GRIPPE A... Dr Michel BASS. 11 novembre 2009


On se focalise sur "le problème" de la grippe A et de sa prévention (le vaccin). Ce faisant, on oublie (c’est un euphémisme) les règles de bonne pratique promues, édictées, imposées par la haute autorité de santé et l’agence des produits de santé. L’une de ces règles, constatant à quel point on surmédicalise la prise en charge de la santé et des maladies, demande aux professionnels de "faire des choix de priorité" pour leurs prescriptions, choix qui doivent tenir compte de l’importance (en flux et en stock) du problème, de sa gravité, des moyens dont on dispose (efficacité, coût), et des conséquences si on agit ou pas, en ne dépassant pas 4 médicaments à la fois. Ces critères de choix existaient déjà dans un manuel du ministère de la santé écrit dans les années 70 (méthodologie en promotion de la santé). Examinons donc la grippe A au regard de ces critères et voyons donc s’il s’agit d’un problème et si ce problème est prioritaire. Que voyons-nous ? La grippe A est sans aucun doute un problème de santé publique. Est-il prioritaire ? Si on le ramène à de la comparaison avec d’autres problèmes (Grippe saisonnière, SIDA, hépatite, cancers, accidents de la route, hypertension artérielle, diabète, tuberculose, paludisme, etc.), il est évident que d’autres priorités existent. On peut donc légitimement s’interroger pour savoir ce qui a imposé la grippe A comme priorité de santé publique. Rappelons juste un fait : la tuberculose atteint chaque année 30 à 40 millions de personnes dans le monde (dont 10 000 en France) et tue autour de 2 millions de personnes, dont de nombreux enfants. Traiter une tuberculose revient à environ 100 €. Traiter le monde entier revient à 4 milliards €. A comparer et à méditer par rapport aux sommes investies dans le seul vaccin de la grippe A pour la seule France. Je crois qu’intuitivement, les collusions entre pouvoir politique, lobbies économiques et pouvoir médical sont ressenties du côté des inégalités et incohérences que je viens de montrer. Cependant, il conviendrait d’étendre ces intuitions et ces analyses à l’ensemble des actes de santé proposés de manière incohérente en France et dans le monde. La grippe A n’en est qu’un révélateur.

 

J’ajoute encore un commentaire sur la priorisation de la grippe A. Si le problème est important (beaucoup de nouveaux cas), il l’est beaucoup moins en matière de "stock" dans la mesure où les gens guérissent spontanément en quelques jours. Le critère de gravité ne tient absolument pas même par rapport à la grippe saisonnière. Les moyens dont on dispose (le vaccin, le tamiflu) sont peu efficaces et coûteux, pour ne rien dire des effets secondaires ou des effets pervers. Les professionnels de santé, critiquant et refusant les directives bureaucratiques, font enfin et pour une fois preuve de professionnalisme rigoureux. Face à cela, les pouvoirs publics et privés font assaut de manque de rigueur, voire de mensonges éhontés : on invente la saturation des urgences et des services de réanimation (à cause de la seule grippe A), on invente la gravité (le nombre des morts ou des incapacités est très faible), et face à cette réalité on invente une future gravité (le virus va muter et vous allez voir ce que vous allez voir). Ce manque de rigueur intellectuelle (pour parler gentiment) est grave. Il compromet toute action rationnelle devant un futur réel problème. Surtout, il fait s’exprimer des spécialistes qui devraient avoir honte, surtout quand on leur remettra leurs propos devant les yeux dans quelques années. Il y a fort à parier que ce jour là, ils nieront les faits, qu’ils crieront à la déstabilisation, car on "aura sorti leurs propos de leur contexte". Ainsi, le virus peut muter, évidemment, comme tous les virus de la grippe, et comme tout virus. Nul ne sait vers quoi (forme atténuée ou accentuée). S’il ne mute pas mais se transforme, on sait que la gravité ne peut que diminuer à l’avenir : pour une raison simple vue que de plus en plus de monde aura croisé le virus et aura développé des anticorps. C’est d’ailleurs le propre de toute épidémie, y compris la peste du moyen âge. Bref, comme aucun des critères appliqués à la grippe A ne peut en faire un problème prioritaire, on a réinventé la réalité pour accentuer les critères d’importance et de gravité. C’est cette réinvention, ce souci de faire coller la réalité à la théorie et à l’idéologie qui est grave, source de toutes les déviations possibles, et proprement anti scientifique. Que des scientifiques se prêtent à ce jeu en dit long sur la déliquescence de notre système social, politique, de recherche et universitaire. La rigueur est gangrenée par le souci de la rentabilité, de la recherche de fonds, etc. Comment ne pas avoir peur ?

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