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Entretien avec Mme X : assistante sociale en polyvalence de secteur sur un quartier sensible
11 ans d’expérience - Janvier 2004
Comment définiriez-vous la prévention dans votre pratique professionnelle ? Parler de prévention, dans ma pratique professionnelle revient à la possibilité de pouvoir intervenir en amont, avant que la personne soit confrontée à une situation de risque : danger dans le cadre de l’enfance, expulsion dans le cadre des impayés de loyers, etc.. La prévention se situe à plusieurs niveaux, primaire, secondaire et tertiaire. En tant qu’assistante sociale polyvalente de secteur, j’interviens dans le cadre de l’aide globale à la personne (enfant à naître jusqu’à la personne âgée), malheureusement je ne peux pas dire que je m’inscrit dans le premier niveau, la démarche de DSL (développement social local) qui s’engage actuellement pourrait y tendre. La priorité étant mise sur l’accueil de la population, je me situe plutôt dans les deux autres niveaux, les personnes qui nous contactent sont déjà confrontées à une difficulté ou une situation sociale insatisfaisante, aussi en fonction du problème exprimé ou latent, un travail d’accompagnement social possible dès lors qu’une relation de confiance s’est établie, se met en place. Ce travail consiste à faire prendre conscience aux personnes de leurs difficultés mais aussi et avant tout de leurs potentiels, de les soutenir par l’écoute, la valorisation en utilisant les dispositifs mis en place. Cela peut se faire dans le cadre de la protection de l’enfance, du logement ou de l’insertion professionnelle, plus globalement de l’insertion (vie sociale, familiale etc.). La prévention des expulsions se fait à différents niveaux : En ce qui concerne la protection de l’enfance, un réel travail partenarial tant avec les écoles (RASED, enseignants, infirmières, médecins etc.) que les médecins généralistes, les centres sociaux etc. permet de proposer aux familles un soutien dans un cadre administratif (action éducative en milieu ouvert, intervention d’une technicienne d’intervention sociale et familiale...). Quels sont les problèmes en tout genre (moyens, temps, partenariats, hiérarchie, rapport au public etc.) auxquels vous êtes confrontés pour ce travail de prévention ? A lecture de cette question c’est avant tout le terme de temps qui me vient... Pourquoi ? J’en reviendrais à la priorité qui est mise sur l’accueil, accueillir oui mais pas n’importe comment, lorsque l’on reçoit plus de 12 personnes en une matinée dans le cadre d’une permanence sociale, que l’on voit la salle d’attente se remplir , quelle écoute, quelle évaluation pouvons nous faire de la situation des personnes, car le travail de prévention reviendrait à prendre en compte la personne dans sa globalité et pas simplement répondre à sa demande, sauf que parfois et trop souvent à mon sens par manque de temps, les assistantes sociales se cantonnent à répondre à la demande (une aide financière, un dossier de RMI, un dossier FSL, etc.). Pour faire un travail de prévention il ne faudrait pas s’arrêter au symptôme mais bien à la cause, et pour cela il faut pouvoir faire un travail d’accompagnement social qui se fait soit, mais pas pour tous. En ce qui concerne le partenariat, c’est l’intervention sur un secteur depuis plusieurs années, la connaissance des différents intervenants qui permettent un réel travail partenarial dans l’intérêt des personnes, que ce soit dans le domaine de l’insertion professionnelle (ANPE, Mission locale, Associations...) que ce soit dans le domaine du logement (bailleurs, mairies, sous préfecture, Caf etc.), dans le domaine de la protection de l’enfance (éducation nationale, club de prévention,...) En ce qui concerne la hiérarchie, elle se cantonne à appliquer la politique départementale définie, soit la priorité mise sur l’accueil (la preuve en est, c’est le seul élément statistique sollicité, le nombre de personnes accueillies, la quantité... la qualité... pas trop d’intérêt). Depuis peu, notre institution nous demande de mettre en place œuvre une approche DSL, nous bénéficions d’ailleurs d’une formation action depuis peu. Le problème qui se pose c’est que bien que la volonté de s’engager dans cette dynamique soit bien présente, il est difficile de s’y investir pleinement au vu de la charge de travail dans la gestion de nos secteurs. De quoi auriez-vous besoin pour mieux ou davantage de prévention ? Je pense que ce qui pourrait permettre de faire un réel travail de prévention c’est une réelle prise de conscience des politiques de la réalité de terrain, d’avoir une vision vraie de notre travail au quotidien. Je crois que la démarche DSL qui s’impulse sur l’ensemble du territoire devrait permettre un travail de prévention, en associant les habitants, et construire les solutions avec eux. Il faudrait une vrai volonté politique de mettre le paquet sur une période afin de permettre l’accompagnement des personnes dans un cadre individuel, mais donner les moyens d’impulser du travail collectif, du DSL ce qui permettrait de mutualiser les compétences de chacun (partenaires, acteurs locaux, habitants). Si on ne repense pas la polyvalence, je crains que la dynamique DSL ne puisse vraiment voir le jour si ce n’est de façon très minime. Entretien réalisé par Yazid Kherfi pour CLARIS |