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mai 2005
Observation des élections municipales en Palestine
par Gilles Kuntz, adjoint à la lutte contre les discriminations et aux droits des étrangers

jeudi 21 juillet 2005


À la demande de l’Autorité Palestinienne, des élus de plusieurs pays (France, Italie, Espagne, Pays-Bas...) ont observé les dernières élections municipales en Palestine qui ont eu lieu le 5 mai. 80 observateurs parmi lesquels une soixantaine de français dont six grenoblois appartenant à tous les groupes politiques du conseil municipal se sont rendus dans plus d’un tiers des bureaux de vote pour assister au déroulement du scrutin depuis l’ouverture des bureaux jusqu’au dépouillement. La délégation de Grenoble avait choisi de se rendre dans le district de Bethléem avec lequel une coopération décentralisée est menée depuis 96. En tant qu’élus nous étions à même de juger de la qualité du déroulement du scrutin étant tous président de bureau de vote à Grenoble à chaque scrutin.

Nous étions logé à Jérusalem Est et pour nous rendre à Bethléem nous avions à franchir le check-point à l’entrée de la ville avant de traverser le mur qui devient de plus en plus présent autour de la cité pour l’isoler des colonies qui se construisent tout autour et des routes modernes réservées aux Israéliens alors que le réseau routier palestinien n’est pas entretenu depuis l’occupation. Une fois franchi ce passage, nous n’avons pas rencontré de militaires israéliens dans les territoires. Israël avait en effet relâché la pression pendant le scrutin, mais on nous a signalé tout de même un barrage près d’Hébron qui a nécessité deux heures de discussions pour être levé. En Cisjordanie, ces élections municipales étaient les premières depuis 1976 (à Gaza depuis 1956). Pour tous les Palestiniens, c’était un grand jour et nous avons vu partout une grande mobilisation des citoyens. Tôt le matin de peur de ne pouvoir voter, de grandes queues se sont formées devant les bureaux de vote. La campagne électorale continuait autour des bureaux installés souvent dans les écoles. Des drapeaux étaient agités, des véhicules bardés d’affiches présentant les candidats sillonnaient les rues. Tout cela se passait sans heurts et chacun acceptait de ranger ses oriflammes ou casquettes vertes avant de rentrer dans l’enceinte du lieu de vote. Beaucoup d’enfants qui n’avaient pas l’âge de voter étaient les premiers à faire campagne pour leurs aînés. Le scrutin était uninominal à un seul tour, les électeurs ayant à cocher les noms des candidats choisis pour former le conseil municipal sur une feuille de vote remise après vérification de l’inscription de l’électeur. Il n’y avait donc pas de liste comme chez nous, mais les principaux partis diffusaient alentour des listes de candidats et beaucoup d’électrices et d’électeurs venaient voter avec ces tracts pour ne pas se tromper. À noter que dans chaque conseil devait au moins être élu deux femmes sur environ 15 membres (la parité en Palestine a encore du chemin à faire comme chez nous...). L’organisation du scrutin nous a tous étonné par son sérieux. Le personnel enseignant surtout féminin était très actif pour assumer toutes les tâches administratives. Un recensement avait été organisé pour établir le corps électoral. Nous avons d’ailleurs rencontré un français membre de l’ONU qui avait financé ce recensement. Malgré cela, il restait possible en cas de non-inscription dans le bureau de quartier de voter dans des bureaux spéciaux disposant de listes d’habitants de la commune. Ceux-ci étaient très peu fréquentés, ce qui montre que le recensement avait été bien effectué. Concernant les réfugiés qui sont parfois dans les camps depuis 48, ceux-ci perdaient leur rattachement à leur village d’origine s’ils votaient dans leur lieu de vie actuel. Ils ont donc été peu à voter pour les municipales, mais d’autres élections de conseils de camp avaient été organisées à leur intention.

Dans chaque bureau de vote, un emplacement limité par un cordon était réservé aux observateurs des candidats. Ceux-ci étaient très attentifs aux opérations de vote et on en comptait parfois plus de cinq dans chaque bureau installé souvent dans une salle de classe. Notre délégation était identifiée par des cartes d’accréditation officielles et des gilets bleus avec le drapeau français dessus. Nous avons été partout très bien accueilli et l’on nous remerçiait d’avoir fait le voyage pour attester de la régularité du scrutin. L’accueil était particulièrement chaleureux en raison des positions prises par la France dans le conflit et des efforts faits pour soigner le président Arafat à Paris.

La participation a été très forte malgré les difficultés de déplacement : plus de 82 % de votants. On ne peut s’empêcher de souhaiter de telles mobilisations électorales chez nous. Nous avons vu beaucoup de personnes âgées venir voter, certaines étant même conduites au bureau de vote par des véhicules de ramassage. À noter que cette participation a été bien supérieure à celles des dernières élections présidentielles en raison de la proximité des candidats : on nous a dit à plusieurs reprises que le vote allait d’abord au candidat proche de la famille avant de choisir le parti et seulement à la fin la compétence... Le dépouillement a été effectué avec le plus grand sérieux. Les bureaux de vote étaient fermés et gardés par la Police pendant les opérations. La presse était présente et nous avons eu la surprise de retrouver une équipe de TV5 dans le bureau que nous avions choisi à Bethléem. La lecture des noms des candidats choisis sur chaque bulletin prenant environ une minute, la durée du dépouillement a souvent dépassé cinq heures...

Les maires et leurs conseils ayant été par le passé désignés par l’Autorité Palestinienne faute de pouvoir organiser des élections, les anciens maires ne se représentaient plus. De nouvelles équipes ont donc été élues et nous avons rencontré deux jours après l’élection le nouveau maire de Beit Sahour, ville avec laquelle Grenoble développe sa coopération.

Ces élections démocratiques ont vu la percée du Hamas particulièrement là où la situation est devenue très difficile à vivre avec le mur et les check-points. Le décompte est difficile en raison de l’absence de liste, mais certains observateurs jugent que le Fatah a obtenu 56% des voix, le Hamas 33% et le FPLP une bonne partie du reste. Néanmoins tout le monde s’accorde à dire que ces élus seront plus proches des habitants qui cette fois les ont choisis et que l’on ne peut demander à la fois à la Palestine d’organiser des élections démocratiques (ce que tout le monde a constaté) et prétendre écarter des élus une fois les élections passées.

La prochaine étape seront les législatives qui sont prévues à l’automne, le processus électoral devant être terminé le 16 décembre. Une nouvelle loi électorale concernant les législatives est en cours d’adoption. Elle introduit une dose de 50% de proportionnelle, le reste des candidats étant locaux. Il reste beaucoup à faire pour que ces nouveaux élus soient à même d’exercer leur mandat. La fin de l’occupation est une des conditions premières avec le démantèlement du mur afin que la Palestine puisse enfin vivre dans des frontières reconnues. Nous sommes néanmoins inquiets de la stratégie suivie par Sharon qui vise à morceler la Cisjordanie en plusieurs parties isolées sans réalité économique, ni possibilité de développement. Nous devons continuer à faire connaître la situation faite au peuple palestinien. Le retrait annoncé de Gaza ne doit pas faire oublier la poursuite de la colonisation et la construction du mur en Cisjordanie.

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