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La loi de « prévention de la délinquance » : un projet toujours dangereux !
Le socle commun du travail social s’enracine dans les droits de l’homme, l’humanisme, le respect de l’autre, la démocratie, le droit à la citoyenneté réelle, les valeurs républicaines... Or, de nouvelles logiques interpellent aujourd’hui profondément le secteur social (professionnels, usagers, décideurs). En effet, accompagnant le renforcement du processus politico-administratif de la décentralisation (transfert de compétences de l’Etat aux collectivités territoriales), nous assistons a une dynamique de déprofessionnalisation et d’hyper-technicisation de l’intervention sociale, considérée avant tout comme un instrument de la paix sociale. Cependant, des acteurs du secteur social n’acceptent pas d’être rendus responsables de l’aggravation des situations de précarité et refusent d’être de simples agents d’une politique d’ordre social et moral. Ainsi, le 17 mars 2004, a l’appel du Collectif Unitaire National (www.abri.orq/antidelation) constitué de syndicats, de collectifs, de professionnels et d’associations, des milliers de travailleurs sociaux et d’étudiants descendaient dans la rue à Paris pour dire NON ! au projet du ministre de l’intérieur sur la prévention de la délinquance visant à associer l’ensemble des professionnels de l’éducation et de la santé à des informateurs de police. Par ailleurs, l’association « 7,8,9 vers les Etats généraux du social » née a l’automne 2002 (www.789etatsgenerauxdusocial.com) lançait un appel public dénonçant la maltraitance vécue par les usagers du travail social victimes des dysfonctionnements d’un système de solidarité moribond et en appelaient dès lors à la mobilisation des professionnels, des usagers et des citoyens intéressés par la question sociale (réalisation de cahiers de doléances et de propositions à remettre aux autorités publiques et autres décideurs en matière d’intervention sociale) pour une action sociale engagée et respectueuse des personnes. Aujourd’hui, suite à plusieurs initiatives locales, le Collectif National Unitaire appelle à une nouvelle manifestation nationale le 3 février 2005 à Paris (rdv à 13h métro Goncourt devant l’IRTS Parmentier) contre un projet et des méthodes de « prévention de la délinquance » inacceptables. En effet, contrairement à certaines rumeurs, ce projet de loi n’est pas abandonné, bien au contraire, puisqu’il devrait être présenté au conseil des ministres au printemps prochain et que des « expérimentations » sont déjà mises en œuvre (fichage des publics en difficultés sociales, parents désignés et rééduqués, développement de la vidéosurveillance dans tous les espaces publics, opérations de communication « coups de poings » de la police à la sortie des écoles ...) dans plusieurs communes (Vitry-le-François, Toulouse...) et 24 quartiers dits « criminogènes ». En fait, faisant suite a « l’hystérie sécuritaire » de la campagne électorale présidentielle concrétisée notamment par le vote des lois sur la sécurité intérieur et les lois dites Perben, le gouvernement apparaît toujours aussi déterminé à montrer que la politique de lutte contre l’insécurité initiée par Sarkozy et continuée par de Villepin est toujours d’actualité. Au nom d’un devoir de responsabilité, face aux « nouvelles inquiétudes du nouveau monde mondialisé », il faudrait dès lors répondre a plusieurs exigences dont :
En effet, pour « renouveler le pacte républicain », il s’agit surtout de renforcer la sécurité en augmentant les moyens de la police et de la gendarmerie, mais aussi de transformer leurs moyens d’intervention. On pense notamment aux dispositions suivantes : Ces dispositions sécuritaires contribuent à la stigmatisation et à la criminalisation des familles des quartiers populaires. La « grande loi sur la prévention de la délinquance » s’inscrit dans cette optique. Elle demeure basée sur deux principaux objectifs : Nous sommes finalement confrontés à la schizophrénie du système politique ; d’un côté, il communique pour une France plus généreuse et fraternelle ; d’un autre coté, sous prétexte de lutter contre « l’insécurité civile », il protège les responsables de l’insécurité sociale grandissante en privilégiant le contrôle social et la répression. Dans ce contexte, comment redonner du sens à l’ensemble du secteur de l’intervention sociale pour que celui-ci ne se limite pas à des actions d’assistance, de « gestion des risques » et de neutralisation des désordres sociaux ? Pour maintenir son action d’émancipation, d’individuation et d’intégration, l’intervention sociale ne peut en effet se réduire à un marché opaque composé d’une multiplicité d’agents sociaux, d’experts ou de techniciens au service d’une politique de pacification sociale. Pourtant, l’intrusion des lois du marché, des politiques libérales et sécuritaires percute quotidiennement l’éthique et la déontologie du travail social, ce qui remet en cause l’existence même du travail social compris comme un maillon essentiel de la démocratie. C’est pourquoi nous soutenons, comme en mars dernier la manifestation du Collectif national unitaire du 3 février 2005 à Paris contre le projet de loi sur la « prévention de la délinquance ». L’enjeu est de taille : la prévention et le partenariat des acteurs socio-éducatifs ne peuvent être confondus avec des pratiques de délation et de répression. Manuel BOUCHER |