empreint de la personnalité de son producteur. Avec Tohu Bohu, on est bel et bien chez Ulan Bator, dans une musique arpentant un chemin bien spécifique et connu d’eux seuls ou presque. Ulan Bator fait dans la noise, un rock rêche avec une basse mise en avant, une batterie lourde et quelques dissonances de guitare aux entournures. Ça bastonne mais avec modération (l’addictif Missy and the saviour est paradoxalement le morceau le plus
accessible du disque) ; ça part en vrille mais modérément (Tohu Bohu, totalement free, est un brin caricatural). Ulan Bator propose le plus souvent des climats d’entre d’eux, comme des moments de préparation à la guerre et de calme retrouvé après la bataille. Des avants et des après en somme, avec les parties sanglantes et la barbarie déboutées hors du disque (notamment dans le tableau « End of days » de Norbert H Kox qui orne le boîtier intérieur). Restent donc les atmosphères troubles gorgées de tension où les fulgurances de beauté ne sont pas à exclure. Comme exemple évident, on pourrait citer l’intermède R1336A1 avec arpèges lumineux de guitare et accords mineurs au Fender Rhodes. Mais les deux éléments, tension et beauté, qui seraient ailleurs antinomiques cohabitent en permanence au sein d’un même morceau dans un pas de danse désabusé et touchant (Speakerine). Le magnifique Mister Perfect, titre perfect de l’album, nous laisse carrément sans voix et révèle des sommets d’émotion en creux. Depuis Diabologum, on sait que la France peut conjuguer noise et français et que même le caractère atone de notre langue peut apporter un plus au genre. On suit donc précisément les mots de Cambuzat dans un chanté parlé au charisme proche de Bashung (Regicide). D’ailleurs, on pourrait affirmer que Ulan Bator doit autant à l’auteur de L’imprudence qu’à Shellac ou Fugazi. Drôle de mélange qui fait de ce Tohu Bohu un album essentiel.
Le disque sur CD1D
Denis Z.


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The Blue Angel Lounge - Narcotica
2010 – 11 titres – 44'40

Style : Shoegazing / Psyché / Gothic
Label : 8MM Musik / Cargo

Note : 7/10

Le rock a souvent joué sur la répétition d’un motif, sur des guitares obsédantes et des rythmiques hypnotiques. Le duo allemand The Blue Angel Lounge (nom donné en hommage à un club New Yorkais où débuta Nico) joue à fond cette carte et distille cette énergie monocorde sur laquelle viennent se greffer des éléments mélodiques en électron libre. Le chant est incantatoire ou désincarné, c’est selon. Ce qui est étonnant, c’est le parti pris d’arrangements adoptés : TBAL combine les effets du shoegazing avec des accords de guitares et des percussions psychédéliques.
Le groupe touche au tribalisme version new wave (Corona) affleurant même les contours du gothic (Delete my ideals). TBAL brouille dès lors les pistes spatiales et l’auditeur ne sait plus très bien s’il se trouve dans la folie de la jungle en territoire viet-min ou égaré dans les bas fonds en quête d’une soirée décadente. Narcotica est bien le genre d’album à la fois brillant et à la limite mauvais goût à cause de sa posture affectée. Il peut envoûter ou irriter. Personnellement, je me suis laissé séduire. A vous de voir.
Site
Denis Z.


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The Poison Arrows – Newfound resolutions
2010 – 14 titres – 70'

Style : Noise Rock
Label : File 13

Note : 8/10

Revoilà The Poison Arrows, groupe américain formé d’anciens membres de Don Caballero et de Atombompocketknife. On les avait découverts particulièrement à l’aise dans une noise urbaine proche de Girls against Boys. On les retrouve avec un deuxième album particulièrement ambitieux de part sa durée (1h10 soit l’équivalent d’un double album), de part ses invités (des membres de Black Heart Procession, Electrelane, Disappears…) de part sa musique elle-même. L’album est dense et complexe, amalgamant guitares et claviers et mettant en avant une rythmique brillante avec une basse qui tricote. Ce groupe a la technicité et le niveau pour faire du math rock mais reste toujours à la porte d’une trop grande virtuosité qui deviendrait stérile.
De prime abord, la musique est répétitive, obsédante mais à partir de ce substrat, le groupe rajoute des couches, nuance son propos, fait évoluer ses morceaux. Les titres sont longs et le chant rare, ce qui permet de tisser des atmosphères fortes héritées d’un post-rock. Une touche d’expérimentation dans les textures (Popular look fait dans l’électronique minimaliste et indus tendance NIN) et il n’en faut pas plus pour voir en Poison Arrows, un groupe moderne. Plus importante, la mélancolie transparaît pourtant dans les fêlures que les Américains laissent poindre dans une inflexion de la voix ou un accord de guitares. Les synthés souvent cold wave y sont aussi pour beaucoup. Ce spleen profond naît de cette force supposée ; ce qui montre à quel point Poison Arrows est un groupe subtil.
Site
Denis Z.


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Mike S.


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