A la Une : L’Avenir du Déprimé français, par Sophie Bialek et Pierre Sidon
(Extrait)
« Si toutes les dépressions se ressemblent,
il n’y a pas deux déprimés pareils. »
Yvon Pelicier
Depuis plusieurs mois, à l’initiative
de la Fédération française de psychiatrie, l’écriture
d’un nouveau Livre Blanc de psychiatrie est en cours d’élaboration.
Il s’agit, nous explique-t-on, « de faire état de la
place et du rôle de notre discipline dans le champ de la santé
et de choisir collectivement les éléments fondamentaux qui
déterminent l’exercice de la psychiatrie dans les prochaines
années ». La FFP invite donc à un « vrai débat
» auquel tous les psychiatres sont conviés pour exprimer leur
point de vue. À des fins d’enquête, la FFP diffuse sur
son site Internet plusieurs questionnaires préalables extrêmement
détaillés, portant sur les bases mêmes du métier
de psychiatre : son objet, ses théories, ses moyens, ses méthodes
et les conditions de son avenir. Un débat public s’est déroulé
les 15 et 16 mars derniers à la Pitié-Salpêtrière.
Saluons comme il convient cette initiative démocratique, pourtant
qui détonne dans le milieu médical, et espérons qu’elle
soit le prélude à une table rase ô combien justifiée
par les impasses actuelles de la profession. Toutefois, l’inquiétude
est de mise. Ici on va débattre, là-bas des options fondamentales
ont déjà été décidées. Que s’est-il
passé en effet ? Tandis que se discutait âprement à
ciel ouvert le Rapport de Mission des Docteurs Piel et Roelandt, officiellement
commandé par les Ministères de tutelle en juillet 2000 et
publié en juillet 2001, un second Rapport, émanant d’un
groupe d’experts coordonné par le Professeur P.-J. Parquet
connaissait un tout autre sort. Ce rapport, intitulé « Itinéraire
des déprimés — Réflexion sur leurs trajectoires
en France » et diffusé à partir de janvier 2001, parvenait
sur le bureau du Ministre, sans avoir fait l’objet d’aucune
concertation ni d’aucun débat. Or, ses propositions et ses
conclusions sont intégralement reprises dans le Plan ministériel
de Santé mentale publié en novembre 2001, en vue de leur mise
en application immédiate dès le premier trimestre 2002.
De quoi s’agit-il ? Ni plus ni moins de la liquidation à terme
de la discipline par la mise en œuvre d’une politique de «
transfert de compétence » : « L’offre de soins
en France est abondante — on est à l’acmé du nombre
de psychiatres mais cela ne durera pas. L’accès au psychiatre
sera moins aisé, tout comme l’accès à tous les
spécialistes ou au moins à bon nombre d’entre eux. Donc,
il y aura nécessairement un transfert de compétences. »
En effet, le nombre de psychiatres, jugulé depuis plusieurs années
par un numerus clausus drastique, s’il est actuellement à son
acmé, est à présent en passe de tomber en chute libre.
Le Rapport Parquet prend donc le parti d’anticiper la réduction
à venir du nombre de psychiatres : son projet consiste à promouvoir
auprès des médecins généralistes « un
programme d’éducation complet en deux fois deux jours »
, visant à leur apprendre à reconnaître et à
traiter « la maladie dépressive », considérée
comme la maladie en pleine expansion (elle serait dix fois plus fréquente
que « les schizophrénies ») et pourtant sous-diagnostiquée
et non ou mal traitée.
(...)

n° 3
L’avenir du déprimé français, par Sophie Bialek et Pierre Sidon
Shadeed Garmi, par Catherine Clément
Épuisement de la transgression, par Serge Cottet
Le montage chez Brian de Palma (1ère partie), par Anne-Sophie Janus
Mother Fuckers, par Gérard Wajcman
Un nouvel amour courtois, par François Regnault
Deux livres, une erre, par Nathalie Georges
En réponse à Françoise Giroud :
- L’heure de l'autorité, par François Leguil
- Un enfant incroyant, par Véronique Mariage
- L’autorité et la subversion créatrice, par Philippe Lacadée
La honte et la haine de soi, par Éric Laurent
