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CLARG - Grenoble - 22 octobre 2003
« Personnes âgées, personnes handicapées : citoyens, citoyennes »
Intervention de François Suchod

jeudi 30 octobre 2003


Lorsqu’en 1995, Michel Destot et notre Majorité plurielle avons pris en charge la politique municipale de Grenoble, la mise en œuvre des projets concernant les personnes handicapées était prise en compte à travers une vision de solidarité sociale ou de santé. Quand bien même Grenoble restait en avance, voire même pionnière dans cette politique, nous n’en étions pas encore à analyser cette problématique sous le vaste horizon des droits et de la citoyenneté.

C’est en participant personnellement à des réunions européennes, où les fameuses directives de la Communauté s’enrichissaient de cette dimension universaliste, que je compris que c’était bien à cette aune qu’il fallait désormais placer les enjeux de notre action. La citoyenneté, les Droits de l’homme permettaient en effet d’abord de décloisonner le champ de notre réflexion : les besoins et les droits de ces personnes ne relevaient plus de la charité sociale, mais du droit commun qui concerne chaque citoyen et citoyenne, toute la société dans son ensemble. Cette vision des choses, au regard de la non-discrimination changeait les rapports de forces, et nous resituait dans une position d’égalité : nous ne quémandons plus, nous agissons pour faire appliquer la loi.

Ainsi, dès que j’ai dû globaliser l’action municipale avec les services de la Ville et mes collègues élus, en ce qui concerne notamment la chaîne de l’accessibilité urbaine de la voirie, des transports, des espaces et des équipements publics, nous avons insisté pour que soit pris en compte l’ensemble des handicaps physiques, sensoriels et mentaux.

Mais, par-delà l’ensemble des handicaps, et au fur et à mesure que nous nous heurtions à la résistance passive que pouvait déclencher chez les constructeurs urbanistes la réglementation spécifique, nous découvrions et mettions dès lors en pratique ce que nous nommions « l’accessibilité pour tous ». Nous expliquions alors aux différents intervenants de la construction qu’il s’agissait de rendre la ville accessible, confortable, praticable et sécurisée pour toute la population : enfants, mamans avec leur poussette, personnes âgées et, parmi d’autres, les personnes handicapées.

Il devient ainsi indéniable que les réalisations ces dernières années de la Ville de Grenoble en matière de voirie, de transports en commun, d’équipements publics, devenaient, à travers leur accessibilité, un modèle pour une nouvelle urbanité. La requalification de la Maison de la culture qui ouvrira ses portes en septembre 2004 sera, je crois, un exemple national dans cette démarche. En associant les services de la Ville, les associations représentatives des personnes handicapées, une architecte urbaniste experte en matière d’accessibilité, intégrée à la maîtrise d’ouvrage, nous réaliserons un équipement public, de fonction autant local qu’international, qui, sans rien négliger de sa dimension esthétique et artistique, aura intégré au maximum l’accueil de tous. Car non seulement ces deux bâtiments accueilleront au mieux les personnes en situation de handicap moteur, se déplaçant en fautant roulant, mais également les personnes sourdes, muettes et aveugles. Ces publics spécifiques auront à leur disposition des dispositifs particuliers pour suppléer à leurs handicaps, et faire en sorte qu’ils puissent assister comme chacun aux spectacles. Les différentes scènes, des loges d’artistes, seront également accessibles. Nous avons aussi pensé aux personnes de petite taille, obèses, ou encore simplement fatigables.

Et déjà là, sans même le faire exprès, pourrait-on dire, toutes ces améliorations apportées aux diverses déambulations, à l’écoute ou à la vision des spectacles, aux différents mobiliers, pour les personnes handicapées, apportent également une meilleure qualité d’usage pour les personnes âgées. Notre travail ne s’arrête pourtant pas là. Si nous voulons que la population dans son ensemble s’empare et participe à la culture, il faudra alors aller vers les publics, les chercher ; et là encore, dans cette quête des publics nouveaux, les personnes handicapées et les personnes âgées représentent les mêmes enjeux de participation à la vie citoyenne.

Je voudrais donner un dernier exemple pour montrer combien la prise en compte commune des besoins des populations âgées et handicapées par la Ville relève souvent d’une même problématique. Je citerai ainsi le travail important que réalise la Commission communale d’aide au logement que j’ai impulsé en 1998, et à laquelle participe régulièrement M Perdrix. Cette commission aux moyens certes limités, mais encore trop méconnue, aide les personnes à réaliser des petits travaux d’adaptation rendus nécessaires par difficultés physiques des personnes. Quand nous ferons les bilans de ces aides accordées, il apparaîtra que les bénéficiaires de ces travaux auront été aussi, largement, des personnes âgées.

Ainsi, quand on observe tous les obstacles que l’organisation de la ville génère, nos deux populations ont bien souvent les mêmes difficultés, ainsi que les mêmes aspirations et intérêts à défendre. Qu’il s’agisse de l’accueil dans les espaces urbains ; mais également de l’accompagnement humain, de plus en plus indispensable à la vie quotidienne des plus âgés, de la quantité et de la qualité des soins, et même du niveau des revenus financiers pour vivre. En un mot, dans un monde où l’individu est de plus en plus seul, mais où paradoxalement toutes les solidarités doivent s’exercer sous peine de porter atteinte à la dignité des personnes, il est clair que nous sommes aujourd’hui, en préalable à la citoyenneté, au cœur des questions de civilisation : les personnes âgées ont-elles le droit et les moyens de vivre dignement ? Si tel est le cas, que la République et ses responsables nous en donne les moyens, et que les élus locaux prennent leurs responsabilités. C’est vrai, la Ville de Grenoble, à travers sa politique sociale au CCAS s’est largement investie sur ces questions. La récente nomination de Jean Giard pour faire évoluer la prise en compte des aides techniques est un bon présage pour un souffle nouveau, jugé par tous indispensable.

La catastrophe sanitaire de l’été dernier, où là encore notre commune, grâce à ses réseaux sociaux, a été largement épargnée, a montré où pouvait conduire au niveau national le désintérêt croissant de la société à l’égard de nos aînés. Que ce drame collectif ait au moins la vertu de montrer le chemin.

Merci de votre attention.

François Suchod,

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