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Entretien avec Mme X., médecin scolaire à Longjumeau (91)
Janvier 2004
Comment définiriez-vous la prévention dans votre pratique professionnelle ? Le médecin scolaire a une mission impossible : veiller sur la santé d’une population enfantine scolarisée depuis la grande section de maternelle (avant c’est la PMI) jusqu’au bac. Le médecin scolaire constitue une interface entre les jeunes, le monde de la santé, le monde de l’enseignement et la famille. Les missions concernent la santé dans son sens le plus large, et sont amplifiées par la jeunesse du public ; les enjeux de la prévention sont à cet âge énormes : promouvoir la santé physique et mentale, contribuer à l’équilibre et à l’épanouissement, assurer une bonne insertion dans l’école, favoriser l’intégration scolaire des jeunes handicapés et malades chroniques, participer à al protection de l’enfance en danger, prévention des problèmes psychosociaux de la jeunesse, prévention de l’échec scolaire (dépistage des troubles), des difficultés relationnelles, lutter contre le mal être, promouvoir l’action en faveur de l’hygiène, de la sécurité, de la diététique des jeunes et des enfants, faciliter l’accès aux soins, favoriser les campagnes de prévention, etc. Mais cette prévention, collective vis à vis de toute une population locale se double des mêmes missions de prévention mais sur le plan individuel, en suivant chaque enfant à des moments clefs de sa croissance et de sa scolarité. Le médecin scolaire s’occupe ainsi des dérogations individuelles, de l’aide à l’orientation professionnelle, au choix des spécialités adapté (pas d’électrotechnique pour une personne qui ne perçoit pas toutes les couleurs...), porte une attention aux élèves en difficulté. Le terrain de ces actions est multiple ; un médecin scolaire s’occupe en moyenne de plus de 6000 enfants, c’est à dire de nombreuses écoles primaires et maternelles, les collèges, les lycées généraux et techniques. C’est donc un praticien nomade qui assure ici et là quelques permanences que l’on tente de joindre en laissant un peu partout des messages ; dans la plupart des établissements, le médecin scolaire n’a pas de locaux propres ; il consulte dans un bureau, une salle de classe, etc. En plus de tout ce travail "face aux enfants ou aux familles", le médecin scolaire voit se concentrer sur lui des tâches administratives de plus en plus lourdes qui prennent une part essentielle de son emploi du temps : activités de sièges dans toutes les commissions concernant la signalement, l’orientation spécialisée des élèves en difficulté. C’est une part énorme, qui suppose au minimum que le médecin ait au moins rencontré une fois l’enfant en question en vue de cette réunion. Quels sont les problèmes en tout genre (moyens, temps, partenariats, hiérarchie, rapport au public etc.) auxquels vous êtes confrontés pour ce travail de prévention ? Les problèmes en matière de mise en pratique d’une réelle politique de prévention On le comprend ; la difficulté majeure, al faiblesse du dispositif est la stupéfiante rareté du médecin scolaire (un médecin, et une infirmière pour 6000 élèves) ; de ce fait, le médecin scolaire est souvent réduit par l’administration à un rôle de "signature", de "représentation" et ne peut que très difficilement réaliser un suivi, ou se rendre disponible pour des actions préventives. A ce problème majeur, s’ajoutent des difficultés qui y sont liées : peu présent, le médecin scolaire, est mal reconnu, y compris par les enseignants, et les familles qui ne comprennent pas toujours bien son rôle et sa position (il ne prescrit pas et propose une interface avec le médecin de famille) ; de fait, dans les conditions de travail sont souvent difficiles dans un certain nombre d’établissements. Le médecin scolaire est souvent également le témoin impuissant de nombreuses autres carences : manque de places dan les établissements spécialisés, délais imposés outrageusement courts pour orienter les enfants, décider en milieu d’année de leur orientation spécialisée, etc. Enfin, le médecin scolaire n’a pratiquement pas de temps pour assurer ce qui a probablement le plus d’importance ; prendre place aux cités de l’équipe éducative pour contribuer à l’acceptation et à l’accompagnement des élèves en difficulté (les difficultés des enfants comportent toujours une dimension physique). De ce point de vue, les projets de décentralisation des personnels médico-sociaux posent de façon plus abrupte encore cette notion de partenariat qu’il est d’autant plus difficile de défendre que, dans la réalité, elle est déjà le plus souvent bâclée, par manque de moyens et de volonté assumée. De quoi auriez-vous besoin pour mieux ou davantage de prévention ? Les propositions sont donc sans surprise de développer le nombre de médecins scolaires et de leur permettre de trouver une vraie place dans les équipes éducatives, contribuant ainsi ces équipes à adopter un regard plus complet et pluridisciplinaire sur l’enfant. Entretien réalisé par Laurent OTT pour CLARIS |