Le scandale des "tournantes"
Discours médiatique et contre-enquête sociologique, Laurent Mucchielli, Ed. La Decouverte, 128 pages, 6.40 €
Entre 2001 et 2003, un thème a brutalement envahi les médias : les viols collectifs, rebaptisés « tournantes ». À l’instar d’autres manifestations de l’« insécurité » qui dominait alors tous les débats, ces comportements ont été présentés aux citoyens français comme un phénomène nouveau, en pleine expansion et imputable aux « jeunes issus de l’immigration » habitant les « quartiers sensibles ». La dénonciation de ces « nouveaux barbares » a fait l’objet d’un consensus médiatico-politique d’autant plus fort que le lien a rapidement été fait avec le thème de l’oppression des femmes et l’islam. Au terme d’une contre-enquête mobilisant toutes les données empiriques disponibles et s’appuyant en outre sur une étude de dossiers judiciaires, Laurent Mucchielli fait la lumière sur ces comportements juvéniles. Il en conteste la nouveauté autant que leur aggravation et réfute, preuve à l’appui, la liaison fondamentale faite entre viols collectifs, origine maghrébine, religion musulmane. L’auteur montre que la mise en scène médiatique « des tournantes » participe en réalité d’une peur et d’un rejet croissants des jeunes hommes français issus de l’immigration maghrébine et d’une banalisation contestable de l’interprétation des problèmes économiques et sociaux en termes « culturels », voire « ethniques ». Ce livre est donc autant une contribution à la sociologie de la délinquance juvénile qu’une analyse des nouveaux habits de la xénophobie. TABLES DES MATIERESIntroduction 1. Quand les médias découvrent les « tournantes »
2. Contre-enquête sociologique 1 : un phénomène nouveau ? en augmentation ? 3. Contre-enquête sociologique 2 : la spécificité des viols collectifs 4. Les nouveaux habits de la xénophobie Conclusion. Questions à la démocratie française |