A la Une : Que vaut le roman français ? par Natacha Michel

(Extrait)


De deux choses l’une : ou chacun marche derrière le corbillard de son épaisse existence, ou quelques cigales lucides servent de bornes kilométriques.
Pour en venir à l'écrit, la France est-elle au bord du vide ?
Tout penche, mais pourtant sans tomber. Ranimer le tambour d'où giclèrent des versions nouvelles ? Inutile ? Qui songe aux avant-gardes : ou bien reconverties, dans la très jeune poésie, en règne de la technique (coupe, remontage de journaux, fonction plasticienne jouant sur de l'écrit), ou bien désormais caduques, elles qui s'exceptaient de la littérature en s'autoproclamant son au-delà ? Il n'y a pas d'au-delà, qu'il soit pot terrestre ou céleste cruche. Il n'y a que la littérature. Je parle ici du roman, acceptant par commodité et non par conviction que la poésie s'en excepte.
J’aime le roman, pas son campement de pitres. Les romans que d'autres écrivent, et les miens d'être des romans. Je tiens que c’est lui, ces jours-ci, qui pose les grandes questions de la littérature. Par exemple, la question de la langue : celle du roman recopie-t-elle l’orale, faisant de ce qui s’écrit une langue morte ? Ou le roman prouve-t-il que le français, singulier en cela, est la langue qui se parle comme elle s’écrit, langue unique en somme ? J’aime que les romans logent en eux un intransmissible littéraire, que, pente plus raide que les autres pentes, leur première page crée une rupture avec tout le connu (les romans sont différentiels et non référentiels). J’aime qu’ils possèdent une fin et un commencement (le roman commence et finit), et qu’entre les deux existe un irréversible, par lequel les « il y a », inventés par le roman, deviennent « ce qu’il y avait à dire ». Et surtout, qu’allant d’un début vers une fin, il se meuve dans un temps compté, contrainte formelle mais pas formalisme (Oulipo), offrant au débat une autre définition du prosaïsme. Le prosaïsme ne consiste plus dans ce qui différencie la prose du vers, n’est plus ce à quoi fait défaut le nombre, mais l’écrit où le temps est compté. Alors, la prose, enfin libre, ne porte plus les pantoufles que monsieur Jourdain réclamait à Nicole… Et caetera, ce que vous voulez. Mais dans le roman, quelque chose compte.

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n° 5

Que vaut le roman français ?, par Natacha Michel

L’œuvre étrange de Tamara Kohl, par Gérard Wajcman

Clinique de la misère, par Serge Cottet

La dame blanche, par François Regnault

Chambres noires, par Anne-Sophie Janus

La relique, le palimpseste…, par Nathalie Georges

Les Jobs du Nouvel Hobbes, par Éric Laurent

L’Entretien : Brigitte Jaques-Wajcman

L’Agenda du Globe, par Catherine Clément

Le Journal d’Eusèbe, par J.-A. Miller